Site d'Eléonore de Vulpillières. Recensions d'essais, pièces de théâtre, expositions... mon site propose des sujets relatifs à la scène culturelle.
4 Janvier 2024
Cet article a été publié initialement dans le numéro de Marianne du 7 décembre 2023 (version papier) et le 11 décembre sur le site.
Dans son essai Simon Leys. Vivre dans la vérité et aimer les crapauds, Jérôme Michel retrace la vie et l'œuvre de Simon Leys, le plus grand sinologue francophone à ses yeux. Pour celui qui s'appelait en réalité Pierre Ryckmans, la passion pour la Chine surgit à ses vingt ans.
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A l’heure où la méconnaissance de la Chine en Occident se conjugue avec une crainte croissante de l’Empire du Milieu, la lecture de l’essai de Jérôme Michel Simon Leys. Vivre dans la vérité et aimer les crapauds (ed. Michalon) se révèle salutaire. Cette introduction à l'œuvre du plus grand sinologue francophone est fondée sur la conviction que Leys “fut et demeure, pour notre présent désorienté, un refuge contre la bêtise, un modèle de droiture intellectuelle et morale, un intellectuel qui sauva l’honneur perdu des intellectuels”. Né à Bruxelles, issu d’une famille de la grande bourgeoisie catholique belge, Pierre Ryckmans se passionne pour la Chine à 20 ans, lors d’un voyage avec une délégation d’étudiants belges en Chine populaire. Il en étudie la langue, la peinture et la calligraphie. En 1967, Ryckmans vit à Hong Kong, colonie britannique, et enseigne l’histoire de l’art au New Asia College. Publié sous son pseudonyme qui rend hommage à Victor Segalen, auteur de René Leys, son livre le plus connu paraît en 1971. Les habits neufs du président Mao, est une analyse critique fulgurante de la Révolution culturelle, adulée en Occident, et présentée comme la tentative prométhéenne du Grand Timonier d’instaurer un ordre social régénéré. A Saint-Germain-des-Prés, l’ouvrage est accueilli comme un blasphème, et Leys devient un paria. Ecarté de la scène universitaire hexagonale, il accepte le poste d’attaché culturel de l’ambassade de Belgique nouvellement rouverte à Pékin, et rédige des rapports à partir de ses pérégrinations et multiples rencontres à travers la Chine, précieux témoignages de la Chine réelle des années 1970, qui contrevient à l’image fantasmagorique des idéologues occidentaux. La sincère fascination de Leys pour la culture chinoise et son attachement à la vérité font de cet intellectuel réfractaire aux idéologies à la mode une figure humaniste passionnante à découvrir.