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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Décors nabis au musée du Luxembourg : le floutage de la frontière entre beaux-arts et arts décoratifs

Édouard Vuillard, Personnages dans un intérieur, « L'intimité », 1896. Paris, Petit palais (détail)

Édouard Vuillard, Personnages dans un intérieur, « L'intimité », 1896. Paris, Petit palais (détail)

En hébreu et en arabe, le terme « nabi » signifie « prophète ». C'est ce nom qu'ont adopté un petit groupe de peintres qui se forma dans les années 1880. Parmi les plus célèbres, on trouve Maurice Vuillard, Pierre Bonnard, Maurice Denis ou encore Paul Sérusier. Tous ambitionnaient de révéler un art nouveau, plus innovant encore que celui des impressionnistes qu'ils jugeaient encore trop collés à la réalité. Jusqu'au 30 juin, le musée du Luxembourg présente un aspect moins connu chez les peintres nabis : leur art du décor. Cette exposition est la première en France à s'attacher précisément à l’art décoratif et ornemental des Nabis. En effet, les nabis ont été les pionniers du décor moderne. Une de leur spécificité a été de décloisonner les techniques : aussi trouvera-t-on au sein de l'exposition aussi bien des huiles sur toile que des tapisseries, des dessins réalisés sur des éventails – dessins influencés par l'art japonais – que des vitraux ou encore des objets en céramique et en marqueterie. Le Beau ne devait plus être réservé à une élite mais diffusé grâce à des objets du quotidien. Avec les nabis, la frontière entre les beaux-arts et les arts appliqués se floute. Une deuxième grande qualité de cette exposition à laquelle on pourrait reprocher d'être un peu courte (cent œuvres) est qu'elle a été l'occasion de réunir de grands panneaux décoratifs qui avaient été séparés puis dispersés au fil des ans.

On trouvera des peintures représentant des femmes au jardin, métaphorisant les saisons – Maurice Denis peint les différentes étapes des fiançailles puis du mariage en les associant à des mois de l'année. Certaines œuvres se lisent comme des mises en abyme : c'est le cas des intérieurs peints par Vuillard. Celui-ci reçoit une commande de la famille Natanson, dont le père, Thadée est un homme d'affaires et collectionneur d'art averti, pour des toiles représentant des intérieurs ; l'artiste choisira de montrer les occupants des lieux dans leur propre environnement, qui apparaît comme un endroit feutré, protégé du monde extérieur, saturé de taches de couleurs. A noter en fin d'exposition une très jolie détrempe sur toile de Paul Sérusier, Les Femmes à la source, ainsi qu'un surprenant décor monumental commandé par Denys Cochin, féru de chasse à courre, à Maurice Denis, représentant la Légende de Saint Hubert. Denis consacra trois ans à la réalisation des sept panneaux dont le plus impressionnant est celui du miracle de Saint Hubert qui poursuit un cerf entre les bois duquel apparaît soudain une croix dorée.

Cette belle exposition mêle donc, à travers de supports variés, des œuvres légères et fleuries à d'autres dont caractère spirituel est davantage affirmé.

Maurice Denis, Juillet, 1892, huile sur toile, Remagen, Allemagne, Arp Museum Bahnhof Rolandseck.

Maurice Denis, Juillet, 1892, huile sur toile, Remagen, Allemagne, Arp Museum Bahnhof Rolandseck.

Pierre Bonnard, Le Grand Jardin, vers 1895.

Pierre Bonnard, Le Grand Jardin, vers 1895.

Maurice Denis, Arabesque poétique ou L'échelle dans le feuillage, 1892, musée départemental de Saint-Germain-en-Laye Maurice Denis

Maurice Denis, Arabesque poétique ou L'échelle dans le feuillage, 1892, musée départemental de Saint-Germain-en-Laye Maurice Denis

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