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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Emmanuel Macron, du juste milieu au juste néant

Emmanuel Macron, le populiste d'extrême-centre

Emmanuel Macron, le populiste d'extrême-centre

« Rougon remerciait Delestang d'être venu l'aider. Ce ‘’bon ami’’ était le seul avec lequel il put à l'aise laver le linge sale de ses cinq années de présidence. Il l'avait connu à l'Assemblée législative, où ils siégeaient tous les deux sur le même banc, côte à côte. C'était là qu'il avait éprouvé un véritable penchant pour ce bel homme, en le trouvant adorablement sot, creux et superbe. Il disait d'ordinaire, d'un air convaincu, que ''ce diable de Delestang irait loin.''. Et il le poussait, se l'attachait par la reconnaissance, l'utilisait comme un meuble dans lequel il enfermait tout ce qu'il ne pouvait garder sur lui. » Ces quelques lignes sont d'Emile Zola, au début de Son Excellence Eugène Rougon. Remplacez Rougon par Hollande et Delestang par Macron – hormis le fait que les deux hommes ne se sont jamais côtoyés à l'Assemblée nationale – et vous trouverez ce meuble adorablement sot, creux et superbe dans lequel Hollande a enfermé tout ce qu'il ne pouvait garder sur lui.

 

« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » avait dit Martine Aubry en 2011 pour critiquer la teneur du discours de son rival de l’époque, François Hollande. Avec Macron se profile au loin, dans le brouillard d’un programme imprécis, une immense armée de loups. Sur tous les sujets, le candidat, qui souhaite donner le sentiment d’une pensée construite, complexe, et du juste milieu – Monsieur est « philosophe », et lecteur d’Aristote – manie à la perfection le connecteur logique « en même temps ». En déplacement en Corse, il plaide par exemple pour une « transition pour un nouveau régime » en Syrie tout en refusant le départ immédiat de Bachar el-Assad afin de ne pas déstabiliser le pays. « Il faut travailler avec ses représentants pour le sortir du jeu », indique Emmanuel Macron, qui ajoute que la priorité en Syrie est la lutte contre Daech. Il donne son accord aux attaques de Trump en Syrie, et « en même temps » détaille sa préférence pour une action coordonnée de la communauté internationale sous mandat de l’ONU.

 

« Vous êtes toujours d'accord avec tout le monde », lui avait lancé François Asselineau mardi 4 avril, lors du dernier débat télévisé entre les onze candidats, déclenchant les rires du public. Partisan du consensus, chantre du dépassement des clivages politiques, Emmanuel Macron est accusé de ne pas avoir de programme clair. Il pratique ardemment la tactique de l’attention sélective. Celle-ci consiste à communiquer des informations contradictoires afin de capter un assentiment maximal de la part de l’auditoire. En effet, nous avons tendance à sélectionner les informations qui nous confortent dans ce que nous pensons. Quand Macron dit dans la même phrase qu’il est « hors de question de lever l’état d’urgence » puis qu’il « réunira une commission pour savoir s’il faut le lever », tout le monde est servi. Pour plaire, il dit tout et son contraire.

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