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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Marseille : la Rouvière, anatomie d’une cité tranquille

La Rouvière, Marseille

La Rouvière, Marseille

Reportage à Marseille

Au 13e étage du bâtiment E de la cité de la Rouvière, on aperçoit une vue superbe sur la baie de Marseille. Au loin se dessinent l’archipel du Frioul, le stade Vélodrome et la « Bonne-Mère » de Notre-Dame de la Garde qui veille sur la ville. « Cette vue est un atout non négligeable quand on habite ici », lance le propriétaire des lieux. Jean-Pierre Tricon vit à la Rouvière depuis 1994. Cet enseignant et spécialiste du droit funéraire a acquis un grand appartement dans ce vaste ensemble de copropriétés. Véritable village dans la ville, l’ensemble immobilier compte 2200 logements pour plus de 8000 habitants, appelés « les Rouviérains ». Propres et bien entretenus, les bâtiments ressemblent à toutes les barres d’immeuble qui sont sorties de terre depuis la poussée démographique des années 1960.

Sise dans le 9e arrondissement, dans les quartiers Sud de la ville, plutôt privilégiés, non loin de l’université de Luminy, la Rouvière a selon M. Tricon une particularité : il y fait bon vivre. Auparavant, il avait logé dans d’autres gros ensembles immobiliers qui sont légion à Marseille. Il avait constaté des problèmes de délinquance ou des situations inconfortables : des jeunes – gitans et maghrébins – traînaient toute la journée, organisaient leurs trafics, et faisaient du bruit dans la soirée. Plusieurs fois, il avait retrouvé ses pneus crevés, ou la carrosserie de de sa voiture rayée. « Certaines familles dites ‘’lourdes’’ faisaient peser sur tous les locataires et copropriétaires dégradations matérielles et incivilités. Il en faut peu pour pourrir la vie de tout un immeuble… Et encore, ça n’était pas les quartiers Nord » précise-t-il d’un air entendu. « Ici, l’ambiance est plutôt familiale, malgré certains comportements indifférents, comme cela peut être le cas ailleurs. » 

Les logements, au plancher épais, ont bien vieilli. La cité est composée de bâtiments – une tour de 95m de haut et six barres – disposés de façon circulaire et numérotés dans le sens des aiguilles d’une montre. Le bâtiment B, Super-Rouvière, construit dans les années 1970 et dont une partie est la plus luxueuse de l’ensemble, surplombe tout le quartier. Francis Arezki, mémoire vivante de la cité, se fait un plaisir de nous détailler, en s’appuyant sur de nombreuses photos d’époque, toutes les étapes de sa construction. « La qualité des matériaux choisis alors n’est pas étrangère à la qualité de l’habitat qui perdure aujourd’hui. » Nous ne repartirons qu’après avoir promis de visiter la petite exposition photographique au sous-sol de la galerie commerciale, installée en 2012 pour fêter les cinquante ans de la Rouvière, labellisée « plus grande copropriété d’Europe. »

 

Des rapatriés d’Algérie aux nouvelles familles

La cité a été imaginée dans les années 1960, pour accueillir, entre autres, les rapatriés d’Algérie. Les promoteurs, les frères Cravero, avaient, après avoir démarché des Algérois, vendu les appartements sur plans. Le noyau de pieds-noirs subsiste, même s’il a naturellement tendance à s’étioler avec le temps. Michèle, de retour d’Oran à vingt-neuf ans, est venue s’établir à la Rouvière en 1963 et ne l’a, depuis, jamais quittée. « Avant, c’est vrai, on avait tissé de tels liens avec les autres pieds-noirs que nous avions parfois le sentiment de vivre encore dans une petite Algérie reconstituée. C’est moins vrai aujourd’hui. »

Depuis quelques années, on observe une évolution du profil des habitants. Si de nombreux retraités vivent toujours à la Rouvière, on assiste à l’arrivée de jeunes primo-accédants, âgés de trente à quarante ans, qui reviennent parfois après y avoir passé leur enfance. C’est le cas de Lina, trente-huit ans, mère de deux enfants. « Nous avons acheté ici d’abord parce que les prix sont encore avantageux par rapport au centre-ville, même si les charges sont élevées. Ensuite, nous souhaitions quitter un arrondissement plus modeste et agité, où je ne me sentais pas toujours en sécurité. Ici, la vie est plus apaisée », confie-t-elle.

« Nous étions à l’époque où les urbanistes réfléchissaient à une banlieue du futur, celle des villes verticales » explique Gilles Sindt, président du syndic qui gère les 2200 logements. Le concept qui avait présidé à l’organisation de cette mini-ville était celui de l’autosuffisance. Pour cette raison, on recense une galerie commerciale comptant plus d’une soixantaine de commerces, des bureaux de poste, une école maternelle et une primaire, des cabinets médicaux, ou encore une structure associative sportive et culturelle. Mais cela ne signifie pas pour autant que la Rouvière fonctionne en vase clos. Les écoles – sous réserve de l’application de la carte scolaire – et l’association culturelle sont ouvertes à tous. Nadia, jeune mère pressée de trois enfants, Rouviéraine depuis quatre ans, nous le confirme : les deux meilleurs amis de son aîné sont des enfants extérieurs à la cité. Si en journée, la cité est ouverte, et que quelqu’un de l’extérieur peut venir y faire ses courses ou aller disputer une partie de pétanque, le soir, les portails sont fermés. Pour y entrer en voiture, il faut avoir son badge. Les amis doivent donner au gardien le nom et le numéro de téléphone des amis qui les reçoivent.

 

« Nous ne sommes pas racistes »

Certains habitants se montrent plus méfiants envers la presse depuis la parution en 2016 d’un article dans Le Monde, qui décrivait la cité comme un entre-soi hostile aux immigrés. « Ici, nous ne sommes pas racistes, nous ne discriminons personne en fonction de ses origines. Nous avons simplement à cœur que la tranquillité de tous et le respect de l’espace public soient établis » ajoute M. Sindt. Les concierges rencontrées – une trentaine pour toute la cité – dont beaucoup sont d’origine espagnole, italienne ou portugaise, nous confirment que les lieux sont plutôt tranquilles.

Peu sont ceux qui acceptent de parler politique. Aux dernières régionales, le Front national a atteint à la Rouvière des scores compris entre 41 et 46,5% des voix. A l’image de la région PACA où Marion Maréchal Le-Pen avait recueilli 45,2% au second tour. Quant au député de la sixième circonscription de Marseille dont l’ensemble fait partie, c’est, depuis 1993, M. Guy Teissier (LR), à l’origine du Parc national des Calanques, qui se trouve à moins de dix kilomètres des barres de la Rouvière.

« Pourquoi ici, ça n’est pas le bazar, contrairement à un tas d’autres cités, qui sont dans un état déplorable ? Parce que les gens sont responsables. La plupart des habitants sont copropriétaires et prennent soin de leur bien » souffle André, retraité, après une carrière de clerc de notaire. Des jugements de même nature ressortent çà et là. « Les barres d’immeubles de la Rouvière ont été construites en même temps que d’autres HLM qui sont aujourd’hui démolies parce qu’elles sont dans un état lamentable. C’est bien la preuve que ces constructions sont viables, pour peu qu’on les entretienne » complète Nadia, pour qui la Rouvière est un exemple concret de lieu où « béton » et « bien vivre » sont deux mots qui coexistent en paix.

Vue sur Marseille depuis la Rouvière

Vue sur Marseille depuis la Rouvière

Vue sur le stade Vélodrome

Vue sur le stade Vélodrome

Marseille : la Rouvière, anatomie d’une cité tranquille
Photos de la construction de la cité

Photos de la construction de la cité

Bâtiment en construction

Bâtiment en construction

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François 14/12/2020 09:23

Bonjour, La Rouvière reste un exemple de copropriété sur bien des points et bénéficie d’une construction et d’un emplacement de bonne qualité. Sa gestion est bonne également grâce aux efforts continus de ses copropriétaires , gardiens et autres employés de maintenance. Malheureusement, la gestion du syndic de copropriété, Citya, est loin d’être à la hauteur: honoraires scandaleux, dépenses non maîtrisées et mal ciblées, mauvais suivi des prestataires...etc font que les charges sont énormes au regard des prestations qu’on pourrait attendre pour un tel niveau de charges. En d’autres termes, ce syndic se gave sur le dos des copropriétaires ce qui a pour effet d’appauvrir l’ensemble de la copropriété et de provoquer une certaine dégradation qui pourrait être évitée si cette gestion était moins tournée vers le profit de Citya que celui de ses clients!

Babou 28/01/2020 14:06

Bonjour ,j'y vis depuis plus de trente ans, cela se dégrade de plus en plus , vous mentionnez que le garde de sécurité, prend nom et n. de téléphone pour rentrer, C'EST FAUX ARCHI FAUX , LE GARDE OUVRE SANS MEME NOYS REGARDER.......L'ON RENTRE ET SORT COMME DANS UN MOULIN .

Frédéric 24/04/2019 22:20

Bravo excellent travail. J'y ai vécu de 80 à 89 et j'y ai passé une enfance très heureuse malgré ma tête de métèque. Si les habitants étaient racistes soi ils le savaient pas ou soit c'est moi qui ai pas fais gaffe.

Stéphanie 02/04/2020 01:54

J'ai passé presque les mêmes années que vous à la Rouvière, de 81 à 86, j'ai fait toute mon école primaire là-bas et j'avais un Frédéric dans ma classe d'origine martiniquaise je crois. C'est peut-être vous ! Moi aussi j'ai passé une enfance super, on se baladait dans la Rouvière entre gamins sans problèmes.