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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Glyphosate réautorisé par l'Union européenne : un camouflet pour la France

Epandage de Roundup

Epandage de Roundup

Lundi 27 novembre, un coup de tonnerre a fendu l'air européen. Contrairement à ce qui était attendu (par une bonne partie des « analystes »), l'Union européenne a voté la réautorisation, pour une durée de cinq ans, du glyphosate. Cet herbicide, commercialisé par Monsanto sous le nom de marque bien connu de « Roundup » pourrait présenter des risques sanitaires pour l'homme. Le 20 mars 2015, il avait été classé « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) au sein de l'Organisation mondiale de la Santé.

 

La France faisait partie des pays qui ont voté contre. « Considérant les risques, la France s'opposera à cette proposition et votera contre. La France veut construire une sortie progressive du glyphosate et, avec plusieurs partenaires, pense qu'une durée plus courte serait possible », avait annoncé dimanche la secrétaire d'État auprès de Nicolas Hulot, Brune Poirson. (Par charité chrétienne, ou même par humanisme, on s'abstiendra ici de tenir à jour le nombre de couleuvres qui ont été dégustées par ce pauvre Monsieur Hulot depuis son arrivée au gouvernement.)

 

Trois leçons sont à tirer de cette décision de réintroduction du glyphosate.

 

Tout d'abord l'impossible solidarité européenne. Dix-huit pays ont voté pour la proposition, neuf contre et un seul s'est abstenu. Ironie du sort, cette décision a été prise presque deux mois jour pour jour après le fameux discours d'Emmanuel Macron à la Sorbonne (le 26 septembre 2017). On ne compte plus les commentaires élogieux qui avaient jailli après ce discours « visionnaire » sur l'Union européenne, sur le « leadership » du président français, sur son « volontarisme affiché » etc. « J’ai fait mon choix, je crois très profondément que l’Europe doit être à l’avant-garde de la transition écologique efficace et équitable » avait dit alors M. Macron. Les autres pays membres de l'Union européenne ont fait leur choix, et ils se moquent profondément de son discours grandiloquent.

 

D'autre part, le mythe du couple franco-allemand. En effet, l'Allemagne, qui s'était abstenue au tour précédent, a voté pour, après avoir demandé quelques modifications marginales au texte proposé. Or en France – mais uniquement en France, car les Allemands ne sont pas du tout bercés par cette fable – on est persuadé qu'existe un couple franco-allemand qui devrait mener avec panache l'Union européenne, entraînant dans son sillage les 26 autres États-membres de l'UE. C'est faux. L'Allemagne adopte des décisions de façon indépendante, et conforme à ses intérêts nationaux. Le couple franco-allemand est un conte (de Grimm). Et tous les promoteurs de cette idée rendent la France comparable au Georges Dandin cocu de Molière, qui s'accroche à toutes griffes à une femme qui ne veut pas de lui et le méprise.

 

Enfin, cerise sur le gâteau, notons la réaction presque comique d'Emmanuel Macron, qui s'est solennellement exprimé, quelques heures après ce camouflet (sur Twitter) :

« J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans. #MakeOurPlanetGreatAgain »

Et plaignons un gouvernement auquel est délégué une tâche impossible : contredire une décision européenne, ce qui aura comme conséquence irrémédiable la condamnation de la France à des sanctions judiciaires et pécuniaires. Une grosse entreprise productrice de pesticides comme Monsanto pourrait assigner en justice l’État. Quant aux agriculteurs français, ils subiraient des distorsions de concurrence de la part d'agriculteurs issus d'autres États-membres de l'UE, qui eux, continueraient à utiliser des herbicides à base de glyphosate.

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