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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Quarantième anniversaire du Puy du Fou : un hymne à l’histoire vivante

Quarantième anniversaire du Puy du Fou : un hymne à l’histoire vivante

« Invente un empire où simplement tout soit fervent » écrivait Antoine de Saint Exupéry dans Citadelle. L’empire du Puy du Fou est de cette rare catégorie d’endroits où la ferveur touche tous ceux qui s’y retrouvent, comédiens, comme visiteurs, enfants comme adultes. A l’occasion du quarantième anniversaire du Puy du Fou, vendredi 16 juin, Philippe de Villiers a décidé de voir les choses en grand.

 

En 1977, à la sortie de l’ENA, Villiers imagine un spectacle rendant hommage à l’histoire de Vendée devant un château en ruines. Un « acte de reconnaissance et de réparation » à l’endroit de cette terre martyre durant la Terreur, et plus précisément dans ce lieu incendié par les colonnes infernales du révolutionnaire Turreau, en 1794. Ce spectacle nocturne, qui s’articule autour de la vie du personnage semi-imaginaire de Jacques Maupillier, retrace la vie d’un paysan vendéen à travers les âges, du Moyen-Age à la Seconde guerre mondiale. En quelques jours, Villiers boucle le scénario d’un spectacle qui aujourd’hui, grâce à des moyens techniques et humains décuplés, tient à la fois du théâtre, de l’opéra et de la superproduction. Ce sera la Cinéscénie, étymologiquement, du « mouvement » dans « l’espace ». Quarante ans après la première, dans la boue et sous la pluie, cette gigantesque fresque humaine réunit plus de 2000 comédiens bénévoles sur scène. Toujours animés de la même ferveur, doublée du sentiment de participer à une grande aventure collective. Ici, point de culte de la star qui, magnifiée sur scène, est idolâtrée par le public. Tout n’est qu’hommage à une histoire, à un peuple, et à une terre.

C’est par ce spectacle grandiose, superbement écrit, qui d’année en année, au gré de légères évolutions du scénario n’est jamais vraiment le même, ni jamais vraiment un autre, que s’est achevée la journée du quarantième anniversaire.

 

Elle avait commencé dans l’après-midi par l’inauguration de la Citadelle, pensée comme un château fort médiéval, le cinquième hôtel du Puy du Fou. En effet, depuis 2007, les visiteurs peuvent également dormir sur place et « prolonger leur voyage dans le temps » en séjournant à la Cité nocturne. Celle-ci compte entre autres la maison gallo-romaine, le village de Clovis et le camp du drap d’or – celui-ci nous plonge dans l’époque de François Ier. A chaque fois, le personnel est costumé selon l’époque évoquée.

A cette occasion, Philippe de Villiers a présenté à l’assistance le blason du Puy du Fou, frappé de sa devise : « c’est à jamais ». Entouré de son fils, Nicolas de Villiers, trente-sept ans, président du parc, et de Laurent Albert, son directeur général, il a lancé un vigoureux « vive le Puy du Fou libre ! ».

 

Deux spectacles nouvellement créés ont été présentés au public : le carillon, création musicale pour ce gigantesque instrument à cloches et quatre chanteurs, et le dernier panache, qui narre l’histoire de Charrette. Ce dernier a d’ailleurs reçu plusieurs récompenses mondiales, le prix de « meilleure nouvelle attraction européenne de l'année » en Italie, et un Thea Award, équivalent des « Oscar » concernant les parcs d’attractions. L’année précédente, « Les amoureux de Verdun », création dans laquelle le visiteur parcourt une tranchée reconstituée, avait déjà été primé.

L’idée originale qui a présidé à la création du parc est d’ailleurs reproductible, en s’immergeant dans les histoires nationales des autres peuples : le Puy du Fou international monte des projets à horizon trente ans, en Angleterre, en Russie, aux Pays-Bas, en Pologne, en Hongrie, en Espagne (Tolède), et enfin en Chine.

 

La cérémonie du quarantième anniversaire a été marquée par la spectaculaire patrouille de France. En début de soirée, au soleil couchant, huit Alpha-jet ont réalisé un ballet aérien d’une vingtaine de minutes. Des vidéos d’archive ont été projetées sur grand écran accompagnés par le chœur de Fribourg et l’orchestre symphonique de Prague. On a notamment vu des images de la venue en 1993 d’Alexandre Soljenitsyne, sans doute l’invité de marque le plus prestigieux que le parc ait accueilli. Puis, devant l’anneau de Jeanne d’Arc racheté aux enchères l’an dernier, Philippe de Villiers a tenu un discours où transparaissait son attachement à la Vendée, et aux trois cents mille « morts sans sépulture ». Ce spectacle qu’il a imaginé il y a des années, il l’a voulu comme un « hymne à tous nos morts », qui soit en même temps une ode à la Vendée festive, emplie de « ferveur » et d’« esprit d’enfance ».

Ce défenseur farouche de l’indépendance du parc s’est félicité qu’aucun moyen technique ne soit externalisé. Tout est produit et développé sur place. Sur un CV, avoir travaillé au Puy du Fou est le meilleur gage d’être embauché dans n’importe quel autre parc d’attraction. Depuis vingt ans, l'Académie junior forme les futurs artistes et techniciens du parc. Composée aujourd'hui de 29 écoles différentes, elle accueille 600 élèves par an. En 2015, en concertation avec l'Education nationale, le Puy a même lancé sa propre école primaire, où sont dispensés enseignements scolaires et artistiques.

 

Entouré des 3800 Puy-folais – comédiens bénévoles de tous les âges – Villiers a insisté sur la gratuité et le bénévolat qui sont les principes de fonctionnement inamovibles et les conditions de pérennité de la Cinéscénie. Ni dividendes, ni droits d’auteur, ni subventions : l’aventure a été bâtie pierre à pierre, sans intervention extérieure. Pour un résultat surprenant et unique : une œuvre qui permet l’« incandescence des âmes », où la mystique dépasse les destins personnels. « Le Puy du Fou nous dépasse, nous surpasse, et nous survivra. » Il constitue un acte de civilisation intime et de ré-enracinement vital, à l’heure où « notre pays est devenu presque étranger à lui-même ».

L’ancien secrétaire d'Etat à Culture du gouvernement Chirac s’est insurgé contre le marketing et le divertissement sans âme. Disneyland vs Puy du Fou ? « Ils ont une petite souris, et nous avons Jeanne d’Arc ! »

 

Confiant dans l’avenir du projet qu’il a créé « avec trois bouts de ficelle », Philippe de Villiers se situe toujours au croisement perpétuel du coup d’éclat, de la lente patience et de la transmission aux générations qui viennent. « Pendant quarante ans, on a cru tous les jours que l’histoire allait se terminer ; nous sommes ici aujourd’hui pour témoigner du fait qu’elle durera encore quarante ans. »

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