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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Benoît Hamon : le programme amateur du « challenger » devenu vainqueur de la primaire à gauche

Benoît Hamon, vainqueur du premier tour de la primaire de gauche

Benoît Hamon, vainqueur du premier tour de la primaire de gauche

[papier initialement rédigé le 15 janvier 2017]

Comme tous les candidats de la trépidante primaire de la gauche, Benoît Hamon entend bousculer la « vieille politique » et incarner le renouveau à gauche. Le « challenger » de la primaire n'était pas sur les rangs de la précédente, en 2011, contrairement à ses aînés Manuel Valls. Les derniers sondages semblent démontrer qu'existe une dynamique en sa faveur auprès des sympathisants de gauche. Et même s'il ne crie pas sur tous les toits « le renouveau, c'est Benoît », comme a pu le faire un Bruno Le Maire, le député des Yvelines traîne pourtant une solide réputation d'apparatchik du Parti socialiste. M. Hamon a passé vingt-cinq ans au cœur des manœuvres du PS, gravissant les échelons, d'assistant parlementaire encarté au MJS à député et ministre de François Hollande entre 2012 et 2014, en passant par des parachutages dans cinq territoires différents. « Cette image sectaire, d'homme d'appareil, me colle aux fesses. C'est vrai que jusqu'en 2012 je n'ai fait que ça », reconnaissait l'ex-ministre auprès de l'hebdomadaire Marianne en novembre 2016. Plusieurs médias ont relevé qu'il avait été le plus applaudi des candidats par les jeunes socialistes samedi 14 janvier. C'est oublier un peu vite ses méthodes de parrain au sein de l'appareil MJS qu'il a fondé, puis présidé.

Consulter son site de campagne est instructif. On a véritablement l'impression de faire face à un programme amateur, griffonné à l'arrache sur le coin d'un bistrot de bar. Celui est composé de trois parties : « Pour un progrès social et écologique », « Pour une République bienveillante et humaniste », « Pour une France indépendante et protectrice ».

Au sujet de l'Union européenne, M. Hamon propose, de façon assez peu originale, une « troisième voie » entre ordo-libéralisme et rejet de l'UE. Il se prononce pour une « désobéissance constructive » vis-à-vis de la Banque centrale européenne. M. Hamon n'est pas assez courageux pour vouloir que la France sorte légalement de l'UE, mais se prétend suffisamment rebelle pour désobéir à la BCE, ce qui est totalement illégal et exposerait la France à de lourdes amendes. Il ne s'est visiblement trouvé aucun étudiant en droit pour avertir le candidat que des sanctions sont applicables en cas de violation des traités européens. « J’œuvrerai pour faire évoluer les statuts de la BCE et faciliter le financement direct de la dette des Etats. » énonce M. Hamon, qui ne connaît visiblement pas très bien la manière dont fonctionne la BCE, ni le poids fondamental de l'Allemagne dans le refus de celle-ci de financer de la dette – qu'il propose même avec candeur d'annuler quand elle est trop lourde pour certains Etats de l'UE. Voilà un homme qui n'a sans doute jamais été dans les coulisses de Bruxelles. M. Hamon poursuit avec enthousiasme sur sa lancée et va jusqu'à promettre l'instauration d'un SMIC par pays européen à hauteur de 60 % du salaire moyen. Il fait des propositions de campagne qui engagent les autres pays européens (qui se moquent évidemment de ses promesses intenables). Sur la défense européenne, l'harmonisation fiscale ou encore le droit de vote des étrangers (il dit qu'il l'établira, avant d'écrire qu'il organisera un référendum sur le sujet), toutes les propositions sont soit vagues, soit sans rapport avec la réalité. On peut donc s'attendre à un beau score du candidat Hamon au soir du 22 janvier prochain.

[actualisation en date du 22 janvier]

Benoît Hamon est donné vainqueur de la primaire à 35%. Un score auquel on ajoutera les 18% de Montebourg, qui vient d'appeler ses électeurs à se reporter sur la candidature de l'ancien président du MJS. Enfin, il faut tenir compte de la dynamique de campagne : Hamon n'est plus ministre depuis deux ans et demi, et est parvenu à coiffer au poteau l'ancien premier ministre omniprésent du quinquennat, tout en plaçant ses thématiques - revenu universel en tête - au coeur des débats de la campagne.

Hamon sera-t-il le nouveau Hollande ? Apparatchik couronné qui tient uniquement ses promesses sociétales, tout en faisant machine arrière sur tout ce qui concerne le social (prétendue "résistance" aux institutions européennes en tête) ?

On imagine que durant cette semaine d'entre-deux tours, l'ancien ministre de l'Education nationale en profitera pour améliorer son site de campagne, dont les propositions volontairement très vagues sont parfois parfaitement irréalisables. A moins que les élections ne se jouent plus sur la crédibilité d'un programme mais sur la seule allure d'un candidat.

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