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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Au QG de Jean-Luc Mélenchon : déception et fureur

Au QG de Jean-Luc Mélenchon, la tristesse et la colère

Au QG de Jean-Luc Mélenchon, la tristesse et la colère

Dès 18h30, les « Insoumis » se massent devant le Belushi’s, un bar branché du Xème arrondissement de Paris, rue de Dunkerque, non loin de la gare du Nord, privatisé pour l’occasion par l’équipe de Jean-Luc Mélenchon. Plusieurs estimations de Belgique ne sont pas très encourageantes, et peu avant 20h, les sympathisants sont dans l’expectative, sans pour autant exprimer beaucoup de confiance dans les premiers résultats. Quelques « On va gagner » peu convaincus retentissent çà et là. Dès 20h, les premières estimations officielles tombent. Macron et Le Pen seraient au coude à coude, autour de 23% ; Fillon et Mélenchon derrière, à 19%. Les visages se serrent : déception et colère commencent à poindre dans l’assistance, dans laquelle on dénombre de nombreux jeunes, venus munis de bières et de cigarettes. Puis les premiers cris de protestation se font entendre : « Merci Hamon, merci le Parti socialiste ! ». Quelques personnes lancent une Internationale, qui est peu reprise. La nuit tombe doucement, et toujours aucun signe du candidat de la « France insoumise ». Celui-ci a pris son temps. Peu avant 22 heures, M. Mélenchon s’exprime face aux caméras, à l’intérieur du bar situé au pied de son QG de campagne : « Le résultat n'est pas celui que nous espérions », a-t-il reconnu prudemment, tout en refusant de reconnaître d’emblée son élimination au premier tour. Même plusieurs heures après la communication des premières estimations, et alors qu’il était évident qu’il ne pouvait espérer être retenu pour le second tour, Mélenchon assurait vouloir se tenir aux résultats communiqués par le ministère de l’Intérieur à minuit. Moins d'une demi-heure après son allocution, il quittait le Belushi's sous les acclamations et aux cris de « Résistance !» scandés par les sympathisants. Fort peu avaient pu accéder à l’intérieur, réservé à une poignée d’heureux élus et aux journalistes.

Pourtant, peu après 21 heures, Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, avait tenté de redonner un peu d’espoir aux militants dépités, comptant sur les résultats des grandes villes, traditionnellement avares de hauts scores pour le FN. « Nous demandons que cessent les pressions pour nous faire valider des résultats sondagiers, » avait-il affirmé, cependant que derrière, quelques « On est là, on est la France insoumise! » retentissaient avec beaucoup d’optimisme mais plus vraiment d’ardeur.

Les militants y croyaient, ils avaient senti une dynamique et voyaient déjà « Jean-Luc » au second tour. Ils étaient convaincus que les gros meetings de l’ancien ministre socialiste, propulsé tribun de la campagne, étiqueté par certains « meilleur pédagogue », et qui savait attirer les foules, seraient un indicateur de vote massif du peuple de gauche pour Mélenchon.

« On aurait peut-être moins dû mettre l’accent sur l’alliance bolivarienne, cela a un peu décrédibilisé le programme international de la France insoumise » soupire Julien, graphiste. « Peut-être aurions-nous pu insister pour trouver un accord avec Hamon » suggère Lia, fonctionnaire au ministère de l’Education nationale, avant d’être coupée par son ami Lucas : « Impossible, les batailles d’ego sont intranchables dans ce type d’élection ! »

On croise de nombreux militants dépités, presque désemparés, mais fermement résolus à s’abstenir au second tour. « Ni Macron, ni Le Pen, ce sont les deux faces de la même monnaie, du Hollande bis arrosé de Commission européenne, contre une xénophobe » assène Chris, étudiant en chimie. Plus rarement, d’autres ont tranché : « Ce n’est pas possible que Le Pen soit présidente, c’est contre mes valeurs de gauche. Je voterai Macron en me bouchant le nez » confie Josette, retraitée, qui avait participé aux manifestations anti-Le Pen en 2002. « Mais aujourd’hui, ce n’est plus la même chose, poursuit-elle. Macron, c’est l’incarnation exacte de tout ce qu’on rejette, ici. » Quant à Patrick, cadre dans une fabrique de mobilier domestique, il en tire les conséquences : « Sur le programme économique, je suis opposé à 200% à Macron. Impossible de voter pour lui. Ça me dégoûte, mais je voterai Le Pen en mai. Pour lutter contre l’Europe, et pour aider les travailleurs précaires. Mais ça sera la dernière fois. Après, je renonce à la politique ; elle m’a trop dégoûté, elle m’a trop déçu. »

Quant à Jean-Luc Mélenchon, contrairement à MM. Fillon et Hamon qui ont immédiatement appelé à voter Macron, il a refusé de prendre position pour M. Macron et Mme Le Pen, fustigeant la jubilation des « médiacrates et oligarques » à l’annonce des résultats.

Dans un mouvement panurgique, toutes les perches se tendent vers les militants les plus dégoûtés - ici deux femmes, qui disent tout le mal qu'elles pensent du PS, ainsi que leur volonté de s'abstenir

Dans un mouvement panurgique, toutes les perches se tendent vers les militants les plus dégoûtés - ici deux femmes, qui disent tout le mal qu'elles pensent du PS, ainsi que leur volonté de s'abstenir

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