Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

K.O. de Fabrice Gobert : virée fantastique dans une existence parallèle

K.O. de Fabrice Gobert : virée fantastique dans une existence parallèle

Le film s'ouvre sur un ring de boxe. Parmi la foule chauffée à blanc, figure Antoine Leconte, membre de l'équipe de direction d'une grosse chaîne de télévision, venu racheter les droits de diffusion du combat. Il est froid, distant, arrogant, sûr de son bon goût, de son jugement et de sa toute-puissance. Il néglige sa deuxième femme, Solange, incarnée par Chiara Mastroianni, superbe figure de fragilité piquée au vif, ainsi que sa fille adolescente, et enchaîne les jolies conquêtes d'un soir, attribut de son pouvoir social. Il méprise tout le monde, surtout les plus faibles, et suscite un ressentiment plus ou moins refoulé de bon nombre de ses collaborateurs. Un jour, un présentateur sur le déclin « pète un plomb » et lui tire dans la poitrine une balle de revolver, devant témoins, dans les bureaux de la rédaction, à la sortie d'un ascenseur. Leconte plonge dans le coma, mais lorsqu'il se réveille, son monde bascule. Tout est chaos, il est K.O. Sa vie d'avant n'a jamais existé, et ceux qui l'entourent ont changé de position hiérarchique. Il n'est plus manager, mais simple présentateur météo en passe de se faire virer, il n'habite plus un appartement cossu de l'avenue Foch mais un petit trois pièces décrépit du boulevard Pasteur ; surtout, personne ne lui a tiré dessus : il a simplement fait un infarctus. Angoissé, révolté, initialement persuadé que tout le monde a tissé un complot contre lui lors de son absence, il tente de se raccrocher, sans succès à son ancienne vie. Puis il se découvre de vrais amis parmi ceux qu'il rudoyait auparavant, d'improbables adjuvants désintéressés. La fureur se mute alors en résilience, en une acceptation contrainte et forcée de son nouveau sort. Il est désormais obligé de composer avec une existence et des proches qu'il ignorait ou méprisait auparavant. Par la suite, après un enchaînement de séquences plus ou moins dramatiques, à la faveur d'un deuxième coma, tout rentre dans l'ordre. Le héros gagne en humanité, en épaisseur, en bienveillance. Ce Conte de Noël (Dickens) des temps modernes – avec un très bon Laurent Lafitte dans le rôle de Scrooge – projette un éclairage fantastique sur la jungle des relations sociales, amplifiée par le monde d'apparence et d'image que représente le milieu médiatique. Derrière les sourires déployés sur les affiches grand format où figurent les présentateurs vedettes, et les slogans, « partager », « vibrer », « comprendre », « découvrir », un bocal de piranhas qui s'entre-dévorent en permanence.

 

K.O. de Fabrice Gobert, réalisateur de la série Les Revenants, est un film au scénario bien mené, non exempt d'appréciables moments comiques qui lui apportent une légèreté bienvenue. Les psychologies des personnages, souvent divergentes lors des deux temporalités du film, et bien que parfois un peu forcées, sont intéressantes à suivre. A souligner également, la bande originale signée Jean-Benoît Dunckel et une direction de la photo esthétisante.

La métaphore filée de la boxe ouvre le film, puis revient de façon récurrente, sous la forme de matchs clandestins de free fight destinés à exprimer physiquement la colère et la frustration des « petits », de ceux qui se font piétiner le jour avant de retrouver un semblant de fierté la nuit. Leconte, désormais un « petit », s'y adonne, mais il ne sait pas se battre. « Il ne faut pas se laisser faire, » lui souffle un allié. Mais rester seul, c'est se condamner à perdre, toujours.

K.O. de Fabrice Gobert : virée fantastique dans une existence parallèle

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article