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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Ilya Répine au Petit Palais : une peinture réaliste de l'âme russe

Ilya Répine au Petit Palais : une peinture réaliste de l'âme russe

Sur la matinale Ligne Droite, ma chronique du vendredi 14 janvier est à retrouver ici vers 8h27 :  https://www.radiocourtoisie.fr/2022/01/14/la-derniere-ligne-droite-du-14-janvier-2022/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=la-derniere-ligne-droite-du-14-janvier-2022

Texte de la chronique ci-dessous :

Et aujourd’hui Eléonore, pleins phares sur la Russie !

Exactement, je vous propose de découvrir la belle exposition “Peindre l’âme russe” consacrée au peintre russe Ilya Répine au Petit Palais. S’il est connu en Russie où ses tableaux illustrent l’histoire nationale, Répine l’est un peu moins en France. Répine est né près de Kharkov (à l'époque dans l'Empire russe, aujourd'hui en Ukraine). Ses parents vivent du commerce de chevaux, sa mère dirige une petite école rurale tandis que son père, comme son grand-père d’ailleurs, est un ancien soldat cosaque. Ambiance.

SON COSAQUES

Dès son plus jeune âge, Ilya Répine se familiarise avec l’art du dessin, à 11 ans, ses parents l’envoient étudier dans une école de topographie — pour qu’il apprenne à esquisser relevés et dessins. Rapidement, il rejoint un atelier de peinture d'icônes où son talent est remarqué. Il devient compagnon d’un atelier itinérant d’icônes qui se déplace de ville en ville au gré des commandes. Mais le jeune Ilya a davantage d’ambition. Il veut sérieusement apprendre la peinture. Direction Pétersbourg et son incontournable Académie des beaux-arts. On y étudie principalement des œuvres d’inspiration biblique. C’est difficile, c’est long, mais petit à petit il progresse. 1871 : il a 27 ans, et obtient une grande médaille d'or pour son tableau Воскрешение дочери Иаира La Résurrection de la fille de Jaïre

La résurrection de la fille de Jaïre, Ilya Répine, 1871

La résurrection de la fille de Jaïre, Ilya Répine, 1871

Comment commence-t-il à avoir du succès ?

Notamment grâce à son premier tableau connu, Les Haleurs de la Volga (1870-1873) une toile de près de 3 mètres de long, présentée dans l’exposition.

Les Haleurs de la Volga, Ilya Répine, 1870-1873, Musée russe, Saint-Pétersbourg

Les Haleurs de la Volga, Ilya Répine, 1870-1873, Musée russe, Saint-Pétersbourg

C’est une œuvre réaliste qui démontre la dureté des conditions de labeur de ces hommes dignes et courageux. Le peintre met en scène leur résignation, et en même temps pointe du doigt les responsables de ce travail de halage presque inhumain. Les onze hommes du tableau, vêtus de hardes et courbés, sont harassés par le poids du bateau qu’ils tirent ; un seul se démarque, un jeune homme au centre qui prend une posture héroïque. Répine a réussi son pari : monumentaliser la scène de genre, donner ses lettres de noblesse à une scène du quotidien. On peut aussi admirer la Procession religieuse dans la province de Koursk (1881-1883), grande toile qui représente le peuple russe qui marche en direction du spectateur. 70 personnages sont représentés, des pauvres en haillons aux simples prêtres, en passant par de plus hauts membres du clergé et des soldats à cheval. Répine nous éclaire sur les conditions de vie et les mœurs de son peuple, un réalisme teinté de critique des inégalités se mêle au lyrisme. 

Procession religieuse dans la province de Koursk, Ilya Répine, 1881-1883, Galerie Tretiakov, Moscou

Procession religieuse dans la province de Koursk, Ilya Répine, 1881-1883, Galerie Tretiakov, Moscou

Il a eu du succès de son vivant ?

Tout à fait Vincent, Ilya Répine a reçu un grand nombre de commandes de portraits, que ce soit des membres de la noblesse russe, ducs, généraux ou grandes aristocrates, jusqu’au tsar Nicolas II. Citons parmi les personnalités intellectuelles russes portraiturées par Répine l’écrivain Vsevolod Garchine, le compositeur Modeste Moussorgski, mais aussi le célèbre Léon Tolstoï auquel Répine a consacré pas moins de douze portraits. Ilya Répine est soucieux du détail, il sait imiter le moindre motif, maîtrise le rendu de la lumière à la perfection. Le peintre porte également un regard puissant sur la société qui l’entoure et propose une vision critique du pouvoir. En 1885, il peint Ivan le Terrible et son fils Ivan le 16 novembre 1581 qui représente le tsar fou tuant son fils. Un tableau saisissant, poignant, terrifiant qui met en scène la folie au plus haut niveau de l’Etat. 

SON IVAN LE TERRIBLE

Ivan le Terrible et son fils Ivan le 16 novembre 1581, Ilya Répine, 1883-1885, Galerie Tretiakov, Moscou

Ivan le Terrible et son fils Ivan le 16 novembre 1581, Ilya Répine, 1883-1885, Galerie Tretiakov, Moscou

C’était un extrait d’Ivan le Terrible le film d’Eisenstein sorti en salles en 1944, dont la musique a été composée par Serge Prokofiev.

Et que peut-on dire du côté de la vie familiale du peintre ?

On peut évoquer sa première femme, Véra Alexeïévna, dont il eut 4 enfants. Hélas leur ménage ne fut pas heureux, sa femme ne s’intéressait pas à ses oeuvres, le couple se sépara au bout de quinze ans de mariage. Néanmoins, cette période de la vie de Répine s’accompagne de la réalisation d’un grand nombre de portraits dont plusieurs sont exposés au Petit Palais. L’atmosphère de ces tableaux est plus intimiste, tendre et bucolique pour certains portraits d’enfants. En 1899, Ilya Répine décide d’habiter en Finlande, à Kuokkala, dans une maison baptisée les Pénates. Il y vit avec l’écrivaine Natalia Nordman, sa deuxième compagne, qui milite pour les droits des femmes, contre le port de la fourrure, et appelle de ses vœux une société moins inégalitaire et autocratique. Après la Révolution soviétique de 1917, il reste en Finlande, désormais séparée de l’Union soviétique. Il ne reviendra jamais en Russie.

Pourquoi faut-il voir cette exposition ?

Parce que Répine est un peintre important pour comprendre l’histoire de la Russie au tournant du 20e siècle. L’histoire de la cour et l’histoire populaire. Mais aussi parce qu’elle est riche en œuvres puisque les musées partenaires de l’exposition ont prêté de nombreuses toiles. Il y a la Galerie nationale Trétiakov de Moscou, le Musée d’État russe de Saint-Pétersbourg et le musée d’art de l’Ateneum d'Helsinki. Enfin parce que les tableaux exposés représentent à la fois les faibles et les puissants, les gens du peuple et les tsars, et permettent d’accéder à un large panorama de l’âme russe. Rendez-vous au Petit Palais à Paris. Dépêchez-vous d’y aller avant que l’exposition ferme ses portes, le 23 janvier prochain

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