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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Techno et rassemblement d'homini festivi : la soirée électorale au Louvre

Emmanuel Macron devant la pyramide du Louvre, élu à 66,06% des voix

Emmanuel Macron devant la pyramide du Louvre, élu à 66,06% des voix

Un peu avant 20h, les soutiens d'Emmanuel Macron affluent place du Carrousel, devant la pyramide du Louvre. Lorsque tombent les résultats, où se traduit une nette victoire d'Emmanuel Macron, à plus de 65 % des suffrages exprimés, des cris de joie explosent. Les équipes d'En Marche ! ont distribué plusieurs milliers de drapeaux français, qui s'agitent çà et là, avec parfois des drapeaux européens. Mais l'ambiance du Louvre n'a rien à voir avec celle, euphorique, parfois jusqu'à l'excès, qu'on a pu connaître en 2012 à la Bastille. Au début, l'attente du nouveau président élu, qu'on nous annonce vers 21h30-22h, se cristallise sur les écrans géants où sont projetés des extraits des émissions spéciales des journaux télévisés. On voit accourir ventre à terre, tout ce que la République peut compter de nouveau, Ségolène Royal et François Bayrou en tête.

 

Les organisateurs de la soirée coupent l'intervention de Marine Le Pen. Le Monsieur Loyal de la soirée, dont l'enthousiasme a tôt fait de déborder les capacités vocales, annonce le retour en force de l'« espoir, l'Europe, le progrès. […] Le monde vous regarde ce soir ! ». Un concert a été prévu pour combler l'attente des membres de l'assistance, jeunes pour la plupart. On nous annonce l'arrivée d'un artiste « international, envoyé par Barack Obama ». Le chanteur pop américain Cris Cab débarque et chante quelques titres tout en saluant « Emmanuel », si cool qu'il paraît naturel de ne l'appeler que par son prénom. « Qu'auriez-vous pensé si en 2008, un chanteur français avait, en français, fait la première partie du concert de Barack Obama », demandé-je à mes voisins. Ils ne savent pas, ils ne voient pas le rapport : ils sont venus pour faire la fête. Après viendront « l'un des plus grands DJ de la scène française » (mais autour de moi, à l'évocation de son nom, tous les Homini Festivi réunis se demandent qui il est) qui nous passera de la pop et de l'électro américaine, puis le groupe ivoirien Magic System, et enfin le performeur Richard Orlinski, qui dansera sur de la musique arabe, entouré de danseuses virvoltantes et dorées. Lors de ce concert, les organisateurs auront réussi l'exploit de ne jamais passer de musique française. Ici, bienvenue au Macronland : la culture française n'existe pas.

Le meilleur résumé de l'extraordinaire tour de passe-passe qu'a été cette élection nous a été offert par le groupe d'Abidjan : « On t'invite à la magie […] oublie tes soucis, et viens faire la folie ! »

 

Festivus a débarqué au Louvre. Le peuple dépolitisé qui est venu danser sur de la musique américaine est content. Du pain, des jeux et une boîte de nuit à ciel ouvert, que demander de plus ? Cette élection est celle d'un délégué de promo de fac : l'élu est jeune, beau, cool, « swag », admirablement marketé, formidablement médiatisé.

A 21h, tous assistent à la première prise de parole officielle du nouveau président, qui, la mine grave et les yeux rivés sur son prompteur, prononce d'un air mécanique quelques mots qui se veulent rassembleurs.

 

Par la suite, l'attente sera longue jusqu'à son arrivée : filmé par les caméramen à motos, le nouvel élu ne se la joue même pas comme Chirac en 1995 ou Sarkozy en 2007. Pas de vitres baissées, pas de triomphe affiché – tout ceci a été consommé au soir du premier tour.

Enfin, peu après 22h30, le nouveau président arrive au Louvre. Sur l'ode à la joie de Beethoven, l'hymne européen sans paroles, il se dirige vers l'estrade. Quatre minutes dix de marche, lente, se voulant digne, présidentielle, ou monarchique. Quelques blagues fusent : « Son arrivée sur de la musique classique, c'est Emmanuel II, duc de Savoie ! »

 

Sur les réseaux sociaux, les commentaires se déchaînent : « Pyramide en arrière plan, musique de Beethoven, discours scientologique : on dirait un film de Stanley Kubrick. » D'autres comparent M. Macron au Louvre à Belphégor.

 

L'allocution est courte, appelant au rassemblement et à l'unité. « Ce que vous représentez ce soir au Louvre c’est une ferveur, un enthousiasme, l’énergie du peuple de France. (…) Vous avez choisi l’audace, et cette audace nous la poursuivrons ». Le mot énergie revient souvent dans la bouche du président, qui accède à son premier mandat du peuple. « Je le sais, la tâche sera dure, je vous dirai à chaque fois la vérité, mais votre ferveur, votre énergie, votre courage toujours me porteront. (…) Je rassemblerai et réconcilierai parce que je veux l’unité de notre peuple et de notre pays. » Il demande à « toutes et à tous » de lui donner une majorité pour gouverner au moment des élections législatives. Au moment où retentit la Marseillaise, qu'il chante comme à son habitude la main sur le coeur, il fait venir sa femme sur l'estrade, puis sa famille – à l'américaine – et enfin son équipe.
 

Peu après 23h, la foule se disperse, sans ferveur, mais rassurée d'avoir échappé à la bête immonde de l'extrême droite.

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