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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Le "faux mort" de Tolbiac peut-il laisser penser qu'il en existe ailleurs ?

Leïla, étudiant à Tolbiac, faux témoin du faux mort

Leïla, étudiant à Tolbiac, faux témoin du faux mort

A Tolbiac, il n'y avait pas plus d'« étudiant entre la vie et la mort » que de beurre en broche. Contrairement à ce qu'avaient affirmé plusieurs médias, comme Reporterre (qui a fini par rétropédaler), Marianne ou Le Média, et à ce que les réseaux sociaux avaient relayé. C’est ce que trois jours d’« enquête » menée par Libération, entre le 20 et le 23 avril, et par d’autres médias ont fini par démontrer, noyant la rumeur lancée par des bloqueurs, et malgré les démentis de l'APHP et de la préfecture de police de Paris.

 

Tout ce barouf mensonger, alors que l'affaire se déroule en plein Paris et qu'accéder à la vérité est mille fois plus simple qu'en des lieux autrement plus périlleux et lointains.

Tous les médias se sont fait l'écho de la fake news, de France Info à Causeur, en passant par Le Monde et Europe 1.

 

Raphaël Enthoven a tenu le 23 avril sur Europe 1 une chronique consacrée à ce que révèle une telle mise en scène du « mort pour la cause ».

« Ce sont des jours de deuil pour les anciens occupants de Tolbiac puisque malgré le désir ardent qu'il y en ait un ou même plusieurs, ils n'ont aucun blessé grave à déplorer.

Comment comprendre autrement, l'invention d'un blessé grave ? » Cela fait trois jours qu'à l'initiative de l'autoproclamée Commune Libre de Tolbiac, de la fédération SudRail et de médias comme Reporterre ou Le Média, toujours en pointe quand il s'agit de colporter des fakenews, les étudiants évacués, certains d'entre eux en tout cas, font croire à la France entière que la police républicaine a ouvert le crâne de deux étudiants et qu'un troisième est dans un état plus grave encore après une chute de trois mètres sur la tête. Et en un sens, on peut les comprendre. Quel est le calcul, cynique et banal à la fois de la Commune libre de Tolbiac ? Dans une lutte à mort, un mort constitue un avantage décisif. Aucune occupation de fac n'est aussi politiquement rentable qu'une victime de la police. Dans des circonstances perdues comme celle-ci, une vie perdue, c'est une cause gagnée. » Mais le problème de l'idéologie, c'est souvent qu'elle se heurte à la réalité. Et qu'en l'espèce, l'hôpital est formel : il n'y a pas eu de blessé grave en provenance de la fac après l'évacuation.

 

Alors imaginez ce que cela peut être lorsqu'il s'agit d'un conflit armé qui se déroule à 4000 km de Paris et au sujet duquel les principales informations à disposition ne sont pas des sources primaires. Lorsque les enjeux liés à la manipulation de l'opinion publique sont bien plus importants que la légitimation d'un blocus étudiant et la sympathie portée aux bloqueurs.

 

Une (nouvelle) attaque chimique meurtrière présumée du régime syrien sur la ville rebelle de Douma a suscité dimanche 8 avril l'indignation des États-Unis et du pape François

Qui sont les 48 personnes tuées dans cette attaque ? Où se trouvent les 500 blessés graves, principalement des femmes et des enfants ? Dans quels hôpitaux ?

Pourquoi n'a-t-on pas eu davantage de nouvelles de ces victimes depuis un peu plus de deux semaines ?

 

Il a fallu trois jours, plusieurs éditoriaux, et plusieurs longues enquêtes pour arriver à la conclusion que « l'étudiant entre la vie et la mort » qui aurait dû provoquer la sympathie de l'opinion publique pour les bloqueurs de Tolbiac et son aversion pour les brutales forces de l'ordre n'était que le fruit d'un mensonge.

Comment se fait-il dès lors que les lecteurs acceptent avec une telle docilité des informations d'une fiabilité bien moindre sur un événement lointain ? Au-delà de la loi du mort/kilomètre, il semblerait que les lecteurs acceptent plus facilement une information lorsqu’elle provient d’un théâtre d’opérations lointain, et sur lequel la plupart des journalistes qui copient-collent une dépêche de l’AFP n’en savent pas plus qu’eux.

 

Cet épisode de mise en valeur d’un « faux mort » servant à nourrir une cause idéologique est néanmoins instructif.

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