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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

La promesse de « renégociation des traités européens » : un grand classique de la campagne électorale

Dans sa dernière interview au Figaro, parue lundi 3 octobre, Nicolas Sarkozy explique la chose suivante : « La négociation avec Bruxelles et nos partenaires européens sera le passage obligé pour tout nouveau gouvernement en 2017. » Le peuple français est souverain… mais sur un nombre important de points, la politique se décide ailleurs qu'en France avoue-t-il implicitement. Sur la question de savoir s'il estime possible que la Commission européenne lui accorde des délais pour la mise en œuvre de ses réformes, s'il était élu, il ne répond pas directement, mais se targue d'avoir « une grande expérience des négociations européennes », « garanti[t] que nos partenaires attendent de la France qu'elle ait une stratégie globale », et qu'il ira « parler [aux commissaires] après avoir déposé en Conseil des ministres en juin 2017 les mesures qui permettront d'atteindre 100 milliards d'euros d'économies en cinq ans ». Tout ceci s'inscrit dans la foule des promesses de renégociation des traités européens.

Lionel Jospin fit la campagne des législatives de 1997 sur la promesse de renégocier les critères de Maastricht. Non seulement il laissa le processus se poursuivre mais, quatre mois après sa nomination à Matignon le 2 juin 1997, il l'entérina.

Le candidat Hollande promit en 2012 de renégocier le traité budgétaire européen. Son premier ministre de l'époque Jean-Marc Ayrault reconnaissait sur France 2 le jeudi 27 septembre, seulement quatre mois après l'élection présidentielle, que « d'un point de vue juridique », le traité n'avait pas du tout été renégocié.

Souvenez-vous du fringant Montebourg promettant sur France 2 le 22 septembre 2016 de « casser un peu de vaisselle à Bruxelles »… et revoyez cette vidéo de décembre 2012 où on le voit déblatérer avec amertume sur la Commission européenne. Le ministre du Redressement productif précise qu'il « n'est pas d'accord avec les méthodes de la Commission » qui ne protège pas l'économie des pays européens. « On est sous surveillance en permanence dont on n'ose plus rien faire » déplore-t-il, bridé qu'il s'estime dans son action en matière de politique industrielle. « Bruxelles, c'est la foudre jupitérienne des technocrate » (sic).

L'histoire des renégociations européennes par la France est un cimetière de promesses non tenues. Formulées par des politiciens français qui composent avec l'euro-scepticisme croissant de leur électorat avant de se faire disperser façon puzzle à Bruxelles. Il y a fort à parier que la promesse de Nicolas Sarkozy d'amadouer la Commission afin d'obtenir une marge de manœuvre pour mener à bien ses réformes est intenable. Comme celle de renégocier les accords du Touquet s'il est élu.

En France il est d'usage d'exhiber un volontarisme ferme et intransigeant à l'endroit de Bruxelles. Mais ceux qui connaissent les arcanes de la Commission savent bien que celui-ci fond comme neige au soleil après l'élection en jeu. Une fois sur place, le ministre ou le chef de l’État est confronté à un mur. Celui des intérêts divergents des 27 Etats de l'Union (le Royaume-Uni est en passe de se retirer), qui est inébranlable car sa force d'inertie est supérieure aux volontés d'un seul homme, fût-il français. Mais l'idée d'une France qui peut faire bouger les lignes sur les destinées européennes fait partie du mythe entretenu depuis des années par nos dirigeants politiques euro-rocs à l'intérieur, euro-carpettes à l'extérieur.

Nicolas Sarkozy et l'Europe, ferme à l'intérieur, fondant à l'extérieur

Nicolas Sarkozy et l'Europe, ferme à l'intérieur, fondant à l'extérieur

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