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L'ère de la scène

Site d'Eléonore de Vulpillières. Recensions d'essais, pièces de théâtre, expositions... mon site propose des sujets relatifs à la scène culturelle.

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Les Gunnell : une famille tournée vers Dieu, caméra au poing

Les Gunnell : une famille tournée vers Dieu, caméra au poing
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Cet article est paru dans le numéro 12 de la revue Mission (hiver 2024-2025).

Sabrina et Steven Gunnell réalisent depuis douze ans des films chrétiens en couple. Après avoir l’un et l’autre connu une période de désert, ils ont fondé leur foyer et décidé de se mettre au service du message du Christ. Les parents de William et de Victoria ont appris en même temps à construire une famille et une œuvre, en surmontant les obstacles - nombreux - qui ont jonché leur chemin. Un témoignage de foi, de débrouillardise et de persévérance.


 

On nous donne rendez-vous un vendredi dans une brasserie sympathique située près du Luxembourg. Décor à l’ancienne, service rapide, plats aussi chaleureux que les patrons… l’endroit se prête bien à la rencontre. Et ça tombe bien, c’est l’endroit favori des Gunnell quand ils voient du monde dans le cadre de leur profession pas banale : réalisateurs de films chrétiens - à Haute Valeur Spirituelle Ajoutée. On se rend d’ailleurs très vite compte que la période est chargée pour les Gunnell : dans trois jours, ils se rendent à Avignon pour tourner la partie fiction de leur prochain film, dans un ancien couvent. C’est l’effervescence. Ils reçoivent plusieurs appels de membres de leur équipe de tournage, qui va durer deux semaines. Durant quelques instants, Steven gère une bricole avec son premier assistant tandis que Sabrina répond à nos questions, et sourit  “Je ne décroche que si c’est mon fils qui appelle ! Au travail, ils peuvent bien attendre une heure… Mais on n’est pas si speed que ça d’habitude !” s’exclame-t-elle. Et pour cause, diriger une équipe de cinquante personnes lorsque habituellement, ils font tout à deux, de l’écriture à la postproduction, en passant par le cadrage et le montage, cela représente un gros changement, notamment dans la gestion des ressources humaines ! Mais l’aventure n’est pas du genre à faire peur à Sabrina et Steven, eux qui ont monté leur boîte de production depuis douze ans et ont depuis sorti neuf films, “une préparation pour faire le dernier, celui dans lequel on s’est le plus donnés”, confie Steven Gunnell. 

 

Louer, tourner, témoigner

 

Leur prochain film, qui sortira en octobre 2025, porte sur les apparitions de Jésus à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, il y a 350 ans. Ce qui les touche dans les apparitions de Paray, c’est le message d’amour entier et brûlant qui les accompagne, et qui continue de toucher les cœurs et les âmes, y compris celles des non-croyants. Foi, travail, témoignage : tout est imbriqué chez eux. L’an dernier, ils ont enchaîné des cycles de conférences, de projections lors de soirées débats autour de leur dernier film, très intime, Une seule chair, qui traite de la sexualité du couple selon le dessein de Dieu. “Comme nous travaillons d’habitude seulement à deux, notre travail est très solitaire, donc on aime aller à la rencontre des gens”, affirme Sabrina. Ils sont heureux de constater que les gens sont émus par leurs films, et que ceux-ci suscitent de beaux et profonds échanges. 

 

Dans Objectif Dieu (éditions de l’Emmanuel), les Gunnell racontent leur histoire peu commune, empreinte de joies et de chutes, et marquée par une rencontre puissante avec Dieu. Ancien membre du boys band Alliage qui a duré trois ans, Steven a connu la gloire à la vingtaine, avant de subir les affres de la fin de la starification facile et de la célébrité éphémère et factice. Alcool, dépression, regard des autres rempli de commisération ou de mépris, surendettement… le jeune homme se réfugie chez sa mère à Cagnes-sur-Mer et se convertit en 2000 dans l’église Sainte-Rita de Nice. Six ans plus tard, Steven se cherche encore, après quelques projets qui ont rencontré le succès, comme Ben Hur, comédie musicale de Robert Hossein dans laquelle il a incarné le rôle de Jésus. Au même moment, Sabrina se remet d’une rupture amoureuse très difficile. Leur rencontre improbable est un coup de foudre qui s’accompagne d’espérance et de difficultés. Tout s’emballe. Ils se fiancent rapidement, Sabrina tombe enceinte de leur premier enfant plus tôt qu’ils ne l’auraient voulu. Très touchés par la puissance du sacrement du mariage, ils se marient après la naissance de Victoria, et leur fils William voit le jour quelques mois plus tard. Seize ans après leur mariage, ils vivent toujours dans leur appartement du quinzième à Paris… il était prévu pour être une solution provisoire, mais il arrive que le provisoire dure. S’ensuivent sept années de vaches maigres et de jachère artistique durant lesquelles Steven jongle avec inventivité entre plusieurs petits boulots pour nourrir sa famille. Aujourd’hui révolue, cette période apporte son lot de remises en question, de doutes et de découragement. Pourtant, la manne a fini par tomber du ciel, avec la création de leur boîte de production, et les commandes qui ont afflué petit à petit, permettant à Steven de s’accomplir pleinement dans sa vocation d’artiste et de créateur.

 

Deux enfants complices à la foi vivante

 

Comment dès lors concilier un métier aussi totalisant et la relation parents-enfants ? Leur aînée Victoria, 17 ans, est élève à l’école Boulle, en ébénisterie, le deuxième, William, 16 ans, est en classe de seconde. Quand les enfants étaient plus jeunes, Steven et Sabrina les emmenaient sur les routes des tournages, quand ils n’étaient pas tournés en région parisienne. “On passait les vacances à sillonner la France pour nos films ; on prenait toujours le temps de se poser en famille durant deux semaines… avec du matos dans le coffre du camion, au cas où !” Est-ce que la vocation cinématographique s’est transmise ? “Oh non, s’exclame Sabrina, nos enfants sont très pragmatiques. Petits, ils réfléchissaient au but de notre métier. Nous nous donnions à fond dans nos films, sans en tirer de gros revenus. Ils voyaient leurs amis partir en vacances à l’étranger, tandis que nous restions en France. A quoi ça sert de s’impliquer autant si on n’en tire pas beaucoup d’argent ? se demandaient-ils.” Depuis, les enfants ont dépassé leurs angoisses économiques. “Aujourd’hui, ils sont très contents de faire du snowboard à Noël ou de surfer l’été”, tempère Steven. “Mais je pense qu’il y a une souffrance chez eux. Nos enfants ont grandi, ils sont subtils, conscients de ce qu’on fait, ils ne veulent pas nous embêter avec leurs petits problèmes, car ils ont compris qu’on travaillait à construire quelque chose de plus grand que nous, qui nous dépasse”, confie Steven. Pour autant, pas question de se noyer dans le travail. Sabrina s’attache à prendre des moments de qualité avec ses enfants, et ce depuis qu’ils sont tout petits. “A 16h, je m’arrêtais, il fallait que mon inspiration soit venue avant, car ma deuxième journée commençait avec les enfants.” Aujourd’hui grands adolescents, ils ont davantage d’autonomie, mais leur mère reste bien présente et à leur écoute. “Ils savent qu’on est là s’ils ont besoin de nous”.

 

Côté foi ? “Ils ont suivi le cursus classique, baptême, première communion, confirmation, explique Steven. En réalité, nous sommes leurs témoins, ils nous voient nous aimer, nous disputer, galérer, aller à la messe le dimanche. Je perçois souvent de petits signes. Certains dimanches, quand, après avoir constaté leur distraction durant l’homélie, je les vois l’un et l’autre en profonde prière pendant l’eucharistie. William prie régulièrement Marcus, notre troisième enfant au ciel, ils sont assez proches. Quant à Victoria, il lui arrive de me recadrer. Je tournais en rond depuis une heure pour trouver une place de parking, soudain, une place se libère, je m’exclame ‘ah quelle chance !’, et elle, de me dire : ‘non, c’est une prière exaucée !’.” Comme tous les ados, ils ont toujours des questionnements, sur la foi ou son absence chez les autres, que ce soit leurs camarades, ou leurs professeurs. Dans l’école catholique de William, les pratiquants sont très peu nombreux. Cela l’intrigue, il se demande comment il est possible de ne pas croire. “Je vois trop de miracles”, m’a-t-il dit un jour, relate Sabrina. 

 

Du harcèlement scolaire à l’expression artistique habitée

 

Les enfants gagnent progressivement confiance en eux, malgré des drames intimes dont il fut difficile de guérir. L’un comme l’autre ont subi du harcèlement scolaire, respectivement de la part d’une enseignante de primaire, et d’un camarade de collège. Victoria fut harcelée par sa maîtresse de CP, à l’âge de cinq ans, rabaissée et grondée quotidiennement. “Dans une école catholique du 15e arrondissement de Paris”, précise Steven, amer. “J’ai mis six mois à m’en apercevoir, jusqu’à ce qu’une maman d’une camarade de la classe de Victoria m’appelle, très choquée par le récit que sa fille lui avait fait : la maîtresse avait hurlé sur Victoria et lui avait jeté un coussin à la tête”, raconte Sabrina, qui s’est démenée pour que sa fille change de classe. Ayant appris de la bouche d’autres parents que chaque année, un enfant était la tête de Turc de cette enseignante, et que cela se savait, les Gunnell ont fait remonter cette affaire jusqu’au procureur de la République, sans se faire épauler par les parents, soucieux de maintenir leurs enfants dans cet établissement bien coté. En vain. Aujourd’hui la maîtresse exerce toujours dans la même école. De cette histoire subie à un très jeune âge et qui a plombé sa scolarité, Victoria conserve des blessures qui cicatrisent lentement, mais elle a appris la résilience, et reprend peu à peu confiance en elle. A l’adolescence, et en particulier après avoir connu ce type de souffrances, difficile de trouver sa voie. “On verra si elle devient ébéniste après son CAP, mais son vrai talent, c’est le dessin”, souligne Sabrina. Compte Instagram à l’appui, elle nous montre les dessins et les peintures de de sa fille. Si la fierté maternelle peut annihiler l’objectivité, une chose est sûre : l’autrice de ces lignes vous garantit que l’aînée des Gunnell a un talent brut. Partie de dessins de mangas l’an dernier, avant de croquer des statues aux drapés superbement réalisés, Victoria a écrit ses premières icônes il y a quelques mois. Le résultat est aussi splendide visuellement qu’il est habité et touchant sur le plan spirituel. Il n’est pas fréquent d’être ému par des icônes orthodoxes reproduites par une jeune fille d’à peine 17 ans qui publie les commentaires de ses œuvres s’achevant par les mots “Dieu vous bénisse”.

 

La bénédiction est aussi sur les lèvres de Sabrina et Steven. En se retournant sur leur histoire, ils voient la Providence, Dieu à l'œuvre, agissant sur leur vie. “Dans nos malheurs, nous avons crié vers Lui, et Il a répondu présent”, résument-ils. Ils voient leur métier pratiqué en couple et leurs films comme des outils de sanctification. Et espèrent poursuivre leur aventure, toujours connectés au Sacré Coeur. 

Les Gunnell : une famille tournée vers Dieu, caméra au poing
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