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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Salon de l'Agriculture : le ras-le-bol généralisé des agriculteurs vis-à-vis des politiques

Salon de l'Agriculture 2017, vue du hall 1

Salon de l'Agriculture 2017, vue du hall 1

En ce jour d'ouverture du Salon de l'Agriculture, samedi 25 février, les visiteurs étaient déjà nombreux dans la matinée, à arpenter les allées de ce gros événement, qui s'étend sur neuf jours. Connu de tous les Français, il est une bonne occasion de mettre sur le devant de la scène ceux qui ont fait profession de nourrir les hommes. En cette année d'élection présidentielle, les candidats auront encore davantage de raisons de se rendre à un événement déjà traditionnellement très prisé des politiques. Mais de politique, agriculteurs et producteurs ne parlent qu'avec réticence, et beaucoup la lassitude dans la voix. Michel, éleveur quinquagénaire dans le Maine-et-Loire, soupire à l'évocation des hommes politiques : « De toutes façons, on n'espère plus rien d'eux. Ils sont tous dans un mouvement électoraliste. Chaque année, c'est le même cirque : ils passent devant nous, ils nous parlent parfois, mais ils n'écoutent pas nos réponses. Ils font leur pub, et puis s'en vont. » Pour ce propriétaire d'une ferme de soixante vaches, dont les trois enfants envisagent tous de travailler dans le milieu agricole, la vie serait plus simple sans la recrudescence des normes : « On ne sait plus si elles nous viennent de l'Europe ou si ce sont des complications administratives françaises. Tout ce que je sais, c'est qu'ils veulent laver plus blanc que blanc. C'est pénible, et ça nous handicape pour la production de la viande, ou la revente des bêtes. » Michel n'est pas le seul à exprimer son incrédulité en matière politique. Pierre-Yves, éleveur de porcs dans le Finistère déplore la concurrence de son secteur avec des pays de l'Union européenne « qui se protègent, comme la Belgique ou l'Espagne, alors que leurs surplus viennent concurrencer notre production sur le territoire français. Nos règles sanitaires sont d'un niveau plus élevé, et notre main d’œuvre, mieux payée. Ce qui fait qu'à la fin, on se fait avoir » précise-t-il. Au début, il croyait à la PAC ; désormais, au bout de vingt-cinq ans de métier, il la trouve trop libérale et trop injuste. Il ne sait pas encore s'il votera en avril, « mais si ça continue comme ça, ce sera Marine. »

Et que pensent-ils de Macron, coqueluche médiatique parisienne ? Un sourire se dessine sur le visage de tous les éleveurs du hall 1 que j'ai pu rencontrer. Thierry, qui possède un cheptel de 90 brebis dans le Comminges soupire, l'accent chantant : « Il n'a jamais vu un brin d'herbe, celui-là, dans son beau costard. À mon avis, c'est le plus ignare de tous sur les problèmes qui nous concernent. »

Présent dans le hall 2, Philippe est producteur de pommes biologiques dans le Calvados. Celui-ci n'a que trente-cinq ans, mais est déjà « vacciné contre la politique », dit-il en souriant. « Ce qu'on veut, il faut aller le chercher soi-même. On ne peut pas faire confiance à ces gens. Soit ils ne nous comprennent pas, soit ils sont impuissants. » Par conséquent, il s'en remet aux acteurs locaux, au bouche-à-oreille, à l'association de producteurs à laquelle il appartient pour faire évoluer les choses.

Même discours chez Louis, producteur d'une huile d'olive corse : « Ce qu'il faut pour se démarquer de la concurrence, c'est miser sur l'excellence des produits. C'est en fournissant une huile de qualité, labellisée, qu'on fait la différence avec les huiles industrielles. Alors oui, elle est bien plus chère, mais le consommateur sent immédiatement la différence de goût. Nous, on se bat par nous-mêmes pour valoriser nos produits : on n'attend rien des politiques. En général, ils ont toujours trois batailles de retard... »

D'ailleurs, qu'en est-il des politiques présents pour ce premier jour du salon ? Comme le veut l'usage, le président de la République était venu le premier, accompagné de son porte-parole et ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll. Vers 15h30, François Hollande, présent depuis le petit matin dans les lieux, traverse le hall 2. Beaucoup d'effervescence autour de lui, un service de sécurité énorme, mais on perçoit moins d'animosité à son endroit que l'an dernier. « C'est normal, explique Basile, élève en dernière année dans un lycée agricole de l'Oise, là, tous les gens ont compris qu'il ne servait plus à rien. Il est venu pour faire de la figuration. » Néanmoins, on entend quelques critiques désabusées : « Et voilà, dans la boîte, le plus mauvais président de la Cinquième République », siffle un jeune exposant en le prenant en photo avec son portable.

Dans le couloir entre le hall 1 (éleveurs) et le hall 2 (cultures végétales)

Dans le couloir entre le hall 1 (éleveurs) et le hall 2 (cultures végétales)

François Hollande passe serrer quelques mains, encadré par un important service de sécurité

François Hollande passe serrer quelques mains, encadré par un important service de sécurité

Stéphane Le Foll se fait alpaguer par un agriculteur énervé

Stéphane Le Foll se fait alpaguer par un agriculteur énervé

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Jean-Luc 01/03/2017 16:10

Peut-être un espoir ?
https://www.youtube.com/watch?v=4kxRTTTmSGM