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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Film : sur les traces de saint Augustin, le théologien berbère et romain

Capture d'écran du film Saint-Augustin : parcours d'un berbère romain, de Jean Dulon

Capture d'écran du film Saint-Augustin : parcours d'un berbère romain, de Jean Dulon

Cet article a été initialement publié sur le site Aleteia.

Un documentaire diffusé par KTO revient sur les origines de saint Augustin. Comment son ancrage nord-africain a-t-il influencé sa pensée, sa philosophie et sa théologie ?

De sa pensée, si tout n’a pas encore été dit, on a déjà pu lire une somme importante de commentaires. Mais de lui, on connaît peu de choses. 1.600 ans après sa mort, saint Augustin continue de susciter intérêt et passion. C’est sur ses traces qu’est retourné le documentariste Jean Dulon, qui a réalisé un film sur le double ancrage berbère et romain de l’évêque d’Hippone. Il nous livre ainsi une intéressante investigation sur la vie de celui qui vécut soixante-et-onze ans sur le sol nord-africain, et seulement cinq en Europe, lorsqu’il traversa la Méditerranée pour se rendre à Rome, où il étudia, puis à Milan où il se convertit avant d’être baptisé par saint Ambroise.

Augustin, pèlerin en chemin

Né en 354 à Thagaste, dans l’actuelle Algérie, d’un père romanisé et d’une mère berbère chrétienne, Augustin le Punique synthétise berbérité et latinité. C’est le constat que fait Dominique Martinet, Français installé en Tunisie, et fou de marche à pied. Inspiré par Augustin, il fonde l’association Via Augustina, qui permet à des randonneurs de cheminer sur les chemins, balisés, que le saint a empruntés durant quarante ans. « J’avais lu les Confessions. C’est en 2004 que j’ai eu une révélation pour cette personnalité qui marche à pied. Je suis retourné à la source de la pensée augustinienne. » Le saint n’aime pas voyager mais il va, vêtu de son burnous, là où on le lui demande, notamment entre Hippone et Carthage. 

Il est bien difficile de se l’imaginer aujourd’hui, mais il y avait à cette époque « une trentaine de basiliques chrétiennes à Carthage », rappelle le père Silvio Moreno, historien de l’Église et prêtre missionnaire, administrateur de la cathédrale de Tunis. Voir où a vécu un des plus grands saints, brillant théologien, et père de l’Église, marcher dans ses pas, voilà qui permet d’ancrer sa foi. Savoir que l’on succède à plusieurs générations de personnes partageant la même foi que soi est un signe d’espérance. Au fil des siècles, « les chrétiens qui ont vécu ici étaient toujours encouragés par les témoignages des premiers chrétiens », explique le père Moreno.

Une pensée atemporelle et incarnée

Augustin est l’un des premiers auteurs du genre autobiographique. Et il écrit dans un style accessible des sermons de qualité afin que son public ne se sente pas infériorisé. Ce n’est pas pour rien que sa formation initiale a été tournée vers la maîtrise de la parole, ce qui en fit un rhéteur hors norme. 

Le réalisateur du film, Jean Dulon, au cours du tournage / Grand Angle Productions

Le réalisateur du film, Jean Dulon, au cours du tournage / Grand Angle Productions

Est-il atemporel ? Ce qu’il prêchait, ce qu’il écrivait, est-ce toujours d’actualité ? C’est bien l’avis du réalisateur du film, Jean Dulon, qui se passionne pour les liens entre chrétienté et Afrique du Nord, lui qui avait tourné un documentaire instructif sur les chrétiens d’Algérie en 2017. « J’ai beaucoup fréquenté la pensée d’Augustin, en lisant et relisant les Confessions. C’est un texte universel, qui ne vieillit pas, et qui me touche particulièrement », explique-t-il. « Ce qui m’a donné envie de faire ce film, c’est qu’en Europe, on évoque peu la berbérité d’Augustin. Or une pensée s’attache à un homme qui ne sort pas de nulle part ; elle est incarnée. » C’est tout l’intérêt de ce film, dans lequel on voit les lieux sillonnés par le saint.

Catherine Conybeare, enseignante britannique au Bryn Mawr College aux Etats-Unis (Pennsylvanie) est une figure d'autorité sur Saint Augustin ; elle est filmée par le réalisateur Jean Dulon / Grand Angle Productions

Catherine Conybeare, enseignante britannique au Bryn Mawr College aux Etats-Unis (Pennsylvanie) est une figure d'autorité sur Saint Augustin ; elle est filmée par le réalisateur Jean Dulon / Grand Angle Productions

« Les Tunisiens sont intéressés par ce bout de leur histoire, dont on parle peu. Quand ils traversent des ruines romaines, ils ne savent pas ce que c’est, on ne leur raconte pas leur histoire dans sa totalité », raconte le réalisateur. Le film est nourri par les explications de la pétillante archéologue Nacéra Benseddik qui souligne l’attachement permanent du saint à sa terre natale. « Au moment des invasions des Vandales en 430, Hippone subit un siège. Augustin, est resté fidèle à sa ville jusqu’au bout. Il n’est pas parti à Rome. » C’est durant ce siège qu’il meurt à 76 ans, laissant derrière lui une œuvre pléthorique.

Un saint qui touche la jeunesse

Les écrits du saint sont loin d’être condamnés à prendre la poussière sur les étagères d’une bibliothèque déserte. « Aux États-Unis, la pensée augustinienne est en marche, et touche la jeunesse. C’est un pays dans lequel il est très publié, et étudié car sa démarche de recherche de la vérité est appréciée des jeunes », rappelle Jean Dulon. On voit en effet de jeunes étudiants américains participer à des journées augustiniennes à Carthage en novembre 2019. Inscrits à l’université Merrimack, dans le Massachussets, ils témoignent de leur curiosité pour la théologie et la philosophie dans un monde où les valeurs qui ont traversé les siècles semblent parfois vaciller.

De g. à d. : Nicolas Svetchine , caméraman, Nacéra Benseddik, archélogue et historienne algérienne, Jean Dulon, auteur et réalisateur/ Grand Angle Productions

De g. à d. : Nicolas Svetchine , caméraman, Nacéra Benseddik, archélogue et historienne algérienne, Jean Dulon, auteur et réalisateur/ Grand Angle Productions

Ce documentaire de 52 minutes a été diffusé sur KTO fin septembre puis durant la première quinzaine d’octobre. Aux États-Unis, on commence à demander les droits de diffusion en anglais, et des invitations viennent d’arriver de Tunisie et d’Algérie pour de futures programmations publiques. Augustin n’a décidément pas fini de semer des germes de réflexion dans le monde entier.

Eléonore de Vulpillières

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