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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Füssli, le maître du cauchemar exposé au musée Jacquemart-André

Le Cauchemar, Johann Heinrich Füssli, 1781, Detroit Institute of Arts

Le Cauchemar, Johann Heinrich Füssli, 1781, Detroit Institute of Arts

Cet article a été initialement publié le 26 novembre sur le site de Boulevard Voltaire.

Les œuvres mystérieuses et fantastiques du peintre londonien d'origine suisse Füssli sont exposées jusqu'au 23 janvier au Musée Jacquemart-André. Elles offrent au spectateur, dans une parenthèse entre classicisme et romantisme, un bestiaire de créatures dramatiques, sorties d'une imagination foisonnante.

C'est dans un joli hôtel particulier parisien, là où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté, que le maître du Cauchemar est exposé. Pourtant, Johann Heinrich Füssli n'était pas destiné à devenir peintre, mais pasteur. 
Une formation artistique entre la Suisse et l’Italie

Fils d'un portraitiste historien de l'art, il reçoit pourtant avec ses quatre frères et sœurs une éducation artistique soutenue, empreinte des idéaux néoclassiques. Tout jeune, il copie les maîtres allemands et néerlandais et s'abreuve d'histoire de l'art. Au cours de ses études de théologie à Zurich, un historien, Johan Bodmer, le marque particulièrement, car c'est grâce à lui qu'il découvre les écrits d'Homère, Dante et Shakespeare. Ces grands poètes seront des sources d'inspiration majeure pour Füssli. Ordonné pasteur à vingt ans, il dénonce la corruption d'un notable local dans un pamphlet. C'est un scandale : il doit quitter Zurich. Après un court passage par l'Allemagne, c'est à Londres que Füssli découvre le monde théâtral et littéraire. Il s'essaie à l'écriture en publiant en 1767 des Remarques sur les écrits et la conduite de Jean-Jacques Rousseau qu'il a rencontré un an plus tôt. C'est au même moment qu'il fait une rencontre décisive : celle du peintre anglais Sir Joshua Reynolds qui l'encourage à se former à la peinture et au dessin en Italie. Au tournant de la quarantaine, il commence à être reconnu, et s'installe définitivement à Londres. Il gravira les échelons de la respectabilité en étant élu à la Royal Academy avant d'en devenir le conservateur en chef.

 

Les Trois sorcières, 1783

Les Trois sorcières, 1783

L’art de la mise en scène

La peinture de Füssli est marquée par un art consommé de la mise en scène, et ce dès ses premières toiles, comme La Mort de Didon ou Lady Macbeth somnambule. Cette dernière est particulièrement frappante par sa dimension effrayante et le regard fou de la criminelle. Le clair-obscur parfaitement maîtrisé, généré par le flambeau dans la nuit, contribue à rendre la scène glaçante d'horreur. Dans le prolongement de cette toile, on peut voir celle des Trois sorcières, terrifiantes vieilles femmes à la langue pendante qui prédisent à Macbeth qu’il sera roi d’Ecosse. Macbeth était alors l’une des pièces de Shakespeare les plus jouées en Angleterre. On retrouve cette ambiance inquiétante dans les versions du Cauchemar dont la signification demeure troublante. Une jeune femme endormie en posture alanguie vêtue d’un blanc virginal est entourée par deux créatures maléfiques aux yeux hallucinés : un cheval dont on ne voit que la tête par l’entrebâillement du rideau, et un démon qui s’est assis sur son buste.

En fin connaisseur des mythes antiques, Füssli propose sa vision de plusieurs scènes de l’Iliade, comme Achille saisit l’ombre de Patrocle, qui dévoile une maîtrise de l’anatomie, et une étude poussée des codes de la statuaire grecque, qui vient s’ajouter à la dimension déchirante de cet épisode. Le peintre pousse sa curiosité littéraire jusqu’aux confins de l’Europe puisqu’il s’intéresse aux légendes nordiques comme l’épopée Oberon de l’Allemand Christoph Martin Wieland, ou la geste danoise du guerrier Othar et de la belle Siritha.

Les amateurs de mythologie, de théâtre et d’étrange apprécieront cette exposition rassemblant 57 œuvres qui explorent une palette de sentiments qui va de la terreur au sublime.

Jusqu'au 23 janvier 2023, au Musée Jacquemart-André, 158, boulevard Haussmann, Paris 8e.

Lady Macbeth somnambule, 1784

Lady Macbeth somnambule, 1784

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