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Giroflée des murailles

Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Mariah Carey : de la célébrité juvénile au naufrage du talent

Mariah Carey, 1990

Mariah Carey, 1990

Qui n'a jamais entendu parler, ne serait-ce que dans les journaux à sensations, de la diva américaine de la pop soul Mariah Carey ? Sa prestation donnée à Times Square le soir du 31 décembre a été complètement ratée, entre fausses notes et playback mal dissimulé, au point que la chanteuse a souvent préféré observer un silence gêné ou faire chanter le public. Après avoir reconnu le bide sur Twitter, la chanteuse américaine a accusé la société de production du spectacle d'avoir saboté le concert. Les utilisateurs du réseau social Twitter se sont répandus en messages acerbes et satiriques pour critiquer la prestation, tel ce commentaire : « 2016 a fait sa dernière victime : la carrière de Mariah Carey ». Mais en réalité, cela fait plusieurs années que la chanteuse n'est plus que l'ombre d'elle-même. N'est-elle qu'une usurpatrice sans talent ou celui-ci a-t-il été progressivement dévoyé ?


En se penchant sur sa carrière, on observe que cette chanteuse de 46 ans a déjà 26 ans de scène derrière elle. Issue d'une famille qui a tôt connu la division, la jeune fille est rapidement passionnée par le chant et compose des morceaux. La providence et sa ténacité font qu'elle connaît le succès très jeune : à 18 ans, elle rencontre le responsable de la maison de disques Sony Music, Tommy Mottola – de vingt ans son aîné, il deviendra son premier mari – qui la propulse sur le devant de la scène. A 20 ans, en 1990, elle sort un premier album éponyme, Mariah Carey. L'année suivante, Emotions se vend à huit millions d'exemplaires. Par la suite, elle enchaîne les succès. En visionnant des vidéos des années 1990, on voit une jeune femme, décemment vêtue, fraîche, souriante et naturelle, qui chante véritablement dans le micro. Des chœurs, parfois présents derrière elle l'accompagnent. Elle chante avec bonheur et générosité ; le principal attrait du concert réside dans la grande qualité de sa voix, à l'étendue exceptionnelle et à la tessiture chaude. Même sans aimer ce type de musique, on est obligé de lui reconnaître de vraies qualités techniques et un grand sens de la scène.

 

Mais par la suite, Mariah Carey est devenue diva. Bien connue pour son égocentrisme, ses exigences et son train de vie démesurés. Plus elle avance en âge, moins elle porte de vêtements, et moins elle chante. Désormais, c'est en maillots de bain échancrés ou en robes moulantes et vulgaires qu'elle se produit. Ce ne sont plus des concerts mais des shows en playback – oreillette vissée à l'oreille – chorégraphiés avec maints danseurs se trémoussant pour tenter de faire oublier l'absence totale de qualité sonore des prestations scéniques. La poitrine et le visage refaits ont remplacé une voix souvent cassée, fausse, inapte à monter dans les aigus. Et les concerts ratés s'amoncellent. Sauf que Mariah-la-diva a décidé que son apparence hypersexualisée et l'apparat déployé lors de ses shows suffiraient à occulter un talent disparu.

 

Comment l'art et un réel talent ont-ils pu ainsi être mis à mort ? Faut-il uniquement inculper la chanteuse ou bien une industrie musicale et médiatique qui ne supporte pas le vieillissement des femmes ? Qu'elles semblent loin la sobriété et la simplicité mûres des chanteuses comme Piaf ou Barbara. En musique, quand l'image occulte le son, l'art n'est plus qu'artifice.

Mariah Carey, 2016

Mariah Carey, 2016

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