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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Confinement : l'invraisemblable désinformation ministérielle sur l'utilisation du vélo

Confinement : l'invraisemblable désinformation ministérielle sur l'utilisation du vélo

Le confinement, sans dire son nom – lundi 16 mars, dans son discours annonçant la mise en place de mesures visant à limiter la propagation du Covid-19, Emmanuel Macron ne prononcera jamais le mot – est entré en vigueur mardi 17 mars, à midi. Les déplacements de l'ensemble de la population en dehors du domicile ont été limités à plusieurs exceptions près. Ces exceptions ont été listées dans une attestation dérogatoire qui autorise les déplacements, en application de l'article 1 du décret 2020-260 du 16 mars. Elles sont au nombre de cinq et ont trait à l'activité professionnelle nécessaire et impossible en télétravail, les achats de première nécessité, la santé, le motif familial impérieux et l'activité physique.

 

Le dernier critère, rédigé de manière très floue, a engendré des interprétations libres, ce qui a amené le gouvernement à prendre un nouveau décret, le 23 mars, qui remplace dans son application celui du 16 mars (l'article 1 est abrogé).

 

Ce décret du 23 mars restreint le 5e critère et en ajoute deux autres, la convocation judiciaire et la participation à des missions d'intérêt général.

 

Le 5e critère, celui de l'activité physique est restreint sur le plan spatial – il est mentionné que le déplacement doit s'effectuer dans un rayon d'un kilomètre – et temporel – il ne doit pas excéder une heure. En revanche, rien ne change pour la dénomination : l'activité physique n'est pas détaillée. La seule condition à respecter consiste en la solitude de l'exercice. Puisque tout ce qui n'est pas interdit est autorisé, on peut donc faire du basket, du foot, de la course à pied, du saut en hauteur, de la danse jazz, du vélo… à condition d'être seul.

 

La communication défaillante des ministères

 

Or, pour une raison à ce jour non élucidée, deux community managers qui gèrent les comptes Twitter du ministère des Sports et du ministère de l'Intérieur diffusent des informations qui ne se fondent sur aucun texte de loi pour interdire l'usage du vélo comme activité de loisir. Cette communication erronée a une influence directe sur les forces de l'ordre et les mairies, qui intègrent cette interdiction comme étant légale. Et sur le terrain, des personnes dans leur bon droit et de bonne foi ont été sanctionnées car elles sortaient de chez elles pour aller faire du vélo. Un cycliste a ainsi été contrôlé à Neuilly à 200 mètres de chez lui par deux gendarmes qui lui ont infligé une amende de 135 euros au nom de cette interdiction… qui n'existe tout simplement pas. Le maire de Neuilly a par exemple relayé sur son compte Twitter cette interdiction du vélo… en s'appuyant sur un avis de la police nationale (qui rappelons-le est chargée de faire appliquer la loi, mais qui en aucun cas ne l'invente).

Questionnés à ce sujet à de multiples reprises sur le réseau social Twitter depuis une dizaine de jours, ces deux community managers certainement avec l'aval de leur hiérarchie (ce que laisse supposer la publication de plusieurs infographies), continuent à diffuser l'information infondée selon laquelle le vélo est interdit. Le CM du ministère des Sports renvoie la balle à son collègue de la place Beauvau qui ne trouve rien pour justifier son propos. Et ce pour une raison simple : la justification juridique n'existe pas. Le 26 mars, le créatif CM du ministère de l'Intérieur a même été jusqu'à inventer une distinction tripartite fort subtile : les enfants auraient le droit de faire du vélo accompagnés d'un adulte, les déplacements à vélo pour motif professionnel seraient acceptés, mais la pratique du « vélo de loisir » serait proscrite.

 

 

Tweet du ministère de l'Intérieur daté du 26 mars 2020 à la valeur juridique nulle (même si cela engendre des contraventions sans base légale données par des policiers qui croient cette communication)

Tweet du ministère de l'Intérieur daté du 26 mars 2020 à la valeur juridique nulle (même si cela engendre des contraventions sans base légale données par des policiers qui croient cette communication)

La seule explication valable à cette curieuse interdiction ne peut à mon sens provenir d'une envie manifeste d'emmerder les gens. Mais le confinement n'est pas officiellement une punition. Les gens ne sont pas envoyés au coin pendant plusieurs semaines parce qu'ils ont fait une bêtise. Si toute la population est confinée, c'est d'abord et avant tout parce que l’État n'a pas suffisamment anticipé la réaction qu'il devait avoir face à la pandémie, et qu'en raison d'une stratégie à courte vue (manque de lits, de masques, de tests, de respirateurs), il n'a eu d'autre solution que de confiner sa population. Or, puisque selon toute vraisemblance, ce confinement est amené à durer six semaines, si ce n'est plus, il pourrait être intéressant, pour des raisons d'hygiène physique et mentale, de ménager pour cette population enfermée chez elle en permanence quelques lucarnes de liberté qui lui permettraient d'éviter d'engorger les services psychiatriques dès la fin du confinement. À ce titre, le vélo est une activité physique qui a l'avantage de ne représenter aucun danger pour la propagation du virus, et d'être d'autant plus saine, notamment dans les villes, qu'elle se pratique en ce moment dans un climat moins pollué qu'à l'ordinaire.

 

Le vélo encouragé en Allemagne et aux Pays-Bas

 

Il faut également rappeler qu'un des grands principes énoncé par Emmanuel Macron au cours de son mandat présidentiel en général, et durant la crise du Covid-19 en particulier, est l'unité européenne, l'idée selon laquelle les pays européens devraient agir de concert pour faire cesser la pandémie. A ce titre on rappellera donc qu'en Allemagne, la pratique du vélo est encouragée par les autorités, sur la base d'un avis émis par la fédération des pneumologues du pays, selon lequel « le risque de contamination à vélo est quasi-nul ». En effet, les cyclistes se déplaçant plus vite que les piétons, et à une distance supérieure au mètre recommandé, il paraît moins dangereux de se déplacer à vélo qu'à pied. L'activité cycliste se déroulant au grand air, elle est évidemment beaucoup moins dangereuse que celle de faire ses courses dans une boutique fermée dont l'air stagne. Aux Pays-Bas également, l'usage du vélo n'est pas proscrit pendant le confinement.

 

Perspectives

 

A ce jour, on peut imaginer deux issues à cette discordance entre la communication et le droit : soit les ministères des Sports et de l'Intérieur engagent un mea culpa et arrêtent de diffuser de fausses informations. Ils reconnaissent que l'usage du vélo est une activité physique tout aussi acceptable que le jogging, voire encore moins dangereuse concernant la diffusion du Covid-19. Soit, pour des raisons de mesquinerie et d'orgueil, d'ici quelques jours, nous aurons un nouveau décret – imaginons, au hasard, puisque les deux premiers ont été pris un lundi – par exemple le décret du lundi 30 mars, où il sera écrit noir sur blanc que l'activité physique exclut l'usage du vélo.

 

Mon cœur, mon espoir et ma foi dans l'intelligence humaine vont à la première issue. Ma raison, mon pessimisme et ma petite connaissance de la macronie vont à la seconde.

 

D'ici là, profitez bien de vos sorties à vélo !

 

PS : il pourrait peut-être exister une troisième solution : les arrêtés préfectoraux interdisant localement la pratique du vélo.

Ajout du 27 mars 9h50 : "Edouard Philippe, le ton grave, s'est exprimé ce matin : "Nous nous installons dans une crise qui va durer. La situation sanitaire est très difficile. Il va falloir tenir". Tenir c'est à dire permettre à la population confinée sur une longue durée de préserver sa santé physique et mentale.

Ce point du 26 mars portant sur la situation de confinement lié à l'épidémie de coronavirus a été publié par le maire de Neuilly. Il porte la marque d'une forte désinformation au sujet de l'activité cycliste.

Ce point du 26 mars portant sur la situation de confinement lié à l'épidémie de coronavirus a été publié par le maire de Neuilly. Il porte la marque d'une forte désinformation au sujet de l'activité cycliste.

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Commenter cet article

Bill 12/04/2020 14:59

Enfin un article sérieux et un autre ci-dessous:
https://actu.fr/societe/coronavirus/confinement-peut-on-faire-velo-oui-non_32923733.html
Le journalisme objectif et indépendant est un métier qui se fait de plus en plus rare ...

Adrien 04/04/2020 15:25

(désolé pour les fautes) bonne journée

Adrien 04/04/2020 15:24

A noter aussi cette article :
https://www.theguardian.com/environment/bike-blog/2020/mar/20/why-not-encourage-cycling-during-the-coronavirus-lockdown

Adrien 04/04/2020 15:22

encore/encourage

Adrien 04/04/2020 15:22

A noter qu'aux etats unis c'est aussi l'inverse :
https://twitter.com/Schwarzenegger/status/1243590463472283648?s=20
Ici cette personnalité encore à le pas oublier de sortir faire son sport (vélo et jogging) pendant le confinement