Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'ère de la scène

Site d'Eléonore de Vulpillières. Recensions d'essais, pièces de théâtre, expositions... mon site propose des sujets relatifs à la scène culturelle.

Le Centre culturel de Chine à Paris consacre une exposition à l’opéra de Pékin

La concubine impériale ivre ©Eléonore de Vulpillières

La concubine impériale ivre ©Eléonore de Vulpillières

Lundi 27 novembre, le Centre culturel de Chine à Paris a présenté au public une exposition consacrée à l’opéra de Pékin, ainsi qu’une représentation d’extraits choisis du répertoire. Un moment de découverte et de partage interculturel, à l'heure de la diplomatie culturelle chinoise. 

 

Le Centre culturel de Chine (CCC) a inauguré lundi soir une exposition destinée à faire connaître au public français l’opéra de Pékin, ou jingju (京剧). Considéré comme un art bourgeois sous la Révolution culturelle, l'opéra de Pékin a connu son pic de popularité sous la dynastie des Qing. La Chine en fait désormais un instrument de son rayonnement culturel, comme en témoigne cette exposition parisienne.

 

Celle-ci réunit des affiches explicatives, des photographies, des maquettes de décors ainsi que plusieurs costumes et masques. Elle est le fruit d’un partenariat entre le CCC et l’Académie nationale des Arts du théâtre chinois. Cette dernière est l’établissement d’enseignement le plus prestigieux en matière de théâtre traditionnel en Chine. Son objectif : transmettre cet art séculaire de génération en génération, former les meilleurs professionnels de la discipline, et devenir reconnue au niveau mondial. Fondé en 1982, le département Art de la scène de l’Académie a formé un grand nombre de professionnels dans le domaine de la scénographie et joue un rôle essentiel dans la formation actuelle des différents métiers de la scène : danse, chant, mise en scène, éclairage, création de costumes, communication visuelle, sont autant de domaines enseignés à l’Académie. 

 

Une mise en lumière de l’opéra de Pékin

 

L’opéra chinois se caractérise par un art de la codification, de la synthèse et de la virtualité. Il synthétise le chant, la déclamation, la gestuelle, les déplacements et le combat. 

L’exposition présentait plusieurs masques et costumes, aux couleurs variées et aux motifs riches. 

 

Les costumes sont une interprétation artistique des vêtements de la vie quotidienne, dont les styles, les matériaux et les motifs reflètent le statut social de celui qui les porte. On peut voir dans l’exposition la tenue de palais, vêtement décontracté porté par l’impératrice ou la princesse dans le palais impérial, ou les bottes à semelles épaisses, portées par des personnages masculins imposants, qui rehaussent leur taille. 

 

Parmi la dizaine de maquettes présentées, on a pu voir celle du Palais de la Longévité, celle du soulèvement du Palais céleste, celle de Mademoiselle Julie d'August Strindberg dans laquelle la scène principale ressemble à une cage ou une boîte expérimentale, et reflète le mal-être du personnage principal qui ne s’adapte pas à son environnement social. La maquette d’une cour traditionnelle pékinoise, carrée, et celle d’un salon de thé permettent au visiteur de s’immerger dans un des décors classiques de l’opéra de Pékin.

 

Certains personnages sont décrits dans l’exposition, comme le phénix, oiseau sacré qui incarne le pouvoir et la féminité, ou encore Liang Hongyu, célèbre combattante qui repousse les envahisseurs Jin pendant la dynastie Song du sud, portant un kao rouge - pièce de tissu symbolisant l’armure. Ces descriptions permettent aux visiteurs de mieux se représenter l’univers narratif de l’opéra de Pékin, ainsi que les personnages principaux qui l’animent.

©Eléonore de Vulpillières Casque de général / Maquette de temple / Bottes à semelles épaisses / Chaussures colorées pour personnage féminin / Plusieurs costumes de scène / Maquette d'un décor de Mademoiselle Julie par He Wanying©Eléonore de Vulpillières Casque de général / Maquette de temple / Bottes à semelles épaisses / Chaussures colorées pour personnage féminin / Plusieurs costumes de scène / Maquette d'un décor de Mademoiselle Julie par He Wanying
©Eléonore de Vulpillières Casque de général / Maquette de temple / Bottes à semelles épaisses / Chaussures colorées pour personnage féminin / Plusieurs costumes de scène / Maquette d'un décor de Mademoiselle Julie par He Wanying©Eléonore de Vulpillières Casque de général / Maquette de temple / Bottes à semelles épaisses / Chaussures colorées pour personnage féminin / Plusieurs costumes de scène / Maquette d'un décor de Mademoiselle Julie par He Wanying
©Eléonore de Vulpillières Casque de général / Maquette de temple / Bottes à semelles épaisses / Chaussures colorées pour personnage féminin / Plusieurs costumes de scène / Maquette d'un décor de Mademoiselle Julie par He Wanying©Eléonore de Vulpillières Casque de général / Maquette de temple / Bottes à semelles épaisses / Chaussures colorées pour personnage féminin / Plusieurs costumes de scène / Maquette d'un décor de Mademoiselle Julie par He Wanying

©Eléonore de Vulpillières Casque de général / Maquette de temple / Bottes à semelles épaisses / Chaussures colorées pour personnage féminin / Plusieurs costumes de scène / Maquette d'un décor de Mademoiselle Julie par He Wanying

Masque d'avare ©Eléonore de Vulpillières

Masque d'avare ©Eléonore de Vulpillières

Une représentation qui a conquis le public français

 

Après la présentation de l’exposition qui a permis aux visiteurs de mieux prendre conscience de la richesse de cet art, le CCC a proposé une représentation de trois extraits choisis issus du répertoire classique de l’opéra de Pékin, par des comédiens et danseurs professionnels, après une courte introduction par un professeur de cet art.

 

Tout d’abord, dans la Fuite nocturne de Lin Chong, le héros guerrier Lin Chong s’enfuit vers le mont Liang après avoir été persécuté par Gao Qiu. Il effectue de nombreux mouvements alliant l’équilibre et les acrobaties, sur les sons répétitifs d’un gong qui soulignent l’état d’anxiété du héros, qui craint d'être rattrapé. Le deuxième extrait, La concubine impériale ivre, dépeint l’attitude de la concubine impériale Yang qui attend en vain l’arrivée de l'Empereur Tang Minghuang, et qui traverse un mélange de joie, de honte et de colère. Enfin, le troisième extrait, qui était aussi le plus long, s’intitulait Ramasser le bracelet de jade. Il s’agit d’une pièce traditionnelle de comédie populaire qui décrit la rencontre fortuite de la jeune Sun Yujiao, occupée à broder et à nourrir des poulets, avec un jeune homme timide, Fu Peng. N’osant lui avouer son amour, ce dernier laisse délibérément tomber un bracelet en jade devant sa porte, qu'elle ramasse, après mille contorsions, pour exprimer son acceptation des sentiments du jeune homme. Sur ce, survient un personnage drolatique et clownesque qui mime la scène qui précède de façon caricaturale, pour le plus grand bonheur d’un public conquis, qui a beaucoup ri.

©Eléonore de Vulpillières En bleu : Fu Peng / Avec l'éventail doré : la concubine impériale ivre /  En noir : Lin Chong / En rose : Sun Yu Jiao
©Eléonore de Vulpillières En bleu : Fu Peng / Avec l'éventail doré : la concubine impériale ivre /  En noir : Lin Chong / En rose : Sun Yu Jiao
©Eléonore de Vulpillières En bleu : Fu Peng / Avec l'éventail doré : la concubine impériale ivre /  En noir : Lin Chong / En rose : Sun Yu Jiao
©Eléonore de Vulpillières En bleu : Fu Peng / Avec l'éventail doré : la concubine impériale ivre /  En noir : Lin Chong / En rose : Sun Yu Jiao

©Eléonore de Vulpillières En bleu : Fu Peng / Avec l'éventail doré : la concubine impériale ivre / En noir : Lin Chong / En rose : Sun Yu Jiao

Quelques spectateurs français ont accepté de témoigner de leurs impressions. “Ce spectacle m’a jeté dans un monde de perceptions inconnues. Les femmes chantent très aigu, faisant concurrence aux instruments à cordes, et réalisent des acrobaties en même temps. Le premier danseur réussit à déclamer en étant perché sur une seule jambe. C’est un spectacle très étonnant, qui diffère des opéras européens… à revoir sur une grande scène, pourquoi pas en Chine, de préférence !”, confie un journaliste spécialiste des sujets internationaux. Pour un autre visiteur, journaliste pour un magazine en ligne spécialisé sur la danse, “la prestation des comédiens est impressionnante, très maîtrisée, et parvient à conquérir un auditoire français peu au fait des codes chinois, grâce à une très grande expressivité”. Une étudiante en licence de chinois venue par curiosité assister à la représentation a confié avoir “beaucoup apprécié le spectacle, car l’opéra de Pékin est au cœur de la culture chinoise. Ce soir, les costumes de scènes étaient magnifiques, en particulier celui de la concubine impériale ivre. De plus, la grande expressivité des comédiens leur permet de communiquer des émotions au public ; le dernier extrait était très drôle, porté par de talentueux comédiens aux mimiques excellentes !”

 

Cette découverte concrète de l’opéra de Pékin a donné l’envie de voir un spectacle complet à certains visiteurs, qui espèrent que des représentations seront données à Paris d’ici quelques mois. Ce qui constituerait une belle avancée pour le soft power chinois, alors que cet art demeure méconnu en France.

©Eléonore de Vulpillières "Ramasser le bracelet de jade" / Le salut des artistes
©Eléonore de Vulpillières "Ramasser le bracelet de jade" / Le salut des artistes

©Eléonore de Vulpillières "Ramasser le bracelet de jade" / Le salut des artistes

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article