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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Grand dîner européiste autour de Valéry Giscard d'Estaing

Tout ce que la France compte de centristes a répondu présent mardi 4 octobre pour un grand dîner autour de l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing, au palais du Luxembourg. L'initiative de l'Institut Jean Lecanuet, présidé par le sénateur de Paris Yves Pozzo di Borgo avait pour but de «défendre la construction européenne et relancer le projet européen».

Au cours de cette réunion de l'ancienne UDF, créée en 1978 par Michel Poniatowski, on pouvait compter au nombre des participants les plus remarqués, l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, les anciens ministres Gérard Longuet, André Santini, Hervé Novelli, Gilles de Robien, Pierre Méhaignerie, Monique Pelletier, le président du MoDem François Bayrou, celui de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, et celui du Parti radical, Laurent Hénart, ainsi que l'ancienne présidente du Parlement européen Nicole Fontaine. On pouvait aussi croiser François Léotard, retiré de la politique depuis quinze ans et l'ancien secrétaire d’État Yves Jégo.

De nombreux journalistes conviés sont parvenus à faire de ce grand raout du microcosme l'un des sujets les plus débattus sur le réseau social Twitter dans la soirée.

«Les derniers proeuropéens sont-ils réunis ce soir ? » s'est inquiété Giscard. « C'est très curieux ce concert de critiques sur quelque chose qui est une réussite.» La zone au monde où la croissance est la plus faible et où le taux de chômage est le plus élevé est ainsi une « réussite ». «On dit que l'Europe est en crise. Qui le dit ? Ce sont ceux qui ont refusé d'en défendre la valeur, ceux qui ont refusé de défendre la monnaie commune et aussi le milieu financier anglo-saxon qui ne supporte pas le concurrence de l'euro», a-t-il jugé. Alors que l'euro est soutenu à bout de bras par les États-Unis qui ont à plusieurs reprises découragé les pays européens qui auraient la tentation d'en sortir de peur de représailles. De même que, partisans de l'intégrité de l'UE, ils ont menacèrent la Grande-Bretagne de conséquences commerciales en cas de Brexit. Fidèle à son habitude, il a donc estimé que l'échec cuisant de l'UE ne reposait pas sur ses partisans mais bien sur ses pourfendeurs – évidemment coupables de lèse-européisme et de repli identitaire. Aucune réflexion n'a été proposée sur une éventuelle responsabilité de ceux qui ont promu et porté un projet européen qui a largement failli et dont la réalité ne correspond en rien aux promesses qui furent prononcées pour rallier les peuples à davantage d'intégration.

Afin de poursuivre la construction européenne, l'ancien chef de l'État a proposé un «itinéraire» et un «calendrier». La feuille de route, c'est celle d'une intégration en matière économique et financière, qu'il juge possible en vingt ans. Pourquoi vingt, plutôt que cinquante ou cent ? On ne sait pas, et aucune donné précise ne vient justifier cette prédiction gratuite. Et quand on sait qu'il y a seulement quatre ans, lors d'une conférence donnée au lycée Henri IV, Giscard prévoyait qu'aucun pays ne sortirait de l'Union européenne – alors que le Royaume-Uni est en passe de quitter l'UE après le référendum sur le Brexit – on peut légitimement douter de son côté visionnaire.

A cette sauterie mondaine coupée des réalités du peuple de France, où jamais il n'y a eu de tentative de comprendre pourquoi l'UE est à ce point décriée, on a empilé les propositions nostalgico-fantasmatiques d'une autre Europe qui n'adviendra jamais. Un moment presque proustien en ce qu'il a rassemblé des gens à la recherche illusoire d'un temps européen perdu.

Grand dîner européiste autour de Valéry Giscard d'Estaing

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