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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

La peinture anglaise en majesté au musée du Luxembourg

Détail de Miss Crewe (1775) de Joshua Reynolds

Détail de Miss Crewe (1775) de Joshua Reynolds

Reynolds, Gainsborough, Turner… Tous les grands noms de la peinture anglaise sont exposés jusqu'au 16 février au musée du Luxembourg dans une belle exposition intitulée « L'âge d'or de la peinture anglaise » qui raconte l'émergence de l'Angleterre comme véritable nation artistique.

 

L'exposition qui se déploie à quelques mètres du Sénat explique les ressorts politiques qui ont fait émerger la scène artistique anglaise à partir du XVIIIe siècle. Elle présente comme décisive la période du règne de George III qui s'acheva en 1820 après soixante ans au pouvoir : l'Angleterre a alors pris son envol sur les plans artistique et culturel. Petit à petit, se dégageant de l'influence italienne présentée dans une des salles de l'exposition, les artistes ont contribué au façonnement d'une véritable manière britannique. Celle-ci se lit dans les beaux et grands portraits d'adultes et d'enfants que nous voyons dans la première moitié de l'exposition. Citons le portrait que Gainsborough consacra à son neveu qui fut un de ses assistants, travaillé comme une ébauche dans un style hérité de Van Dyck, ou encore celui peint par Reynolds de l'Amiral vicomte Keppel, bâton de commandement de la flotte britannique à la main et fièrement dressé devant un ciel agité.

Un véritable projet national se dégage de l'émergence de l'Angleterre comme nation artistique, et ce, dans l'opinion des peintres eux-mêmes. « Si notre nation parvient un jour à produire assez de génie pour mériter qu'on nous distingue du titre honorable d'école anglaise, le nom de Gainsborough sera transmis à la postérité dans l'histoire de l'art, parmi les premiers de cette école naissante », déclare Reynolds à la Royal Academy. Le portrait de Frederick Howard, comte de Carlisle, par Reynolds, reflète à la fois une énergie et une dignité du modèle, dont la posture s'inspire à la fois de l'Apollon du Belvédère et de la Renaissance vénitienne.

Les adultes dégagent une force de caractère tandis que les enfants touchent par leur naturel et leur candeur. On notera la présence d'un diptyque touchant de portraits d'enfants peint par Reynolds. Le frère, entouré de deux chiens, est représenté sous les traits d'un Henry VIII rieur tandis que sa petite sœur, Miss Crewe est déguisée en vendeuse de fraises, son petit panier d'osier à la main – on aurait presque envie de la rebaptiser « le petit chaperon bleu ». Cette dernière mourut prématurément et le peintre offrit son portrait aux parents. On sent l'influence hollandaise derrière plusieurs portraits de famille dans des intérieurs bourgeois, les conversation pieces dans lesquelles un Allemand, Zoffany, excellait particulièrement.

La peinture anglaise fait la part belle à l'animal, à commencer par celui qui sert le veneur. Aussi le visiteur ne s'étonnera-t-il pas de croiser des chiens de chasse et des chevaux magnifiés par le dessin exigeant de George Stubbs ou d'un George Morland qui donne à voir sur le vif des garçons d'écurie qui emmènent des chevaux se reposer. Quant aux paysages, ils sont traités par des peintres qui ont appris aux meilleures sources, en Italie ou d'après Le Lorrain, avant de « relocaliser » leurs peintures au bord de la Tamise, captant la lumière changeante et capricieuse de la banlieue londonienne, pour laisser dans l’œil du spectateur une impression bucolique et poétique.

L'exposition permet de comprendre les liens étroits noués entre la politique coloniale de l'Angleterre et sa représentation dans l'art, parfois sous-dimensionnée par rapport à la réalité. Les populations locales sont représentées dans la jovialité, sans allusion aux pesanteurs de l'esclavage, comme dans la Scène de danse dans les Caraïbes d'Agostini Brunias, peintre d'origine italienne. D'autres peintres rapportent de précieux témoignages de leur exploration de l'Empire britannique, comme Thomas Daniell qui le sillonna dix ans durant, en compagnie de son neveu, immortalisant sous son pinceau la richesse et la beauté de l'Inde, grâce à sa maîtrise du croquis et de l'aquarelle prise sur le vif, au cours de plusieurs expéditions. Ce matériel fut travaillé à son retour au pays natal, à l'huile, dans la tradition classique de la peinture de paysage.

Quant à la peinture d'histoire, il y est brièvement fait allusion en fin de parcours, grâce à quelques tableaux saisissants décrivant une apocalypse à la fois réaliste et fantasmée par l'imagination du peintre. C'est le cas de la Destruction de Sodome par Turner, ou de l'inquiétante Destruction de Pompéi et d'Herculanum par John Martin.

En un mot, cette exposition assez courte permet au visiteur un panorama complet de la peinture anglaise du XVIIIe siècle dans une intéressante perspective politique, sans avoir besoin de se déplacer à la Tate Gallery de Londres dont sont issus la plupart des tableaux.

 

Cet article est paru initialement dans le numéro 11 de Paris Saint-Germain des Prés.

La destruction de Pompei et d'Herculanum (1822) de John Martin

La destruction de Pompei et d'Herculanum (1822) de John Martin

Couple de foxhounds (1792) de George Stubbs

Couple de foxhounds (1792) de George Stubbs

Intérieur d'une écurie (1791) de George Morland

Intérieur d'une écurie (1791) de George Morland

La peinture anglaise en majesté au musée du Luxembourg
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