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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Exposition Mahjoub Ben Bella à Lille

Mahjoub Ben Bella – La couleur incantatoire

Jusqu'au 12 janvier, le Musée de l’Hospice Comtesse présente pour la première fois à Lille une exposition rassemblant une soixantaine des œuvres récemment exécutées par l'artiste tourquennois Mahjoub Ben Bella jamais montrées au public. Nous est dévoilée une peinture musicale.

Carrefour d'influences

On y découvre tout d'abord des peintures à l'huile largement inspirées par l'art de la calligraphie qui s'étendent dans la première salle d'exposition temporaire du musée. Ce sont majoritairement des toiles de grand format qui témoignent d'une richesse chromatique impressionnante. Les motifs sont variés, mais on retrouve néanmoins des constantes telles que la vigueur des couleurs, la densité du trait et la reprise de tableaux de maîtres réinterprétés : en vrac Les Demoiselles d'Avignon, Trois femmes à la fontaine et Guernica de Picasso, La Mort de Sardanapale d'Eugène Delacroix ou Tres de Mayo de Goya.

Deux peintures aux teints plus pastels intitulées Lettre blanche (I, II) reprennent bien le thème de la graphie mêlée au dessin, dans une expression plus douce et apaisée, avec un trait noir fin sur fond légèrement coloré.

Hypergraphie

Ce que l'on distingue d'abord dans la peinture de Ben Bella, ce sont ses écritures continues inscrites sur la toile. Même s'il s'inspire de la calligraphie arabe, l'artiste n'écrit pas réellement de mot, ni de lettre ayant un sens. Il s'agit davantage d'un dessin qui s'approprie l'écrit, d'une création hybride qui sème le doute dans l'esprit du visiteur dont l'interrogation légitime le pousse à démêler le sens du tableau. Parmi les plus marquants : Afrika et Black Afrika (aux couleurs sombres au contraire de la majorité des œuvres dont les colorations sont plutôt vives et chaudes), Jazz et Ecritures multicolores (au titre parfaitement adéquat !), Cité rouge, La pleureuse (ici la peinture dégouline pour représenter les larmes alors que le visage de la pleureuse est difficilement discernable, l'objet prime sur le sujet) et Crocodile vert – une toile amusante où le spectateur se plaît à chercher ce qui est représenté, une expérience d'explorateur qui plaît aussi beaucoup au jeune public.

Une toile architecturée

Le tableau est conçu comme une toile d'araignée. Chaque élément - tel que la couleur ou la forme du trait – est disposé d'une manière bien précise par rapport aux autres. Selon la présence ou l'absence d'une limite colorée, le regard peut se concentrer sur un motif mis en valeur ou bien errer dans l'impression d'infini qu'offre le tableau. Certaines perspectives sont vertigineuses !

On peut distinguer les compositions centrées, de celles en quadrillages, cadrées, en registres verticaux, « infinies » etc. L'imagination au service de la composition offre un panel varié d’œuvres étonnantes.

Aquarelles et acryliques

Dans la deuxième partie de l'exposition nous est présentée une importante collection de dessins (environ une centaine) présentés dans les carnets de l'artiste ou bien sur papier libre, qui frappent par la diversité des techniques employées.

En effet alors qu'en première partie d'exposition le visiteur assiste à un mélange entre peinture européenne et calligraphie arabe au moyen d'un trait particulièrement marqué et resserré, on observe ici des aquarelles légères, des lavis presque aériens mais aussi des compositions exécutées au moyen de cageots (!), des gravures, des acryliques sur papier thaï, ou encore des céramiques ! La maîtrise technique dont fait preuve Ben Bella force l'admiration. Le peintre joue aussi beaucoup sur la matérialité du tableau, avec une peinture tantôt diluée, tantôt appliquée par paquets jusqu'à former des « croûtes » multicolores à proprement parler (au fond de la dernière salle). La juxtaposition de ces peintures épaisses produit un effet saisissant, celui d'appréhender la peinture-objet.

Sur une longue table basse vitrée sont disposées plusieurs aquarelles aux dessins abstraits mais dans lesquels on décèle toujours une architecture millimétrée d'inspiration arabo-mauresque.

Biographie de Mahjoub Ben Bella


1946 : naissance à Maghnia (Algérie). Il est le neveu d'Ahmed Ben Bella, chef du FLN et premier président de l'Algérie de 1963 à 1965.

1963 : débute ses études à l’école des Beaux-Arts d’ Oran.

1965 : installation à Tourcoing. Ecole des Beaux-Arts de Tourcoing, puis école des Arts Décoratifs de Paris ; enfin école nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.

1969-1976 : participe aux activités de l’Atelier de la Monnaie.

1978-1980 : enseigne à l’école des Beaux-Arts de Cambrai.

Ben Bella est véritablement implanté dans le Nord et occupe une place de choix dans la cité. Décorateur d'espace, il a peint 400 m2 de façades au cœur de Lille ainsi que 12 km de pavés de la course cycliste Paris-Roubaix, « l'enfer du Nord ». Il participe à de nombreuses manifestations publiques et expose régulièrement depuis 1970

Exposition Mahjoub Ben Bella à Lille

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