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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Centre européen du judaïsme : lieu culturel ouvert à tous ou bastion communautaire ?

Centre européen du judaïsme, place de Jérusalem, dans le 17e arrondissement de Paris, 13 décembre 2019

Centre européen du judaïsme, place de Jérusalem, dans le 17e arrondissement de Paris, 13 décembre 2019

Inauguré le 29 octobre dernier en présence d'Emmanuel Macron, le Centre européen du judaïsme, financé partiellement par des fonds publics, demeure, un mois et demi après, fermé au public. Ce centre est-il finalement un lieu de culte réservé à la communauté juive ou bien un lieu d'accueil à visée culturelle ?

 

 

Une inauguration en grande pompe

 

Mardi 29 octobre, dès le début de l'après-midi, le quartier de la porte de Champerret est bloqué. Des voitures de police bouclent un vaste périmètre de sécurité, qui intrigue les passants obligés de procéder à des détours. Que se passe-t-il donc de si important, dans ce quartier résidentiel habituellement tranquille, qui justifie de telles mesures perturbant la circulation ? La réponse tombera quelques heures plus tard : l'inauguration du Centre européen du judaïsme, porte de Courcelles aura lieu dans la soirée.

Parmi les présents, le président de la République, Emmanuel Macron, le premier ministre Edouard Philippe, le ministre de l'Intérieur et des Cultes, Christophe Castaner, l’ancien premier ministre Manuel Valls, l'ambassadrice d'Israël en France, Aliza Bin Noun, mais aussi la présidente de la région Ile-de-France,Valérie Pécresse, la maire de Paris, Anne Hidalgo, la députée de la circonscription, ex-maire du XVIIe, Brigitte Kuster, et le maire du XVIIe, Geoffroy Boulard. On notait aussi la présence de plusieurs candidats à la mairie de Paris, dont Rachida Dati, Cédric Villani et Benjamin Griveaux. L’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve était également présent, ainsi que le député de la huitième circonscription des Français établis hors de France, Meyer Habib. Avaient également été invités les représentants de tous les cultes, à commencer par le grand rabbin de France, Haïm Korsia, et le grand rabbin de Paris, Michel Gugenheim. Côté entreprises, on pouvait croiser les hommes d’affaires Patrick Drahi, président-fondateur d’Altice, ainsi que Maurice Lévy, qui fut trente ans président du directoire de Publicis.

Dans son discours, Emmanuel Macron a loué la « culture judaïque », notamment musicale qui a structuré l'Europe, et qui « résista aux pires atrocités » de la Seconde guerre mondiale. Malgré les épreuves tragiques traversées par la communauté juive, sa culture a noué de nombreux « entrelacs avec notre culture européenne » et produit « tant d’œuvres exceptionnelles de l'âme et de l'esprit », ayant « toujours résisté ». « Le judaïsme a joué un rôle primordial dans l'unité du continent, pour bâtir ce qu'est la pensée, la civilisation européenne, pour forger au fond ce que nous sommes », a déclaré le président de la République. « Qu'un centre soit là, bâti aujourd'hui pour le dire haut et fort, pour mettre des faits, des mots, des œuvres sur ce que nous appelons parfois confusément la civilisation judéo-chrétienne, le président de la République française que je suis, l’Européen passionné que je suis, ne peut l'accueillir qu'avec une immense bienveillance. » Ce discours a manifesté une intention marquée d'affirmer la place fondamentale de la culture juive dans l'Europe actuelle, et dans la République française. Le chef de l’État a ainsi justifié la dimension éminemment culturelle du CEJ.

 

Un complexe vaste et coûteux

 

Le centre a été conçu par les architectes Bruno Fléchet et Stéphane Maupin. Il comprend la synagogue Edmond J. Safra, d'une capacité de 600 places (dont 200 pour les femmes, en mezzanine), une salle de conférence de 600 m², des salles d’exposition, une médiathèque et les bureaux du Consistoire israélite. Sa superficie totale avoisine les 5000 m² sur un terrain de 1650 m² mis à disposition par la ville de Paris sous la présidence de Jacques Chirac. Le permis de construire a été obtenu en 2012 et les travaux ont commencé en 2015. Selon le Consistoire, le coût hors taxes de la construction a atteint les 15 millions d'euros, dont 3 fournis par l'État et la région Ile-de-France, 5 venus de fondations, 3 de mécènes et de donateurs privés, dont l’Institut Alain de Rothschild et Patrick Drahi, le reste étant financé par des emprunts. Quelques jours avant l'inauguration, les ouvriers ont mis la dernière touche aux finitions.

 

« Ce n'est pas la priorité ! » : quand le projet est critiqué par certains juifs

Sur le site d'informations israélien LPH Info, tout comme sur le portail juif francophone jforum.fr, les avis sont très divisés. Nombreux sont ceux qui contestent l'opportunité de construire le CEJ. On juge que la construction onéreuse de ce centre s'est faite au détriment d'une assistance aux familles juives en situation précaire, ou d'une aide à l'aliyah, dans un pays qui serait « de plus en plus hostile aux juifs ». Certains évoquent même une véritable « aliyah intérieure » provoquée par « l'islamisation » d'une partie de Paris et de la région parisienne. Cette dernière aurait provoqué le déménagement de plusieurs milliers de juifs dans l'Ouest parisien.
En effet, alors que moins d'1 % de la population française est de confession juive, les juifs représenteraient entre 21 % et 25 % de la population du XVIIe arrondissement, selon l'estimation de son maire, Geoffroy Boulard (LR). « Depuis plusieurs années le XVIIe arrondissement et plus globalement l’Ouest Parisien attire une communauté juive importante. Nous avons entre 37 000 et 41 000 personnes de confession juive sur 173 000 habitants ». L'arrondissement compte aussi une quinzaine d’établissements cultuels, trois écoles et on a pu observer ces dernières années une forte augmentation du nombre de commerces et de restaurants casher.

C'est devant le constat d'une forme de « repli » des juifs dans les beaux arrondissements que certains juifs critiquent les choix stratégiques du Consistoire de Paris, qui se préoccuperait davantage des honneurs officiels que de la protection de la communauté juive.

Synagogues et lieux de culte juifs à proximité du CEJ

Synagogues et lieux de culte juifs à proximité du CEJ

Le centre ouvre à quelques centaines de mètres d’autres synagogues du quartier comme celles de la rue Galvani (le centre Rambam) et de la rue Bayen (Beth Hamidrach Lamed), ou encore la synagogue tunisienne RYHT de la rue Catulle-Mendès.

Une double vocation cultuelle et culturelle

 

Selon l'Elysée, le CEJ « a pour ambition d'être le plus grand centre culturel du judaïsme en Europe ». Une dimension confirmée par le porteur du projet. « Ce sera d'abord un lieu d'ouverture et d'échanges, qui permettra, au-delà de l'aspect religieux, de mieux connaître l'histoire, les fêtes, la culture, et toutes les nuances et sensibilités qui font les richesses de la communauté juive française », affirme à l'AFP Joël Mergui, président du Consistoire, l'instance représentative historique du judaïsme français. Celui-ci porte ce projet depuis plus de dix ans ; il espère en faire une « vitrine du judaïsme européen », et un atout dans la lutte contre l'antisémitisme, rappelant les attentats de 2012 et 2015, perpétrés par Mohamed Merah dans une école juive à Toulouse, et par Amedy Coulibaly dans l'Hyper Cacher, porte de Vincennes à Paris.

Dans ce contexte, a confié au Parisien M. Mergui, le dimanche précédant l'inauguration, « ce tout nouveau Centre Européen du Judaïsme est une forme de résistance, une volonté de faire vivre notre communauté, de la faire rayonner et de l’ouvrir sur le quartier, sur Paris et sur l’Europe ».

 

Le CEJ, lieu fermé au public ?

 

Or force est de constater qu'un mois et demi après son inauguration, le CEJ est loin de ressembler à ce qu'il prétendait être : un « lieu d'ouverture et d'échanges » dépassant la dimension strictement religieuse, permettant de « mieux connaître l'histoire, les fêtes, la culture, et toutes les nuances et sensibilités qui font les richesses de la communauté juive française ». Au lieu de ça, il reste un lieu bizarrement fermé, même si on aperçoit souvent de la lumière à l'étage quand on passe devant. On ne comprend pas en quoi ce centre permet à la communauté juive de « la faire rayonner et de l’ouvrir sur le quartier », selon les mots de Joël Mergui. On pourra rappeler ici la définition du verbe « inaugurer » dans le Larousse : « Mettre quelque chose en place ou en service, ouvrir au public, par une cérémonie solennelle, un édifice, un monument, une exposition, etc. » Ce centre a bel et bien été inauguré, mais il reste fermé au public.

Le CEJ, dont l'entrée officielle est toujours fermée mi-décembre

Le CEJ, dont l'entrée officielle est toujours fermée mi-décembre

Le site internet du CEJ est une coquille vide ; il n'a pas fini d'être codé – on voit encore les balises « titre » et « texte ». L'image de couverture est une perspective d'architecte, et non une photographie du bâtiment effectivement terminé ; la seule information disponible concerne les premiers partenaires institutionnels, dont trois sont publics – l’État, la mairie de Paris et la région Ile-de-France. On ne trouve ni les jours et les horaires d'ouverture, ni la programmation culturelle – ne serait-ce qu'un projet pour les mois à venir. Nulle mention non plus du nom de son directeur, ni d'un éventuel numéro de téléphone propre au Centre – différent de celui du Consistoire.

Capture d'écran du site du CEJ, le 13 décembre 2019

Capture d'écran du site du CEJ, le 13 décembre 2019

Seuls sont visibles les partenaires du projet, dont trois sont des institutions publiques

Seuls sont visibles les partenaires du projet, dont trois sont des institutions publiques

Quand on appelle le Consistoire, on n'a pas d'autre information que « le centre est fermé, il ouvrira plus tard ». Même en insistant, on n'obtient ni date, ni éventuelle programmation culturelle. Quand on contacte l’administrateur de la page Twitter du CEJ, en message privé, ou sur leur mur, même absence de réponse. N’ont pas donné suite à nos sollicitations les élus du 17e arrondissement, ni deux élus de la ville de Paris qui ont visité le Centre le 19 décembre, et posté sur Twitter des images de leur visite, Christophe Girard, adjoint à la maire de Paris en charge de la Culture, ou encore Karen Taieb, adjointe à la maire de Paris en charge du Patrimoine. Seule Murielle Schor, adjointe au maire du 17e arrondissement, a indiqué au sujet de la programmation culturelle, que pour le moment, il n'y en "avait pas vraiment", à l'exception de "l'allumage de la première bougie de Hanouka dimanche à 18h".

Un lieu que "Paris est fière d’accompagner car la culture y a toute sa place"... sauf qu'aucune programmation culturelle n'est visible.

Un lieu que "Paris est fière d’accompagner car la culture y a toute sa place"... sauf qu'aucune programmation culturelle n'est visible.

Pourtant M. Mergui a évoqué dans son discours d'inauguration de 25 minutes un « comité culturel du CEJ ». Selon les informations de La Croix dans un article en date du 29 octobre, « ‘‘ pour l’instant, l’aspect culturel n’est pas encore structuré ’’ (…) ‘‘ Tout reste à bâtir ’’ admet le président du Consistoire, qui devra nommer rapidement un directeur pour le pôle culturel. »

Quant à la page Facebook du CEJ, elle le présente non pas comme un « organisme culturel » mais comme un « organisme communautaire ».

Classification du CEJ sur Facebook

Classification du CEJ sur Facebook

Un lieu qui fonctionne en vase clos ?

 

Et en effet, malgré la communication minimale effectuée par le CEJ, et l'impression que rien ne s'y est déroulé depuis la fin octobre, on trouve tout de même un événement, qui s'est tenu huit jours après l'inauguration, dans le centre flambant neuf, sur invitation. Le 6 novembre a eu lieu dans la synagogue une cérémonie d'hommage aux morts pour la France durant la Première guerre mondiale, en présence du président du Consistoire.

Centre européen du judaïsme : lieu culturel ouvert à tous ou bastion communautaire ?
Crédit : CEJ

Crédit : CEJ

La page Twitter du Centre européen du judaïsme est active (contrairement à son site internet : elle vient de changer de photo de profil le jeudi 19 décembre), même si elle ne répond pas à nos sollicitations. Elle communique sur un événement qui aura lieu le dimanche 22 décembre, l’allumage de la première bougie de la fête juive d’Hanouka au CEJ. Cet événement communautaire se fera en présence du Grand Rabbin d’Israël, Itzakh Yossef. Ce dernier s’était fait connaître pour des propos radicaux tenus en 2016 et en 2018. En 2016, il avait estimé lors d’un sermon comme le rapporte le média israélien Haaretz, que les non-juifs ne devraient pas pouvoir vivre en Israël s’ils ne respectaient pas sept lois stipulées par le judaïsme, et ne se mettaient pas au service des juifs. En 2018, comme l’avait vérifié le site Libération, il avait comparé les Afro-Américains à des « kushi », et à des singes. Itzakh Yossef sera donc présent à titre exceptionnel pour cet événement central pour la communauté juive, au Centre européen du judaïsme.

 

Centre européen du judaïsme : lieu culturel ouvert à tous ou bastion communautaire ?
Centre européen du judaïsme : lieu culturel ouvert à tous ou bastion communautaire ?

En dehors de l'inauguration du 29 octobre qui a été couverte par des médias traditionnels et des médias communautaires juifs et israéliens, on recense fort peu d'articles informés sur ce Centre. On note tout de même un article du Point daté du 30 juin 2017, dans lequel était citée une association critique du Consistoire, « Avenir du judaïsme ». Cette association a évoqué il y a deux ans et demi le risque d'un « fonctionnement en vase clos » du CEJ, et émis de forts doutes sur la dimension culturelle du centre, y voyant davantage un lieu de culte.

« L'association Avenir du judaïsme, critique à l'égard du Consistoire, doute que le CEJ, "marqué par l'orthodoxie" au risque d'un "fonctionnement en vase clos", puisse répondre aux besoins de la population, juive ou non. "On habille ça en centre européen mais ce n'est pas un centre, c'est une synagogue", regrette un responsable de ce collectif, qui aimerait que "le public puisse accéder à la philosophie et à la pensée juives de manière ouverte". » Les dernières semaines tendent à lui donner raison.

 

La déclaration surprenante de Jean-Paul Huchon

 

Dans une émission intitulée "Clientélisme et communautarisme", du 14 décembre 2019 sur RT, Jean Paul Huchon, ancien président de la région Île de France pendant 17 ans (1998-2015), indique : "Moi, quand j'étais président de la région Ile de France, ceux qui étaient les plus habiles pour monter des dossiers culturels, en réalité cultuels, c'étaient les gens du lobby juif, principalement." Ce qui est peut-être une piste de compréhension des subventions accordées au CEJ. L'expression "lobby juif" dans la bouche de Jean-Paul Huchon est surprenante, un peu comme quand Raymond Barre l'avait employée en 2007, ce qui avait fait grand bruit.

Dans le même temps, on apprend, via un retweet du compte Twitter du CEJ que la région Ile de France a accordé 283 000 euros de subvention à un autre projet, l'Espace du Judaïsme, qui se construira dans le 16e arrondissement. Est-ce de nouveau un centre communautaire déguisé en centre culturel ? Affaire à creuser.

Une fois contacté, l'élu a expliqué que l'Espace du judaïsme serait un "centre plus local", sans préciser la proportion de culturel et de cultuel.

Une fois contacté, l'élu a expliqué que l'Espace du judaïsme serait un "centre plus local", sans préciser la proportion de culturel et de cultuel.

Cette absence de communication et de transparence malgré nos multiples relances, et la fermeture quotidienne du centre au grand public sont-elles à mettre sur le compte d'un fâcheux retard à l'allumage, ou bien une orientation choisie volontairement par le Consistoire, en contradiction avec son message initial ? On espère avoir la réponse dans les jours à venir.

 

 

Eléonore de Vulpillières

ENCADRÉ

 

 

Le CEJ est-elle la première structure partiellement ou totalement financée grâce à des fonds publics à poser la question du mélange du culturel et du cultuel ? A titre de comparaison, on pense à l'Institut des cultures d'islam dans le XVIIIe, inauguré en 2016, et qui a fait grand bruit à la suite d'un reportage de Bernard de la Villardière sur M6 en 2016 tendant à prouver que ce lieu était une mosquée dissimulée en centre culturel. La mairie de Paris a désapprouvé le mélange de culturel et de cultuel dans le centre, et a renoncé à faire construire le deuxième bâtiment de l'institut, qui aurait compris une mosquée. Depuis, l'affaire s'est tassée. L'ICI dispose d'un site internet, on connaît le nom de sa directrice, Bariza Khiari ; on peut s'y rendre pour visiter l'exposition en cours (« L'oeil et la nuit », jusqu'au 9 février 2020), écouter des conférences (la dernière en date a eu lieu le 12 décembre), prendre des cours d'arabe, ou participer à des ateliers d'écriture. Il se peut que l’ICI héberge en parallèle des activités cultuelles sur lesquelles il ne communique pas ; cependant, force est de constater qu’une plus grande transparence émane de cet institut que du CEJ.

 

Mise à jour, 8 janvier 2020

 

Mardi 7 janvier, en passant avec une proche devant le Centre, aux portes fermées, mais illuminé de l’intérieur, nous décidons de voir s’il est possible d’y entrer. Les grandes portes sont toujours fermées, mais un papier scotché dessus précise que l’entrée se fait sur un des côtés du bâtiment. Nous nous y rendons et sonnons. Un jeune homme soulève le tissu qui opacifie la vitre, nous dévisage puis vient ouvrir la porte. Sur le seuil il nous demande ce que nous venons faire. Nous expliquons que nous venons visiter le centre. Celui-ci est fermé pour le moment, nous explique-t-il, et seuls ceux qui viennent à la synagogue peuvent entrer dans le Centre – on n’y entre pas comme dans une église, ouverte à tous sans vigile et questions à l’entrée. "Vous ne pouvez pas entrer, pour des raisons de sécurité". Mais qu’à cela ne tienne, précise-t-il courtoisement, il peut nous apporter des flyers concernant les prochaines activités culturelles du centre. Il referme la porte, et alors que nous attendons dans la rue, un homme et son fils, casquettes sur la tête, sortent du centre (visiblement, les "raisons de sécurité" développées par notre précédent interlocuteur ne se sont pas posées pour eux). Mon amie lui tient la porte. « Je ne peux pas vous laisser rentrer », dit-il, en prenant soin de refermer la porte derrière lui. Il quitte les lieux. Le jeune homme revient avec ses flyers et nous les donne.

Plusieurs activités seront proposées au CEJ, comme des cours de français, d’hébreu, d’anglais, un atelier pour adolescents post-bar mitzvah, des cours de théâtre (avec le réalisateur Elie Chouraqui), de zumba, de peinture (Florence Moati), de sculpture (Brigitte Temam), d’échecs (Henri Gremont), de kick-boxing (Cyril Benzaquen), et de coaching vocal (Pierre-Yves Duchesne). Quant à l’Organisation sioniste mondiale, elle y organisera des classes d’oulpan. Ce concept a été mis en place en Israël dès sa création en 1948 afin d’aider les nouveaux immigrants dans le pays à intégrer la société israélienne, en apprenant en premier lieu l’hébreu, et en s’accoutumant aux usages et mœurs de cette société nouvelle. Si les oulpans étaient initialement présents sur le territoire israélien, ils se sont développés récemment dans les pays d’origine des immigrants ; ceux qui y ont recours le font en ayant pour objectif l’alya – l’immigration en Israël par un juif.

 

Il est donc intéressant d’observer qu’il n’y a rigoureusement aucun rapport entre le discours marketing de Joël Mergui sur le CEJ qui aurait pour but de « faire vivre notre communauté, de la faire rayonner et de l’ouvrir sur le quartier, sur Paris et sur l’Europe », et le fait de préparer un départ en Israël. De même, il est fort curieux de constater qu’à ce jour, le CEJ ne rayonne absolument pas sur le 17e, et a fortiori sur Paris, qu’il reste fermé au grand public, et que certaines personnes (dans mon exemple, deux habitantes du quartier évaluées au faciès, et questionnées à l’entrée du Centre) ne sont pas autorisées à y entrer.

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