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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Chroniques à Radio-Notre-Dame

Chroniques à Radio-Notre-Dame

Tous les jeudis, vers 7h10, une chronique d'environ 3'30 intitulée "le buzz de la semaine" est tenue par un chroniqueur sur Radio-Notre-Dame. Louis-Marie Picard, journaliste à KTO, tient habituellement cette chronique. J'ai eu l'honneur de le remplacer trois jeudis de suite, les 16, 23 et 30 novembre.

Voici les liens des 3 émissions.

16 novembre

 

Vous avez choisi de nous parler d'une expression curieuse, et lacunaire qu'on a entendu en début de semaine : les « quartiers »…

 

Lundi et mardi, Emmanuel Macron s'est rendu dans la métropole lilloise. Il a en particulier évoqué la politique de la ville à Roubaix et Tourcoing. Une expression récurrente a figuré au cœur de son discours, qui appelait (je cite) à la « mobilisation nationale » pour « les quartiers ». Il a été question, pêle-mêle de « restauration de la république et d’émancipation dans les quartiers ». Il fallait « construire l'avenir des quartiers avec tous » car « les habitants des quartiers sont les enfants de la République » et tutti quanti, que l'on peut retrouver sur le fil Twitter présidentiel.

 

Mais enfin, tous les Français sont des habitants des quartiers, étymologiquement les parties d'une ville. Il ne viendrait pourtant à l'idée de personne de dire que ceux qui vivent dans le 8e arrondissement de Paris sont des « habitants des quartiers ». L'expression est entrée dans le langage courant : l'euphémisme « les quartiers » désigne les quartiers en difficulté, que ce soit sur le plan de l'économie, de l'emploi ou de la sécurité. 

A Roubaix, le nombre de chômeurs a augmenté de 16 % en 5 ans. Plus de 30 % des actifs sont sans emploi, et près d'un Roubaisien sur 2 vit sous le seuil de pauvreté. Ce qui assombrit la réalité d'une ville à l'histoire, au patrimoine et à la vie associative très riches.

 

Albert Camus a dit que «mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde ». Les nommer à moitié est à moitié malheureux.

 

Après Camus, c'est Molière qui a retenu votre attention cette semaine, et plus particulièrement le héros d'une de ses pièces les plus connues, Tartuffe.

 

« Couvrez ce sein, que je ne saurais voir.

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées. »

 

Ainsi s'exprime Tartuffe, personnage éponyme d'une comédie qui met en lumière toute l'hypocrisie de ceux qui ne s'appliquent pas à eux mêmes les leçons de morales qu'ils distribuent abondamment autour d'eux.

Nous avons eu Denis Baupin, vice-président écologiste de l'Assemblée nationale, qui posait avec du rouge à lèvres pour la journée des femmes, avant d'être, quelques mois plus tard, accusé de harcèlement sexuel. Nous avons eu Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, qui menait une mission spécialement dédiée à la lutte contre la fraude fiscale… avant d'en être accusé lui-même. Aujourd'hui, place aux jeunes, place au renouveau : l'ancien président du Mouvement des jeunes socialistes a été accusé par huit femmes de harcèlement sexuel. Grand féministe mais seulement  dans les mots, membre d'un parti où régnait une omerta sur de tels agissements – car il fallait évidemment préserver la réputation du parti – Thierry Marchal-Beck s'est fait emporter par le tourbillon #BalanceTonPorc.

« Le pauvre homme… » comme disait Orgon dans Tartuffe.

 

 

Pauvre homme également Edwy Plenel, attaqué en une du dernier Charlie Hebdo ?

 

Ancien directeur de la rédaction du Monde, d'où il menait des kabbales idéologiques, cofondateur de Mediapart, Edwy Plenel, affiche une sympathique apparence de papy à moustache. Caricaturée en une du dernier Charlie Hebdo, cette moustache qui couvre les yeux, les oreilles et la bouche, est devenu un pastiche des trois petits singes : celui qui ne voit rien, celui qui n'entend rien, celui qui ne raconte rien. Accusé d'être un compagnon de route de Tariq Ramadan, et complaisant envers les islamistes, Plenel, de la gauche libertaire, est attaqué par ceux de Charlie… de la gauche libertaire, mais bouffeuse de curés. De tous les curés, et de toutes les confessions, islam inclus. Entre ceux qui voient dans les musulmans les nouveaux prolétaires, damnés de la Terre, et ceux qui ne se privent pas de caricaturer l'islam, la fracture est ouverte.

 

Il y a 2000 ans, la guerre des Gaules a bien eu lieu. Place à la guerre des gauches !

23 novembre

 

Cette semaine un syndicat d'enseignants de Seine-Saint-Denis fait parler de lui...

 

« Je viens du Sud, et par tous les chemins, j'y reviens » chantait Michel Sardou en 1981. 36 ans plus tard, c'est au syndicat d'enseignants SUD-éducation 93 que l'attention publique revient. Il a en effet organisé un stage les 18 et 19 décembre comportant des ateliers JE CITE « en non mixité raciale », c'est-à-dire en clair, interdit aux blancs. Des proches du Parti des Indigènes de la République et du CCIF (collectif contre l'islamophobie) y donneront des conférences à caractère prétendument « antiraciste ».

Se regrouper, comme le propose ce stage, entre « enseignants racisés » pour échanger sur une vie professionnelle opprimée par le grand méchant blanc, est-ce bien constructif ? Maintenir des jeunes Français non-blancs dans l'idée qu'ils vivent sous l'oppression d'un Etat raciste, est-ce vraiment les aider à s'insérer dans la société française ? Le développement séparé… on appelle ça apartheid, en afrikaans.

 

Cerise sur le gâteau, ce stage sera financé avec les deniers de l'Education nationale (avec des sous qui eux, je l'espère, ne sont pas frappés au coin du racisme d'Etat) !

 

D'Etat il est encore question, avec un remaniement ministériel qui passionne tout le monde… ou presque

 

Connaissez-vous l'effet Streisand ? Il porte le nom de la chanteuse américaine, Barbra Streisand dont la propriété avait été photographiée à son insu... ce que tout le monde ignorait avant que la chanteuse porte plainte, et accentue de ce fait la notoriété du cliché. Il s'agit donc d'un phénomène médiatique qui se produit lorsqu'un personnage public tente d'étouffer une information peu diffusée mais potentiellement croustillante, ce qui n'a pour conséquence, que son amplification.

 

Emmanuel Macron, maîtrise à la perfection, avec la collaboration des journalistes politiques, l'anti-effet Streisand avec option « lapin d'Alice au pays des Merveilles ». Il réussit à rendre captivant un événement qui au départ, n'intéresse personne. Je m'explique.

 

Depuis plusieurs jours, mijote à feu doux un épisode dont environ 99 % des Français se contrefichent : le remaniement ministériel. Le maître des horloges, ainsi que fut décrit le président de la République en arrivant à l'Elysée, s'amuse joue avec les journalistes politiques, qui se sont rongé les veines durant toute la journée de mardi, dans l'attente de la fameuse annonce. Mardi soir, l'AFP a précisé que le remaniement n'interviendrait pas avant « mercredi au plus tôt », voire « dans la semaine ». Et tous les journalistes de trépigner de nouveau... Cette communication sur le remaniement-soufflé aura fait gonfler son l'existence médiatique en quelques heures seulement.

 

Ainsi, grâce à l'effet « lapin d'Alice », un événement insipide et en retard parvient à faire la une des journaux.

 

Du lapin, vous sautez au renard ?

 

Le renard est un des animaux les plus présents dans les Fables de La Fontaine. Souvent trompeuse, il arrive que cette bête rusée se fasse doubler par plus habile qu'elle. C'est ce qui arrive dans Le Renard et la Cigogne.

 

Pour duper la cigogne, compère le renard la convie à dîner et ne lui laisse qu'une assiette peu pratique pour son long bec, ce qui empêche l'invitée de manger une seule miette du repas. Commère la cigogne, pour se venger de cette tromperie, l'invite en retour en ne mettant à sa disposition qu'un vase trop étroit pour le museau du goupil.

 

Mais... quel rapport avec l'actualité ?

 

Après plusieurs semaines de polémique sur l'écriture inclusive, le premier ministre Edouard Philippe a rappelé qu'en France, on parlait français, et que par conséquent, les points médians et autres lettres bonus étaient à ranger dans la boîte à morse et autres codes de détresse. Il ne l'a pas dit comme cela, mais c'est l'idée. On a vu poindre des réactions outrées des Jean-ne Moulin-e de pacotille, qui ont pris la ferme résolution, avec le secours de leur sainte grammaire, de continuer à écrire en inclusif. A Libération, on s'est offusqué de JE CITE « l'étrange priorité » du gouvernement Philippe… qui n'avait pourtant fait que sonner la fin de la récré inclusive !

 

Les renards de l'écriture inclusive qui nous ont bassiné des semaines avec leur volonté de transformer à tout prix la langue française se sont donc cogné les dents sur le vase du bon usage.

30 novembre

 

Cette semaine, on a beaucoup entendu parler d'égalité homme-femme.

 

Chaque 25 novembre, depuis 1981, a lieu la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. A cette occasion, le président de la République a prononcé, samedi en fin de matinée, un long discours au cours duquel il a proclamé l'égalité entre les femmes et les hommes « grande cause du quinquennat ». L'après-midi s'est déroulée une manifestation au cours de laquelle environ mille personnes ont défilé entre la place de la République et l'Opéra Garnier, alors que résonne encore l'affaire Weinstein et le mouvement #balancetonporc. L'association Osez le féminisme était présente. L'une de ses militantes portait une pancarte où il était inscrit « à bas la valence différentielle ! » Référence à l'une des dernières entrevues, accordée au Monde, que l'ethnologue féministe Françoise Héritier donna avant de mourir, elle qui ne fut jamais une militante de rue.

 

Que cela signifie-t-il ?

 

Le concept de « valence différentielle » indique que, par défaut, le masculin joue le rôle de l'universel et se place au-dessus du féminin, qui lui, est renvoyé au particulier. C'est ainsi qu'on a parlé de « suffrage universel » avant 1945 alors que les femmes en étaient exclues. On nous transmet un patrimoine (héritage du père), et notre devise nationale évoque l'amour universel qui unit les membres de la famille humaine sous le nom de « fraternité ».

 

La langue française est-elle un dangereux oppresseur ?

 

Selon certaines féministes, la langue française opprime les femmes, et il faudrait la féminiser pour que la moitié de la population se sente davantage représentée. Nous avions déjà évoqué l'écriture inclusive il y a quinze jours. Aujourd'hui, allons plus loin.

 

A bas l'hommage ! Vive le femmage !

Liberté, égalité, sororité !

 

Et en cas de conflit armé, une défense acharnée de la père matrie ? Pardon chers auditeurs, il est tôt et vous vous demandez peut-être si votre poste fonctionne normalement… Mais une féminisation de la langue et une transformation du français ouvrent des perspectives aussi larges que ludiques.

 

Pour couronner le tout, une élue EELV du Conseil de Paris, (peut-être à l'issue d'un pari perdu, l'hypothèse n'est pas à exclure) a proposé une modification du nom des Journées du Patrimoine en « Journées du Matrimoine et du Patrimoine ».

Alors qu'au fond, nous connaissons tous une solution courte, bien que fort peu laïque qui résoudrait l'affaire : place à la journée du Moine !

 

De transformation du langage, et de laïcité, il est encore question à Poitiers, où un fait divers a retenu votre attention.

 

La maison de quartier « Saint-Éloi Vivre Ensemble » organisera, le 15 décembre, une fête avant les vacances de Noël. Sauf qu'au lieu de la traditionnelle « fête de Noël », l'événement sera cette année intitulé « fête de Lëon ». Les plus alertes d'entre vous auront bien perçu qu'il s'agit des lettres inversées du mot Noël.

Le directeur de la maison de quartier, justifie ainsi son choix: « Le changement de nom, est un clin d'oeil, pour rester dans la tradition sans être en contradiction avec les idées des uns et des autres. Ce n'est pas une volonté d'être à fond dans la laïcité: le but est que chaque religion ou culture puisse cohabiter. » Mais bon sang c'est bien sûr ! Les habitants du quartier n'étaient donc pas suffisamment matures pour éviter une guerre de religions si le mot « Noël » était maintenu. Et il paraissait d'utilité publique de procéder à cette géniale et subtile inversion de lettres pour que personne ne soit heurté dans ses convictions.

En tout cas, l'initiative a fait réagir plusieurs personnes, dont des membres d'une association franco-russe, qui devait tenir un stand sur le marché. « Reprendre le principe d'un marché de Noël sans lui donner son nom, c'est une espèce de négation de la fête de Noël. » Pourtant, la fête sera bien dans l'esprit de Noël, précise-t-on à la maison de quartier, dont on s'étonne qu'elle s'appelle encore Saint-Eloi (car les non-chrétiens heurtés par le mot Noël, ne devraient pas moins l'être par le mot « Saint »).

« Lëon sera en fait un petit lutin, et ce jour-là il y aura bien le Père Noël, un spectacle sur la légende de Noël, des ateliers pour faire des cartes de Noël... » Donc si je résume, le mot a disparu, mais l'esprit est bien là, folklorisé à l'envi, entre le père Noël de Coca-Cola et ses lutins de la manufacture de cadeaux. On en oublierait presque que c'est la naissance du Christ que célèbre la fête de Noël...

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