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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Alain Gournac, une vie publique au service des autres

Alain Gournac, devant sa bibliothèque composée d'ouvrages consacrés au général de Gaulle

Alain Gournac, devant sa bibliothèque composée d'ouvrages consacrés au général de Gaulle

ENTRETIEN INITIALEMENT PARU DANS LE JOURNAL DE CHATOU DU MOIS DE DÉCEMBRE 2017

Né la même année que Johnny Hallyday, avec qui il a aussi en partage la couleur des yeux – même si la comparaison s'arrête ici –, Alain Gournac est sénateur honoraire des Yvelines. Il fut maire du Pecq de 1991 à 2013, et sa mairie a été à plusieurs reprises l'objet de récompenses (première mairie française certifiée ISO pour la qualité de ses services en 1999, prix Territoria dans la catégorie management en 2000, Marianne d'Or en 2006). Diplômé de l'ESCP, ancien chef de publicité, ce gaulliste met en avant sa qualité d'homme politique de terrain, à l'écoute de ses concitoyens. S'étant mis volontairement en retrait de la vie politique, pour céder la place aux jeunes et se consacrer à des projets personnels – rédaction d'un livre – et familiaux, M. Gournac est aujourd'hui encore patron d'une usine de traitement des résidus urbains dont une partie se situe sur le territoire de Chatou. Il est en outre le détenteur d'une collection longuement enrichie au fil des ans qui comprend plus de mille livres sur le général de Gaulle, de toutes les tailles, et de toutes langues. Gaulliste dans le cœur, mais chiraquien dans les actes – il s'indigne d'une Europe éloignée des peuples, mais a voté pour le traité de Lisbonne en 2008 –, Alain Gournac est un homme politique à l'ancienne, au rire facile, au verbe haut, et à la poignée de main vigoureuse.

Ayant jonglé entre son action publique nationale et son mandat local, cet habitué des joutes politiques nous raconte ce qu'il a tiré d'un engagement de plus de vingt-cinq ans. Récit d'un bilan politique.


 

Vous avez quitté votre mandat de sénateur des Yvelines en octobre dernier. Quel bilan tirez-vous de votre carrière politique ?

Je suis à présent sénateur honoraire, et également membre honoraire du Parlement parce que ma présence y a dépassé la durée de vingt ans, ce qui entraîne automatiquement ce statut de membre honoraire des deux chambres !

J'ai passé vingt-deux ans au Sénat et à la tête de la mairie du Pecq, six en tant que maire-adjoint de Saint-Germain-Laye, douze ans à la vice-présidence du conseil général des Yvelines… sans compter les douze années que j'ai passées à assister Michel Péricard (qui est d'ailleurs le père d'Arnaud Péricard, le maire actuel de Saint-Germain !), celui qui a lancé ma carrière.

Mes engagements sur le plan national, et au niveau local, sont très complémentaires. J'ai beaucoup appris en étant maire : cette fonction m'a permis d'être réaliste lorsque nous devions présenter et voter des textes au Sénat. J'ai aussi beaucoup appris au plan national, afin de gérer ma ville de la meilleure façon.

Avez-vous observé une défiance grandissante de la part des électeurs à l'endroit des hommes politiques ?

J'ai toujours fui la politique politicienne. On n'est que peu de chose ! Je me souviens de ces élus qui, une fois au Sénat, prenaient la grosse tête parce qu'ils étaient sénateurs… Mais cette perte du sens des réalités n'est pas uniquement propre aux élus. Des chefs d'entreprises, des artistes, des intellectuels qui prennent le melon, cela existe aussi ! Mais nous avons une responsabilité plus grande parce que nous avons été élus pour servir la nation.

Alors évidemment, je ne pourrai ni vous dire que ma carrière a été parfaite, ni que tout ce que j'ai fait a toujours été positif. J'ai douté parfois, même dans mes convictions gaullistes. Par exemple, la fin de la guerre d'Algérie a été un drame pour les Français qui vivaient là-bas, pour tous ceux qui s'étaient battus pour la France et que la métropole n'a pas su accueillir. Mais à tout le moins, j'ai cherché à faire de mon mieux, et à écouter mes concitoyens.

Vous fûtes vice-président du groupe UMP du Sénat. Que pensez-vous du renouvellement en cours à la tête du parti Les Républicains ?

Laurent Wauquiez est beaucoup plus à droite que moi. Je le trouve parfois dur dans ses propos sur la sécurité ou l'immigration. Il faut savoir différencier les profiteurs de ceux qui sont venus vivre dans notre pays en en respectant les valeurs et les citoyens. Ma conception du gaullisme social relève avant tout d'une capacité d'écoute. C'est cette écoute qui a été au cœur de mes mandats. 

Cette idée de cumuler un mandat local et un mandat national a été mise à mal par la loi du 14 février 2014, votée sous François Hollande...

Mais je demeure contre le non-cumul des mandats. Il me semble que, pour que l'élu national soit ancré dans la réalité, un mandat local est bénéfique à l'intérêt général. Les deux mandats s'enrichissent mutuellement. Je me méfie des élus technocratiques. C'est bien de sortir des grandes écoles ! Mais après, il faut savoir se montrer réaliste quant aux problématiques de nos concitoyens.

J'ai été élève en école de commerce, à l'ESCP. Ce que j'ai particulièrement apprécié durant mes années d'études, c'est que les professeurs étaient aussi des professionnels à part entière, en phase avec les enjeux du terrain. Cela donne de la pertinence et de la profondeur à l'enseignement que j'ai reçu. On apprend toute sa vie ! J'apprends encore, je découvre encore des choses, et ce, quel que soit l'âge de mon interlocuteur. Je trouve que l'on s'enrichit au contact des autres… ce que les technocrates ont parfois tendance à oublier.

Les Français ne se sentent-ils plus représentés par leurs hommes politiques ?

Les partis politiques se sont éloignés petit à petit des réalités du terrain, de ce que souhaitent les Français. Ils restent dans leur monde. La politique, c'est du pratique. Le deuxième problème, c'est le parisiano-centrisme. Ce que le général de Gaulle avait déjà anticipé en son temps. Il y a deux France, celle des grandes villes, et celle des campagnes, pourtant riche et diverse ! Cette « deuxième France » se sent abandonnée.

Je suis étonné par le bon sens dont font preuve nos compatriotes, et le non-bon sens de certains de ceux qui les gouvernent. C'est paradoxal puisque les seconds sont choisis par les premiers ! Mais le critère du vote est parfois surprenant. Il s'agira d'élire celui qui parle bien, qui dit toujours oui, mais pas celui qui aura compris les enjeux de la gouvernance. Leur évaluation du candidat n'est pas toujours très réfléchie.

Qu'avez-vous pensé de la vague En Marche, en mai et juin derniers ?

Ce fut la manifestation d'un refus des partis traditionnels de droite et de gauche. Les gens ont exprimé le constat suivant : « vous avez tous été au pouvoir, et vous avez tous échoué. Donc nous essayons autre chose » Ce ne fut pas un mouvement d'adhésion à Macron, mais un refus catégorique des autres.

Vous êtes un gaulliste de toujours. La diplomatie française actuelle n'est-elle pas très éloignée de celle du général de Gaulle ?

La décision de la France de rentrer dans le commandement intégré de l'OTAN en 2009 a changé la mise. Mais c'était nécessaire. Les temps changent, le monde et la société évoluent. Par exemple, on observe qu'aujourd'hui, les jeunes ne sont plus prêts à sacrifier soirées et week-end sur l'autel de la carrière professionnelle. Ils préfèrent se consacrer à leur vie de famille, être avec leurs enfants, se balader le dimanche en forêt de Saint-Germain ! C'est une évolution de la société qui n'existe pas partout dans le monde. Sur le plan diplomatique, les choses changent aussi. Nous avons besoin de nouveaux contacts, de nouvelles alliances. Même constat avec les pays d'Afrique qui furent nos colonies. Nous n'allons pas diriger les Africains, ni envoyer Jacques Foccart leur donner des instructions ! En revanche, si nous pouvons aider à rendre la vie publique plus transparente, dans ces pays, tant mieux.

Sur la francophonie, il s'est produit un recul, c'est une chose certaine. La langue française décroît dans le monde. Je suis président du groupe d'amitié France-Corée du Sénat. Ce pays veut rentrer dans l'Organisation internationale de la Francophonie. J'y suis très favorable ! Mais paradoxalement on apprend de moins en moins le français en Corée. Partout dans le monde, on apprend l'anglais en première langue… Mais la vie est faite de cycles. Et d'ici quelques années, notamment grâce aux pays d'Afrique, le français reviendra peut-être sur le devant de la scène linguistique. La langue française est porteuse de valeurs et de principes qui dépassent le simple domaine de la linguistique ; c'est la langue de la culture, de l'intelligence et de la logique. Alors, ce n'est pas la peine de la rendre « inclusive » ! Je reste un grand défenseur de cette langue parlée sur les cinq continents.

Les Français sont-ils devenus sceptiques par rapport à leur appartenance à l'Union européenne ?

En 2005, les Français avaient voté contre le traité constitutionnel européen. Ils ne sont pas anti-européens, mais ils sont opposés à cette Europe déconnectée. L'Union européenne est à refonder, car elle ne convient plus aux peuples. Elle donne le sentiment d'être technocratique, et éloignée des préoccupations des gens. Les commissaires européens ne sont responsable de rien puisqu'ils sont nommés ! Mais je demeure européen parce que je pense que l'UE est la seule manière de se protéger des marchés chinois, indien, sud-américain. L’État doit être fort dans l'Europe. Et les deux nations qui doivent continuer à la piloter sont la France et l'Allemagne. Même s'il faut savoir accepter les différences entre nos deux pays sans toujours vouloir marcher dans les pas l'un de l'autre, ou de copier un modèle qui ne correspond pas toujours à nos intérêts et à nos traditions. Sur le plan militaire, les Allemands considèrent que le bouclier américain suffit à assurer leur sécurité ; donc ils seront enclins à aller plus loin dans l'OTAN. Sur le plan économique, leur taux de chômage est bien inférieur au nôtre… même si une multitude de « minijobs » mal payés, et faisant baisser les statistiques du chômage ont vu le jour ! Mais sur l'essentiel, il nous faut nous retrouver.

Si nous ne constituons pas de force large, face à tous les marchés émergents qui nous entourent, nous ne ferons pas le poids. L'Union européenne est une nécessité, mais elle doit se réformer d'urgence. Il faut éviter qu'elle ne soit une Europe purement matérialiste, au service de l'argent, pour devenir une Europe au service de l'homme, une Europe des citoyens.

Le sénateur occupe-t-il aujourd'hui encore un rôle important dans la vie politique française ?

Je pense que le sénateur est un élu qui, paradoxalement, est plus accessible que le député. Alors qu'il n'est pas élu au suffrage universel direct ! Ils incarnent de façon remarquable la ruralité et la défense du territoire. L'équilibre de la vie est fragile. Heureusement que le Sénat permet de trouver cet équilibre. Le député réagit de façon immédiate ; par exemple, une femme s'est fait renverser par un camion, tout de suite il faudra placer des barrières, des murs de béton. Alors que le sénateur prend plus le temps, il vérifiera que cela soit applicable à l'ensemble du pays, et dans le temps. Aujourd'hui, il existe encore des Codes Napoléon qui sont valables ! Quant à la réforme des régions, je suis favorable à un pouvoir étatique fort, donc je me méfie de tout ce qui peut déstabiliser l’État, à l'équilibre fragile.

Finalement, pourquoi avez-vous interrompu votre carrière politique ?

Après une vie longue au service des autres, j'ai décidé d'arrêter la politique pour me consacrer à d'autres projets, personnels et familiaux. Et je pense aux jeunes ! Il était temps pour moi de passer le flambeau. Cette idée me travaillait depuis trois ans. Je suis d'ailleurs en train d'écrire un livre qui sera plein d'anecdotes sur ma vie politique !

Partie de la bibliothèque consacrée à De Gaulle

Partie de la bibliothèque consacrée à De Gaulle

Autre partie de la bibliothèque

Autre partie de la bibliothèque

3 cavaliers - pièces fabriquées en Corée du Nord, et acquises en Corée du Sud (Alain Gournac a été président du groupe d'amitié France Corée des sénateurs)

3 cavaliers - pièces fabriquées en Corée du Nord, et acquises en Corée du Sud (Alain Gournac a été président du groupe d'amitié France Corée des sénateurs)

Les plus petits livres de la collection

Les plus petits livres de la collection

L'église Saint-Wandrille du Pecq, en travaux (novembre 2017)

L'église Saint-Wandrille du Pecq, en travaux (novembre 2017)

Vitrail représentant Sainte Désirée, récemment restauré

Vitrail représentant Sainte Désirée, récemment restauré

Vitrail représentant Sainte Eugénie, récemment restauré

Vitrail représentant Sainte Eugénie, récemment restauré

L'église vue de derrière

L'église vue de derrière

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Valéry 15/11/2020 12:48

Mr Gournac,

Merci encore de votre accueil dans votre mairie en juin 2010,moi, nous ,ex marins du chasseur de mines" Eridan" ,votre bateau filleul de la Marine Nationale que vous avait si chaleureusement accueillis,à chaque fois, dans votre ville du Pecq sur Seine.J'en gardes un excellent souvenir. L'Eridan,maintenant désarmé (juillet 2018),restera dans l'histoire ,comme LE bateau du Pecq sur Seine.
Bien à vous.