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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Manifestation des sans-papiers le 17 octobre : des droits et des devoirs

Une grande manifestation, intitulée « marche nationale des sans-papiers » était programmée ce samedi à Paris. La préfecture de police a bien autorisé les 3 cortèges qui la constituent à aller jusqu’à la place de la République, mais pas jusqu'à l'Elysée, ce qui était prévu au départ ; une partie du parcours prévu est donc interdite, pour des raisons qui n'ont rien de sanitaire. L'arrêté d'interdiction est motivé par des questions de sécurité et de risques de troubles à l'ordre public, car le parcours travers des sites institutionnels sensibles. Le slogan, inscrit sur des affiches jaunes placardées au préalable dans la ville : « on marche vers l'Elysée », a des accents volontaires et offensifs. Les organisateurs sont 20 collectifs de sans-papiers et plus de 200 organisations ou associations de soutien. Les trois cortèges sont partis après 10 heures, des portes de la Chapelle, d'Italie et de Montreuil.

 

Taha Bouhafs, le duc de la mauvaise foi 

Le journaliste et activiste Taha Bouhafs, qui couvre et soutient la manifestation, tweete vers 15h18 : « Foule immense sur le boulevard Magenta pour la marche nationale des sans-papiers qui ont traversé la france (sic) depuis le 19 septembre pour marcher vers l'Elysée ! #MarcheDesSolidarités »

Je le retweete quelques minutes après, avec un commentaire : « marcher vers l'Elysée ? Manifestation de personnes arrivées clandestinement en France. Gros sens du timing. » Taha Bouhafs me retweete en faisant ce commentaire : « Vous sous-entendez que ces gens ont un lien avec le terrorisme pour la seule raison qu'ils sont sans-papiers ? ».

S'ensuit une volée d'insultes et d'intimidations qui me visent, de sa part, et de celle de personnes qui suivent son compte, que je reproduirai pas intégralement : "cette publication n'en a plus pour longtemps à vivre", "supprime", "grosse conne", "idiote", "lâche". On notera également que certains m'ont insultée sur la base de mon nom, "les blazes à particule", "les cathos aristos", "les aristos chez qui la consanguinité fait des ravages" ; ces commentaires suintant de haine et de préjugés qu'ils n'oseraient évidemment pas formuler pour n'importe qui d'autre (qui s'appellerait Mélodie Durand ou Anissa Ibn Salem). Ces gens, qui prétendent incarner la tolérance sont les pires intolérants. Non contents de faire des raccourcis idéologiques et des amalgames, ils invectivent sans argument, sur la base du nom de famille. Ils ne supportent pas qu'on ne pense pas comme eux.

Ils exigent la suppression des commentaires qui leur déplaisent, ils hurlent pour obtenir des excuses. Mais ils n'obtiendront rien du tout. On ne leur doit rien et on continuera de s'exprimer comme bon nous semble, sans se faire intimider par leurs profils sous pseudonymes et sans photo : insulter est tellement plus facile quand on n'a pas à assumer ses propos haineux.

Manifestation des sans-papiers le 17 octobre : des droits et des devoirsManifestation des sans-papiers le 17 octobre : des droits et des devoirs
Manifestation des sans-papiers le 17 octobre : des droits et des devoirs

Taha Bouhafs me reproche donc d'exprimer des choses que je n'ai pas écrites, et manie l'amalgame comme personne.

Je n'ai pas écrit : « tous ces manifestants sont des sans-papiers susceptibles ou coupables d'assassinat parce qu'ils sont sans-papiers ». Mon propos sur le timing douteux de cette manifestation consiste simplement à relever la coïncidence temporelle de deux événements (d'où "timing"). Ce matin, la France est endeuillée par la mort à Eragny par décapitation d'un de ses professeurs, qui avait subi une cabale de menaces de la part de parents d'élèves et d'imams juste après avoir présenté des caricatures de Mahomet à ses élèves de 4e. Le terroriste est un homme de 18 ans, tchétchène (né en Russie) qui venait d'obtenir un titre de séjour en mars 2020.

 

Les sans-papiers ont des droits et des devoirs

Ce n'est pas la première fois qu'un assassinat de ce type, motivé par des raisons religieuses, se produit sur notre territoire. Cela ne signifie pas que tous les sans-papiers commettent ces actes.

Mais alors que le pays est endeuillé par un acte d'une rare sauvagerie, le fait de voir se dérouler en même temps une manifestation de sans-papiers tombe mal.

De plus en plus de personnes s'inquiètent de la multiplication de faits violents commis par des personnes qui arrivées clandestinement en France, sans en partager ni la culture, ni les valeurs, ni la manière de vivre. Certains, pris en charge par des associations, perçoivent que ce pays peut leur offrir des droits, comme par exemple le droit d'obtenir une carte de séjour ou un logement, sans percevoir parfois qu'il faut se plier à des devoirs. Comme par exemple celui de respecter la liberté d'expression. Le terroriste de 18 ans a obtenu une carte de séjour ; mais il n'a pas saisi ce qui faisait la France, notamment la possibilité pour tout un chacun d'exprimer ses opinions, de montrer tous types de dessins, dont des caricatures. Emporté par son idéologie religieuse, fanatisé, il a « saigné un des chiens de l'enfer qui a rabaissé Muhammad. »

Cela ne signifie pas que toutes les personnes sans-papiers agissent ou agiraient comme cet homme. Fort heureusement. La plupart travaillent, souvent en étant mal payés, dans des conditions indignes et pour des salaires proches de l'exploitation ; certains remplissent les conditions pour obtenir une carte de séjour, ce qui peut représenter des années de parcours administratif du combattant. Ils respectent la manière de vivre des Français et leurs convictions, et ne menacent en aucun cas les libertés publiques. Pour ceux-là, et ceux-là seulement, l'obtention du titre de séjour est légitime.

Mais il y en a aussi qui ne remplissent pas les conditions d'obtention d'un titre de séjour. Celle-ci n'est pas automatique, et ne constitue pas un droit, en soi. Elle répond à des conditions qu'il faut remplir. L’État décide de qui a le droit ou non de résider sur son sol, et après la première infraction que constitue l'arrivée illégale d'une personne sur son sol, il a le droit de décider qui il faut régulariser, et qui ne remplit pas les conditions pour rester sur le sol français. Le mot d'ordre de la manifestation, lisible dans ce communiqué unitaire : « Pour la régularisation des Sans-Papiers, un logement pour toutes et tous et la fermeture des centres de rétention. » Or il est permis de s'opposer à ce mot d'ordre. « Pour la régularisation des sans-papiers qui le méritent » serait plus juste. Car si on régularise tous les sans-papiers, y compris ceux qui n'ont aucun respect pour la manière de vivre des Français, cela met en péril l'unité de la nation, et la sécurité de nos concitoyens, d'où qu'ils viennent.

Pour conclure, cette polémique, jaillie de la coïncidence des ces 2 événements et avec l'aide de la mauvaise foi et de l'agressivité de Taha Bouhafs, interroge.

Certains sans-papiers qui travaillent, habitent en France depuis plusieurs années, et respectent les lois françaises (sauf lorsqu'ils sont arrivés illégalement sur le territoire) n'ont toujours pas de titre de séjour. A l'inverse, comment comprendre qu'un homme de 18 ans, islamiste fanatique et n'ayant aucune compréhension de ce qu'est l'esprit français, ait obtenu cette carte de séjour ?


 

NB : Certains ont fait observer que cette manifestation se déroulait 59 ans après le massacre du 17 octobre 1961 ; pourtant les faits n'ont rien à voir. La manifestation de 1961, organisée par le FLN, a lieu en pleine guerre d'Algérie ; les manifestants s'opposent à un couvre-feu qui avait été imposé aux seuls Nord-Africains. Le FLN a perpétré des attentats contre les harkis de Paris, et contre les forces de police (47 policiers tués en 1958 et 1961) ; les policiers, dans ce climat de tension, multiplient les sévices envers les Nord-Africains (246 morts pour la seule année 1961). La répression de la manifestation du 17 octobre 1961 a fait, selon les estimations, entre 38 et 98 morts, et des centaines de blessés. Au lendemain de la sinistre décapitation de Conflans, personne ne souhaite la même issue pour celle du 17 octobre 2020, et elle n'arrivera pas. C'est pourquoi, cette comparaison entre les 2 événements qui n'ont aucun rapport n'est pas pertinente.

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