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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Entretien avec la députée Marie Lebec, membre de la jeune garde macroniste

Marie Lebec

Marie Lebec

Députée de la quatrième circonscription des Yvelines depuis juin, Marie Lebec, âgée de 27 ans, a grillé les étapes de la politique grâce à la vague En Marche. Déterminée, dynamique et ambitieuse – elle s’était illustrée sur LCI en déclarant « penser forcément » à la présidentielle – la jeune femme nous a consacré un entretien au sujet de son nouveau mandat. Diplômée de Sciences-Po Bordeaux et de l’Université de Cardiff au Pays de Galles, elle a ensuite travaillé comme lobbyiste au cabinet d'affaires publiques Euralia. Désormais, elle se consacre pleinement à un mandat qui l’occupe à temps complet, et joue sur une image où transparaissent à la fois la rigueur de la bonne élève et un franc-parler jeune.

Entretien avec la députée Marie Lebec, membre de la jeune garde macroniste

Cela fait neuf mois que vous êtes députée de la quatrième circonscription des Yvelines. Quel est votre bilan, à moins d'un an de mandat ?

 

C’est une expérience que je juge à la fois passionnante et enrichissante, même s’il s’agit d’un gros changement de vie sur le plan personnel. On a démarré sur les chapeaux de roue à l’Assemblée nationale au sujet de plusieurs grandes lois : celle sur la confiance dans la vie politique, celles concernant la sortie de l’état d’urgence, les ordonnances, l’orientation des étudiants, le projet de loi de finances etc. Il s’agit de mettre en application le plus rapidement possible les engagements de campagne. En circonscription, même si les équipes municipales ne sont pas de la majorité présidentielle, l’accueil a été bon, et nous arrivons progressivement à trouver notre rythme pour travailler ensemble.

 

Vous êtes membre de la commission des affaires économiques. Quels projets de loi vous ont marquée ?

 

Pour le moment, cette commission n’a pas été saisie sur un grand projet de loi, mais plutôt des projets plus techniques. Deux éléments structurants sont dans les tuyaux. Après les états généraux de l’alimentation, l’idée est de trouver une juste répartition de la valeur entre les agriculteurs, les transformateurs et les distributeurs. Nous voulons répondre à cette question : comment tenter d'encourager une agriculture plus respectueuse de l’environnement et une alimentation plus saine, en s’appuyant notamment sur les produits biologiques et locaux ? Je travaille aussi sur un texte, PACTE (le plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises). Une démarche de consultation publique a été initiée, avec des députés et des chefs d’entreprise en faisant des propositions en amont. Il existe une volonté gouvernementale d’associer au maximum la société civile.

 

Vous êtes vice-présidente de la délégation aux outre-mer et présidente du groupe d'amitié France-Côte d'Ivoire. Avez-vous un lien particulier qui vous unit aux territoires d'outre-mer ou à la Côte d'Ivoire ?

 

Je n’ai pas de lien particulier à ces territoires en-dehors du fait d’y être allée plusieurs fois, surtout dans la zone Caraïbes. On m’a proposé cette vice-présidence. Les enjeux des territoires d’outre-mer diffèrent souvent, et je trouvais intéressante la confrontation avec la vision métropolitaine. Dans chaque texte de loi, il existe une adaptation aux territoires d’outre-mer, qui ont parfois des statuts différents. Ce poste me permet de bien saisir les spécificités de ces territoires, que ce soit en matière d’environnement, de formation professionnelle.

A l’Assemblée nationale, mon sujet de spécialisation est le commerce extérieur. Je cherchais un pays avec lequel la France développe une stratégie commerciale solide, et la Côte d’Ivoire correspondait à cette attente.

 

Pouvez-vous détailler votre sujet de spécialisation, le commerce extérieur ? Comment faire pour réduire le déficit de la balance commerciale française ?

 

C’est la première fois à l'Assemblée qu’autant de parlementaires travaillent sur ce sujet. Je suis présidente du groupe d’étude « Export et attractivité ». Nous sommes 66 députés à y participer. Ceci est lié à la forte présence de chefs d’entreprise parmi nous, dont certains sont exportateurs. Le premier ministre Edouard Philippe a également fait des annonces sur la thématique de l’export à l’EDHEC (Roubaix), ce qui montre un intérêt de l’exécutif pour ce dossier. Les mesures en vue concernent l’aide aux jeunes entreprises, la formation, le financement.

 

La prochaine échéance électorale sera l’an prochain, avec les élections européennes. Comme les envisagez-vous ?

 

Il y a un manque d’intérêt des électeurs pour l’Union européenne car nous ne savons plus vraiment où aller aujourd’hui. Au début, le projet européen semblait plus clair. J’ai eu la chance de déjeuner à plusieurs reprises avec Michel Barnier qui nous disait d’aller dans nos circonscriptions pour parler de l’avenir et de l’importance de l’Europe. Je lui ai alors demandé : « Mais qu’est-ce que le projet européen ? L’Europe, j’y crois, mais faire des normes, ça n’est pas un projet. » Je pensais qu’il y avait besoin d’un nouveau souffle. Notre mouvement va lancer une grande marche européenne d’ici quelques semaines. Nous avons identifié des mouvements européens partenaires qui adopteront la même démarche, dans le but de faire remonter les aspirations des Européens.

 

Que répondez-vous aux indépendantistes régionaux et aux pays de l’Est qui refusent de donner davantage de pouvoirs à l’UE ? N’y a-t-il pas un mouvement de retour aux identités régionales et nationales ?

 

En effet, on ne peut pas dire que la Hongrie et la Pologne soient dans une dynamique europhile ! Mais ce qu’il faut dire aux gens, c’est qu’on n’oppose pas la culture régionale aux cultures nationale ou européenne. Elles forment un tout. Il n’existe pas d’attachement encore à l’exécutif européen, mais voilà ce vers quoi on tend. Pour M. Barnier, avec le Brexit, c’est la première fois que l’UE défend les intérêts des Européens. On ne veut pas forcément un hard Brexit pour couler l’Angleterre. Mais il faut rappeler que l'Europe n'est pas un moulin : on n'y rentre ni on n’en sort comme on veut. C’est vrai, il y a aujourd’hui une montée des identités nationales. Mais on peut se sentir à la fois, comme moi, français et européen. Si on me demande d’où je viens, je dirai toujours que je suis française, mais par conviction, je suis aussi européenne.

 

Que pensez-vous du service national ?

 

J'y suis très favorable. De nombreuses mesures ont été présentées, il faut laisser le temps que le projet se construise. A titre personnel, je souhaitais faire la réserve militaire, mais je n’en ai pas eu l’occasion. Aujourd’hui, malgré le développement des années de césure, on encourage les jeunes à enchaîner bac, études et emploi. Le service national permettrait de répondre à une aspiration des jeunes qui veulent donner du temps à la nation. C’est bien qu’il soit obligatoire car cela lui donne de la valeur.

Après les attentats de 2015, certains jeunes de ma génération ont cherché à donner du temps à la nation. Le service national s’inscrit dans cette optique.

 

La réduction de la limitation de vitesse sur les routes, de 90 à 80 km/h ne pénalise-t-elle pas en premier les habitants des campagnes et ceux qui ont besoin de leur voiture quotidiennement pour se rendre au travail ?

 

Je comprends que cette mesure ne soit pas populaire. Mais il faut mettre en regard ce projet de loi avec les chiffres des tués sur les routes, 3 000 par an, et les 70 000 blessés dont on parle moins. Notre objectif est la mise en place d’une mesure forte qui contribuera à diminuer le nombre de morts sur les routes. Ce choix politique, nous ne l’avons pas fait par rapport à sa popularité mais par rapport à sa nécessité. Un rapport d’évaluation est prévu deux ans après sa mise en œuvre. Si on s’aperçoit que cette mesure n’est pas efficace, on y renoncera. Mais elle est comparable aux mesures impopulaires d’augmentation de la fiscalité sur le tabac : le but est de diminuer les conduites à risque.

 

A quelle fréquence organisez-vous des réunions publiques à destination de vos électeurs, et qu'en tirez-vous ?

 

J’ai tenu mi-février ma première réunion publique à Louveciennes. Je m’étais engagé à le faire durant ma campagne. Il y avait 125 personnes présentes. Les gens sont intéressés par notre activité. Je ne sais pas encore précisément à quelle fréquence en organiser. Sans doute une à deux par an, histoire qu’il y ait un bilan à présenter. Comme je trouve que ce type de réunions, on entend seulement le député s’exprimer, je fais en sorte qu’il y ait des dîners d’appartement. Des personnes proches d’En Marche ! organisent des dîners où ils convient des gens passionnés de politique mais pas toujours engagés pour discuter des enjeux du moment. Enfin, tous les quinze jours, j’assure une permanence numérique pour informer les habitants de ma circonscription. C’est un Facebook Live le soir qui dure une quinzaine de minutes ; j’y parle de mon travail à l’Assemblée, en circonscription, puis je présente un texte de loi dans l’actualité. Souvent je réponds à des questions posées dans la semaine sur Facebook.

 

Qu'est-ce qui vous plaît dans votre mandat, et au contraire quels sont ses inconvénients ?

 

Dans le cadre de mon mandat, je rencontre des gens passionnants et déterminés à faire bouger les choses. Ils parlent de leur métier ou de leur engagement. Par exemple, je suis allée visiter un petit musée au cœur du parc de Marly, le musée-promenade de Marly-le-Roi à Louveciennes, qui a fait de gros travaux de rénovation pour rehausser son attractivité, en misant notamment sur le numérique. Je vais dans des écoles dans lesquelles les enfants sont très curieux et posent des tas de questions ! Récemment à l’Assemblée, nous avons auditionné Toyota… J’apprends énormément au contact d’une grande diversité de personnes. J’espère que ces rencontres nous permettent ensuite de faire des textes plus éclairés.

Ce qui me plaît moins est le déséquilibre entre la vie personnelle et la vie publique. Etre député est passionnant et on s’y investit à fond, et on est par ailleurs très sollicité. Le changement de vie provoqué n’est pas toujours facile, pour mes proches ou moi.

 

 

 

Propos recueillis par Eléonore de Vulpillières

Entretien initialement paru dans Le Journal de Chatou

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