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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Chronique : exposition Signac collectionneur au musée d'Orsay

Luxe, calme et volupté - Matisse, 1904

Luxe, calme et volupté - Matisse, 1904

Ma chronique culturelle du vendredi 10 décembre, à retrouver sur Ligne Droite.

L'émission du vendredi, Dernière Ligne Droite, est co-animée par Vincent Lenoble et moi-même. La chronique culturelle est à 8h40.

Le texte de la chronique ci-dessous :

 

Et aujourd’hui Eléonore, vous nous parlez de l’exposition Signac Collectionneur qui est en ce moment au musée d’Orsay.

Exactement Vincent, et le titre de l’exposition est très important car si vous vous attendez à contempler des œuvres peintes par Paul Signac, vous serez forcément déçu. Il s’agit bien d’une exposition composée de 150 œuvres collectionnées par Signac. Car le peintre s’est beaucoup impliqué dans le mouvement néo-impressionniste. Il organisait des expositions pour faire connaître ses amis avant-gardistes. Et il faisait régulièrement l’acquisition d'œuvres contemporaines.

 

A quels artistes a-t-il acheté des œuvres ?

D’abord à ses amis néo-impressionnistes, comme Georges Seurat, Camille Pissarro, Maximilien Luce ou Henri-Edmond Cross. Mais il s'est aussi intéressé à celles des Nabis, ce mouvement avant-gardiste dont le nom signifie “prophètes” en hébreu, dont font partie Pierre Bonnard, Edouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel, Maurice Denis ou encore Félix Vallotton. Signac était aussi guidé par sa curiosité envers les jeunes artistes, ceux qu’on n’appelle pas encore les fauves. Le fauvisme, c’est ce mouvement qui s’est construit autour d’Henri Matisse, qui en est le chef de file. A l’été 1904, les deux peintres sont à Saint-Tropez, Signac enseigne à Matisse les principes du néo-impressionnisme et de la division de la couleur. Il sera le premier mécène de Matisse et lui achètera son œuvre Luxe Calme et Volupté en 1905 (référence à un vers du poème L’Invitation au Voyage de Baudelaire). Vous voyez Le déjeuner sur l'herbe de Manet ? Eh bien Luxe Calme et Volupté c’est un déjeuner sur la plage : une nappe, des plats, six femmes nues qui ressemblent aux baigneuses de Cézanne, un homme en costume ; tout ce beau monde au bord de la mer au soleil couchant.

 

Quels autres tableaux a-t-il achetés ?

Sa première acquisition est un paysage de Paul Cézanne. Signac venait d'une famille aisée sans être riche à proprement parler, donc il a dû faire des choix dans ses achats. Sa rencontre avec Georges Seurat a été décisive, alors que tout les oppose. Signac n’a pas appris à peindre alors que Seurat a été formé à l’école des Beaux-Arts et peint de façon remarquable. Il lui a tout de même acheté quatre-vingts œuvres ! Notamment sa plus célèbre, je vous donne un indice Vincent :

 

SON

 

Eh oui, c’est bien Le Cirque de Seurat ! Un tableau peint en 1890 qui représente au premier plan un clown vêtu de rouge de dos, au 2e plan, Monsieur Loyal à droite, et une écuyère en équilibre sur un cheval blanc à gauche, enfin à l’arrière-plan, des spectateurs épars admirent la scène sur les gradins. C’est une des œuvres les plus connues du mouvement pointilliste. Signac fut le premier propriétaire du tableau qu’il a fait entrer dans les collections nationales.




 

 

Le Cirque, Georges Seurat, 1890

Le Cirque, Georges Seurat, 1890

Pourquoi est-il intéressant de découvrir une collection ayant appartenu à un artiste ?

Au-delà de la beauté des œuvres qui la composent, cette collection reflète le regard et les partis-pris d'un peintre engagé qui fut particulièrement actif sur la scène artistique de son temps. Signac est un autodidacte. Ses parents étaient marchands selliers ; à l’âge de 16 ans, en 1879, il visite la quatrième exposition impressionniste. Plusieurs peintres attirent son attention : Caillebotte, Pissaro, Mary Cassatt, Degas ou encore Monet et Pissarro. Il se met à peindre sans jamais avoir reçu d'enseignement académique. Pour le plaisir de l'anecdote, Paul Gauguin l’aurait tout bonnement éjecté de l'exposition en lui disant : « On ne copie pas ici, monsieur. » Donc Signac a précisément appris son métier grâce à son regard. L’une des commissaires de l’exposition, Marina Ferretti Bocquillon, spécialiste de l'œuvre de Signac, explique ceci : “pour un peintre, regarder les travaux des autres, c’est une façon d’apprendre et de se confronter à différentes approches esthétiques.” C’est donc en s’inspirant des œuvres des autres qu’il a produit les siennes. "Collectionner offre la possibilité d’une étude quotidienne des tableaux et permet d’approfondir l’analyse des procédés techniques de leurs auteurs.” Il ne faut pas oublier que Signac a aussi joué un vrai rôle dans la fondation puis l'organisation du Salon des artistes indépendants, dont il est devenu président en 1908. Il est au carrefour des différentes tendances de l'avant-garde. Pour mémoire, la devise du Salon est “Sans jury ni récompense” et correspond bien au tempérament anarchiste de Signac !

Pour en savoir plus, je vous donne rendez-vous au musée d’Orsay à Paris, à l’exposition Signac Collectionneur jusqu’au 13 février ! Et au passage si vous voulez faire d’une pierre deux coups, il y a jusqu’au 16 janvier l’exposition Enfin le cinéma sur la naissance du cinéma en France.

L'affiche de l'exposition

L'affiche de l'exposition

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