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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Campagne d'Emmanuel Macron : la fabrique du faux

Macron à Lyon, le 4 février, devant les "helpers" et la "team ambiance"

Macron à Lyon, le 4 février, devant les "helpers" et la "team ambiance"

« Sa conversation était plate comme un trottoir de rue et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d'émotion, de rire ou de rêverie », écrit Flaubert de Charles Bovary, le médiocre médecin de campagne qui a épousé Emma la rêveuse. Emmanuel Macron a exporté le bovarysme en politique. Il est un Charles Bovary qui se serait rebellé. En meeting, ce mauvais acteur égraine des phrases ahurissantes de platitude, d'un ton monocorde, semblant ne même pas adhérer à ce qu'il raconte. De temps à autre, comme frappé par un éclair de lucidité, il hausse le ton, laissant sa voix se perdre dans les aigus, mais ne peut s'empêcher de tomber dans l'excès inverse. Souvent, on s'ennuie. Et on a peine à comprendre pourquoi des salves d'applaudissements viennent, de façon régulière, ponctuer ce long robinet d'eau tiède.

 

En meeting, le ventriloque et les pantins

 

La réponse nous a été fournie il y a quelques jours, via une vidéo de qualité, postée sur YouTube, par le compte « Une autre vérité ». Elle présente, en 18 minutes, le déroulement du meeting à Lyon du candidat d’En Marche. Via l’application Telegram, les membres de la « team Ambiance » préalablement inscrits, et arrivés sur place 1h30 avant le début du meeting reçoivent des indications minute par minute. « Merci de bien regarder vos messages pendant le discours » est-il précisé au début. Ainsi chacun sait en temps réel quand applaudir, quel slogan scander, quand se lever ou taper des pieds. Ils sont avertis en avance du moment où le candidat s’apprête à arriver, de celui où son discours atteint un sommet ou s’achève en apothéose. C’est grâce à ce procédé savamment mis en place (malgré quelques ratés) que les observateurs médiatiques ont pu dire que l’ambiance des meetings macroniens étaient animée. La vidéo détaille en particulier l’attitude du public « normal », à l’écoute, et pas plus emballé que ça par les banalités débitées par le candidat : « C’est la France des métropoles, elle est formidablement importante, elle réussit, elle est là. C’est Lyon, c’est Paris, c’est Marseille. » Sur la légalisation de l’IVG : « Il a fallu une majorité de droite et de gauche pour la voter. » Et soudain, on voit une horde de jeunes à T-shirt s’embraser unanimement pour cette phrase, des « Macron président » retentir de plus belle, tandis que le reste du public reste assis et muet. D’ailleurs, de temps en temps, on ne peut que s’étonner de cette divergence très marquée entre un public attentif et les fanatiques fous furieux abreuvés de « on lève les drapeaux ! » et de « n’hésitez pas à vous lever, ça va monter tout seul ».

 

Il existe quelque chose de profondément étrange dans l’émergence rapide du personnage Emmanuel Macron sur la scène politique. Chaque jour qui passe nous donne l’impression que fatalement, à un moment ou à un autre, la peinture murale du Truman Show va devenir visible, et que cette farce grandeur nature s’apprête à prendre fin. Car toute la campagne de Macron est semblable à une gigantesque pièce de théâtre. Chez Macron, tout sonne faux, tout est faux. La facture de cette falsification à grande échelle est soignée, mais le temps passe, et les coutures rutilantes finissent par craquer.

L'homme ressemble à un ventriloque et ses fans à des pantins téléguidés à distance. Evidemment, les meetings politiques sont toujours théâtralisés, mais ceux de Macron représentent la version poussée à l’extrême de cette mise en scène. Ils ont perdu toute spontanéité, toute manifestation d’adhésion libre. Tout est calculé au millimètre. Et ça marche moyennement, attendu que la « team ambiance », pensée comme le ferment destiné à faire gonfler la pâte du public est bien souvent déchaînée, mais seule.

 

La starisation fait-elle la carrure présidentielle ?

 

On évoque régulièrement la « carrure présidentielle » d'hommes ou de femmes politiques qui prétendent accéder à la magistrature suprême. Souvent, cela fait référence à une carrière politique relativement longue, aux responsabilités endossées par le passé, et à la solidité d'un programme. Macron ne peut se prévaloir d'aucune de ces caractéristiques. Mais il a besoin de cette fameuse « carrure présidentielle », brevet médiatique et gage de crédibilité dans l'opinion. Et l'artificialité de ce procédé de « carrurisation à marche forcée » n'en est que plus visible. Les unes mensuelles de Match avec Brigitte et Emmanuel commencent à taper sur le système de tout le monde, y compris des journalistes.

Sa com est très pro, jeune et digitale. Pourtant, il est certainement aussi l'homme politique le plus moqué d'Internet, et des réseaux sociaux supports d'opinions, tels que Facebook ou Twitter.

 

La réunion du populisme et du mépris de classe

En visite à l'Etang d'Or, près de Montpellier, chez un pêcheur d'anguilles, en mai 2016, Emmanuel Macron rentre dans sa voiture, discutant avec un conseiller devant la caméra de France 2, avec un enthousiasme enjoué : « Bon, c'est pas triste ! C'est sympa, c'est des gens attachants, il est bien ce mec-là, c'est un visage du pays. Les gens pensent que c'est ringard. Mais il exporte, c'est incroyable ! C'est des gens courageux qui bossent, il est pragmatique, il est pas manchot lui hein, il sait comment vendre les trucs, il s'démerde bien, il modernise son truc, il est courageux. »

Tout en parlant, il se nettoie les mains au moyen d’une lingette durant plusieurs minutes avec vigueur. Ce bref intermède, accessible (vers 55') dans le documentaire Macron, la stratégie du météore, laisse songeur quant à sa vision du monde du travail et de la France rurale. Comme s’il venait de sortir de son bureau et de découvrir pour la première fois ces « braves gens aux mains sales ». Par la suite, il leur préférera, mondialisation oblige, les discours en anglais.

Le populiste d’extrême centre (pour reprendre l’expression de Romaric Godin dans La Tribune, en novembre dernier) tient à chacun le discours qu'il croit que ce chacun veut entendre.

Cet esprit supérieur et cultivé – il avait ravi la droite en juillet 2015 en affirmant dans Le 1 qu’il manquait un roi à la France, peut-être s’y voyait-il déjà ? – est pourtant capable des pires bourdes. : « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture, en France. Elle est diverse », ou encore lorsqu’il déclare que la colonisation a été un « crime contre l’humanité », maladroitement transformé en « crime contre l’humain » - comparant ainsi une vaste période historique durant laquelle la France a aussi unifié, modernisé et assaini toute une région, alors colonie ottomane, à un génocide. Son opportunisme est même crânement mis en valeur dans ses discours, lorsqu’il s’éloigne du texte pré-écrit, comme à Toulon le 18 février : « Parce que je veux être président, je vous ai compris et je vous aime. Parce que la République, elle doit aimer chacun ! Voilà, les amis, ce que je voulais vous dire. » Outre le « je vous ai compris » de De Gaulle, asséné dans un style sous-hollandais une seconde fois à des descendants de pieds-noirs, l’ordre de la proposition est révélateur : ce n’est pas parce qu’il a compris les Français et qu’il les aime qu’il souhaite devenir leur président, mais bien l’inverse.

 

La bulle Macron va-t-elle bientôt exploser ? Toutes les idées politiques les plus éculées, de l’économie à la vision de la France, sont réunies chez lui. Mais ce qui étonne est que le système incarné par Macron n’ait eu qu’un homme aussi faillible que lui à se mettre sous la dent pour les porter.

 

Eléonore de Vulpillières

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Michel Carrière 26/02/2017 14:37

On ne le répétera jamais assez, la campagne d'Emmanuel Macron est l'archétype de la manipulation. Toutes ses interventions, ses discours, son clip de campagne, ne sont rien d'autre que les productions d'agences de com. Mais il ne faut pas négliger l'influence énorme des "grands" médias qui en font une promotion indécente avec insistance, depuis des mois.
Pour résumer le personnage, n'oublions pas qu'il est LE responsable de la vente d'Alstom aux américains, ruinant tous les efforts que son prédécesseur Arnaud Montebourg avait déployés pour que cette entreprise reste française. Cela en dit long sur son "amour des Français". Gageons que nos compatriotes ne seront pas nombreux à se laisser berner par ce miroir aux alouettes...