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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Prières, dons… à Paris, la paroisse gréco-catholique vit à l’heure ukrainienne

 Eléonore de Vulpillières / Aleteia Le père Ihor Rantsya, recteur de la cathédrale Saint-Volodymyr-le-Grand de Paris, devant les cartons de dons pour les réfugiés ukrainiens

Eléonore de Vulpillières / Aleteia Le père Ihor Rantsya, recteur de la cathédrale Saint-Volodymyr-le-Grand de Paris, devant les cartons de dons pour les réfugiés ukrainiens

Cet article a été publié le 7 mars sur Aleteia.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes le 24 février dernier, la communauté ukrainienne de Paris se mobilise, avec l’aide de Français touchés par la détresse de tout un peuple. Rencontre avec le père Ihor Rantsya, recteur de la cathédrale Saint-Volodymyr-le-Grand de Paris.

Dans la salle paroissiale de la cathédrale Saint-Volodymyr-le-Grand de Paris, à laquelle on accède en traversant l’église située à l’angle de la rue des Saints-Pères et du boulevard Saint-Germain, une trentaine de jeunes Ukrainiens se sont rassemblés à l’issue de la messe du soir en ce début du mois de mars. Inquiets mais pleins d’espérance, ils discutent de la suite des événements en Ukraine. La plupart d’entre eux ont de la famille sur place ; ils prennent de leurs nouvelles plusieurs fois par jour, au gré de l’avancée des soldats russes et des sirènes d’alerte qui ordonnent à la population de se réfugier dans des abris souterrains. En temps normal, ces jeunes se retrouvent à la paroisse le samedi soir pour la catéchèse, ou le dimanche. Depuis quelques jours, leurs retrouvailles sont quotidiennes. Pour se soutenir mutuellement et pour donner de sont temps.

Dans la salle, de nombreux cartons empilés sont destinés aux populations sur place ou aux réfugiés en Pologne. Deux camions remplis de fournitures de toutes sortes – vêtements, produits médicaux et d’hygiène – sont déjà partis. Le père Ihor, recteur de cette église construite au XVIe siècle, est très demandé et rencontre de nombreuses personnes. Depuis quelques jours, il dort très peu, mais se fait un devoir de répondre au maximum de sollicitations possibles. Chaque soir, à partir de 18h, il dit les vêpres, la messe – en rite byzantin – et un chapelet pour la paix.

Sameer Al-DOUMY / AFP  Messe à la cathédrale Saint-Volodymyr (Paris), mars 2022.

Sameer Al-DOUMY / AFP Messe à la cathédrale Saint-Volodymyr (Paris), mars 2022.

Aleteia : De quelle façon ressentez-vous la solidarité des Français envers la communauté ukrainienne ?
Père Ihor : La majorité des donateurs sont des Français qui sont très solidaires des Ukrainiens depuis le début de l’offensive russe. Désormais la salle paroissiale est ouverte de 9h du matin à 21h. Ils apportent de tout : des vêtements, des médicaments, des produits d’hygiène. Croyants et non-croyants, ils nous aident à ranger tous les dons. C’est un signe que l’Ukraine est du côté de la vérité dans cette guerre ; nous ne sommes pas les agresseurs mais les victimes de ce conflit. 

Quel est votre sentiment par rapport à la Russie ?
Nous prions pour la conversion de la Russie, pas au sens confessionnel, mais nous voulons une conversion à la vérité et à la liberté. La propagande en Russie empêche un grand nombre de Russes de voir la vérité de cette guerre. Non, tous les Ukrainiens ne sont pas des fascistes ou des nazis. Les Russes sont aussi pénalisés par cette guerre, car hormis Moscou et Saint-Pétersbourg, la Russie est un pays en développement, dont le peuple n’est pas riche. Nous nous méfions de Vladimir Poutine car c’est un dirigeant qui ne respecte pas ses engagements. Il n’a pas respecté le mémorandum de Budapest. Nous ne pouvons pas négocier avec quelqu’un qui ne tient pas parole. Le risque de la guerre totale existe.

Nous pouvons prier pour les élites russes, afin qu’elles arrêtent cette guerre et cet homme malade de mégalomanie. En ce moment, le divorce entre la Russie et l’Ukraine ressemble à la situation entre la France et l’Allemagne durant les deux guerres mondiales. Il faudra du temps. Mais pour commencer à pardonner, il faudrait d’abord que les Russes se retirent de l’Ukraine. Les Ukrainiens veulent continuer à vivre dans leur pays. Ce n’est que par la contrainte qu’il y a des réfugiés. Par exemple, mes parents et mes deux sœurs, qui vivent à Lviv, ont le désir profond de rester en Ukraine. Ils ne veulent pas vivre ailleurs. 

Avez-vous reçu du soutien de la part du clergé français ?
Le clergé catholique de France nous a manifesté son soutien dès le premier jour de la guerre. Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort et l’administrateur apostolique du diocèse de Paris, Mgr Georges Pontier nous ont écrit des mots de réconfort, qui soulignent la communion des catholiques en cette période d’agression militaire. J’ai aussi été très soutenu par les prêtres des Missions étrangères de Paris, où je vis. Cette solidarité nous porte. 

Quel est l’impact de la guerre sur le fonctionnement de votre paroisse ?
La paroisse est beaucoup plus sollicitée, comme c’est le cas, dans une moindre mesure néanmoins, des autres églises ukrainiennes proches de Paris, à Vincennes, Saint-Germain-en-Laye et Senlis. Nous sommes deux – parfois trois – prêtres pour assurer six messes dominicales, alors que jusqu’à récemment, nous avions deux prêtres en plus. C’est une charge assez lourde. Nous avons par ailleurs organisé un nouveau pôle économique, car en plus des dons matériels, une cagnotte destinée aux Ukrainiens appauvris par la guerre est organisée en liquide, ainsi qu’une quête séparée lors de la messe du dimanche. L’Œuvre d’Orient nous aide également. Nous savons que la situation va perdurer.

Quel serait le message que vous souhaiteriez transmettre aux Français ?
Je voudrais leur demander de prier pour la paix en Ukraine, et pour la conversion de la Russie à la vérité. C’est un pays au grand héritage spirituel qui ne mérite pas de mener cette guerre. La force de la prière est grande dans les moments les plus douloureux.

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