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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Un an après avoir remporté la mairie de Lyon, quel bilan pour les écologistes ?

Le maire de Lyon, Grégory Doucet (crédit : Joël Philippon/Le Progrès)

Le maire de Lyon, Grégory Doucet (crédit : Joël Philippon/Le Progrès)

(Cet article a été écrit le 21 juillet 2021 pour le magazine Lyon Capitale.)

Un an après avoir remporté la mairie de Lyon, quel bilan pour les écologistes ? Sécurité, logement, subventions, prises de position polémiques : Lyon Capitale fait le point.

Des élections municipales “historiques”. Il y a un an, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Besançon, Grenoble, Annecy ou encore Colombes étaient remportées par des écologistes. Le 4 juillet s’installait Grégory Doucet à la mairie de Lyon. A 46 ans, cet écolo mettait fin à 19 années de mandat Collomb. Un an après, premier bilan.

Sécurité : un chantier à peine entamé

Depuis plusieurs mois, les habitants s'inquiètent du problème non résolu de l'insécurité à Lyon, notamment en ce qui concerne les rodéos sauvages à moto, ou les situations d'incivilités, de nuisances sonores, de vols et de violences qui perdurent dans certains quartiers, comme à la Guillotière. Le 30 juin, une soirée de concertation avec les riverains s'est révélée particulièrement houleuse, malgré les quelques pistes avancées pour résoudre les problèmes qui existent notamment au niveau de la place Gabriel Péri. D'autre part, Mohamed Chihi, adjoint municipal délégué à la sécurité a lancé en mai 2021 une cellule anti-rodéo afin que cessent ces parades dangereuses et bruyantes. Le 13 juillet, le maire a ainsi décompté devant la presse les motos stockées à la fourrière automobile du 7e arrondissement de Lyon et affirmé vouloir lutter contre les auteurs des rodéos ainsi que ceux qui en font la promotion, notamment sur les réseaux sociaux. Sur ces dossiers, l'action municipale est-elle à la hauteur ou trop laxiste ? Il reste encore cinq ans à la municipalité verte pour répondre à cette question.

Logement : création de logements sociaux et encadrement des loyers 

Dans leur programme, Grégory Doucet et son homologue Bruno Bernard à la tête du Grand Lyon, prévoyaient de créer 6.000 logements sociaux supplémentaires dans la Métropole. Celle-ci a par exemple acheté pour 16,6 millions d’euros un immeuble rue Bugeaud (dans le 6e) afin d’en faire des logements sociaux, avant de s’apercevoir que les appartements ne pouvaient pas immédiatement être transformés à cette fin, et de revendre ce même immeuble à 6,8 millions à la société HLM Immobilière Rhône-Alpes. Une perte sèche que certains élus, comme le maire du 6e, ont du mal à encaisser. Bruno Bernard a aussi initié le bail réel et solidaire, qui permet à la métropole d'acquérir des terrains sur lesquels sont construits des logements achetés par des particuliers, tandis que le foncier reste propriété de la métropole. Pour éviter que les prix du logement continuent de grimper dans la métropole de Lyon, la municipalité s’est attaquée à la lutte contre les abus des plateformes de location de courte durée. La cellule Airbnb mise en place par la ville essaie de poursuivre les propriétaires abusifs, mais son action reste limitée face au poids des plateformes. Par ailleurs, la création d’une cellule d’encadrement des loyers à Lyon et Villeurbanne a été votée fin juin 2021.

Des subventions controversées

Comme nous l’évoquions dans notre numéro de juillet-août, les écologistes ont pu faire des choix surprenants en matière de subventions publiques, par exemple dans l’attribution d’aides financières dans le cadre du fonds culturel d’urgence. Sur 45 radios émettant sur la bande FM lyonnaise, seules deux ont bénéficié d’argent public, RTU Radio Nova et Radio Metal, respectivement à hauteur de 25 000 et 100 000 euros. Dans le cadre de la mise en place d’un système de médiation nocturne destiné à la prévention des conflits, la ville a octroyé 27 748 euros à l’association Agence Lyon Tranquillité Médiation, qui déploie trois agents de médiation entre 18h et minuit dans le Vieux-Lyon et sur les pentes de la Croix-Rousse. Une présence si réduite qu’elle interroge sur les moyens accordés sur fonds publics. Par ailleurs, la métropole a coupé les 70 000 euros de subventions annuelles qu’elle accordait jusqu’à présent à l’association incubatrice de start-ups, Lyon French Tech, ce qui avait suscité entre autres une réaction indignée de l’ancien maire Gérard Collomb. L'Opéra de Lyon a vu sa subvention annuelle de 7,5 millions d'euros (sur 120 que la mairie alloue à la culture) amputée de 500 000 euros, sur décision de Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe chargée de la culture, qui décrivait une "politique culturelle fossilisée" ; une décision marquée par une "idéologie anti-opéra", selon le directeur de l'Opéra de Lyon, Serge Domy.

 

Solidarité financière envers les jeunes précaires

Si le revenu de solidarité active est réservé aux plus de 25 ans, la métropole de Lyon s’est lancée dans une expérimentation budgétée à hauteur de 10 millions d’euros, un RSA destiné aux 18-25 ans en situation de précarité : 400 euros chaque mois s'ils n'ont aucune ressource, 300 euros s'ils gagnent moins de 400 euros par mois, sur une période maximale de 2 ans. La métropole de Lyon explique avoir mis en place ce revenu, parce que près d'un quart des 18-25 ans vit sous le seuil de pauvreté. 2 000 jeunes devaient en bénéficier dès le mois de mai. Une idée que la candidate écologiste aux régionales Fabienne Grébert avait reprise à son compte (33,6% au second tour des élections en Auvergne-Rhône-Alpes).

Energie et mobilité : moins de nucléaire, plus de vélo

Sur plusieurs dossiers liés à l'énergie et à la mobilité, le maire de Lyon a des avis bien tranchés. En avril dernier, Grégory Doucet a appelé à un débat sur la poursuite de la politique nucléaire de la France. En effet, la région Auvergne-Rhône-Alpes, dotée de 14 réacteurs nucléaires, détient le titre de région la plus nucléarisée au monde. En janvier déjà, les écologistes de la Ville et de la Métropole avaient signé une tribune demandant à ce que ferme la centrale nucléaire du Bugey, située à 30 kilomètres de Lyon.

Si Grégory Doucet se prononce contre le projet de train Lyon-Turin, proposant à la place de valoriser l'ancienne ligne datant du XIXème siècle, la commission transports d'EELV soutient le projet, ce qui avait suscité de la gêne au sein du mouvement écologiste.

En matière de mobilité, la mairie de Lyon s'attache à développer le Réseau express Vélo, avec 100 millions d’euros, qui comporterait 250 kilomètres de pistes cyclables. Début juin, le premier tronçon, reliant Saint-Fons à Vaulx-en-Velin, a été inauguré par plusieurs élus de la Métropole.

 

Menus sans viande, budget genré, Tour de France : des prises de position qui font polémique

Le maire écologiste de la capitale des Gaules est connu pour des prises de position qui ont souvent une résonance nationale. Grégory Doucet avait fait campagne sur l'instauration de repas issus à 100 % de l'agriculture biologique, la réduction de la consommation de viande et l'approvisionnement local à 50 % dans la restauration collective. A l'hiver 2020 a été mis en place un menu unique sans viande dans les cantines jusqu'aux vacances de Pâques, au motif qu'il serait "moins excluant" que les repas carnés.

Autre grande cause du mandat Doucet : la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes avec la mise en place d’un budget « genré » servant à favoriser la mixité dans l'espace public. Méthode annoncée : examen des attributions de marché, des subventions accordées aux associations, des investissements, de dépenses dans la formation ou l’éducation, comme dans le sport, le tout suivi d'un ré-équilibrage, si besoin.

À l'automne 2020, on se souvient de l'absence du maire écologiste à la cérémonie du Voeu des échevins, motivée par le respect de la laïcité, mais de sa présence le lendemain à l'inauguration du chantier d'une mosquée. Certaines de ses déclarations ont également suscité la polémique, comme celle faite au Progrès sur le Tour de France, qui ne serait pas "écoresponsable" et véhiculerait "une image machiste du sport".

Gouverner à gauche : des mesures symboliques

En arrivant à la tête de la mairie, l'ancien humanitaire avait pris quelques mesures symboliques pour marquer une rupture avec son prédécesseur. Grégory Doucet avait réduit de 1 000 euros son indemnité de maire (passant de 8 500 à 7 500 euros brut par mois), afin de pouvoir relever celle de plusieurs conseillers municipaux délégués (de 2 300 à 2 700 euros brut par mois) sans dépenser davantage d'argent public. Par ailleurs il est désormais impossible de cumuler les indemnités entre des fonctions exercées en mairie centrale et en mairie d'arrondissement.
 

Où est passée la concertation municipale ?

Cependant, le maire n'est pas à l'abri de critiques. L'opposition condamne une absence de dialogue et d'écoute de la part maire écolo, ainsi que du dogmatisme et un certain sectarisme. « Au bout de trois semaines, il avait déjà la grosse tête, plus que Gérard Collomb », confie Alexandre Vincent, maire de Rillieux-la-Pape et président du groupe LR dans le Rhône, au magazine Marianne. Même au sein de la majorité, des dissensions se font jour. Cinq votes de la majorité de Grégory Doucet ont manqué le 15 juillet lors de l’élection d’une nouvelle adjointe au maire de Lyon, après la démission de l’écologiste Victoire Goust de son poste d’adjointe au Tourisme responsable et aux Grands événements. Alors que la majorité rassemble 51 des 73 conseillers municipaux lyonnais, seuls 46 des 73 bulletins exprimés ont désigné Sylvie Tomic, issue des rangs de Génération·s.

En composant avec l'opposition et les divergences au sein de ses propres rangs, il reste cinq ans au maire écolo de Lyon pour mettre en oeuvre son programme, et témoigner de ce que produit l'écologisme municipal.

 

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