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Giroflée des murailles

Blog d'Eléonore de Vulpillières. Je m'intéresse à l'actualité qui touche le discours politique, l'Union européenne, et la vie des idées. (Plus la Russie et la Chine)

Chronique : le concert d'Anna von Hausswolff a été annulé dans deux églises

Extrait du clip de la chanson "Deathbed" d'Anna von Hausswolff, 2013

Extrait du clip de la chanson "Deathbed" d'Anna von Hausswolff, 2013

Sur la matinale Ligne Droite, ma chronique du jeudi 9 décembre est à retrouver ici : https://www.radiocourtoisie.fr/2021/12/09/ligne-droite-du-9-decembre-2021/

 

Ci-dessous, le texte de ma chronique :

Ce matin Eléonore, vous nous parlez de deux concerts qui auraient dû se tenir dans deux églises.

Eh oui Clémence, qui auraient dû se tenir, mais qui en ont été empêchés en raison de la mobilisation de catholiques. L’histoire démarre à Nantes, du côté de l’église Saint-Clément, la seule église nantaise dans laquelle les messes sont célébrées dans la liturgie traditionnelle, ou rite tridentin. Une artiste suédoise de 35 ans, Anna von Hausswolff, devait s’y produire en concert hier soir, jour de la fête de l’Immaculée Conception. Le concert a été déplacé à l’église Notre-Dame du Bon Port, toujours à Nantes, avant d’être finalement annulé. Devant l’opposition ardente de dizaines de catholiques massés devant l’église qui chantaient des Je Vous Salue Marie, la musicienne a annulé son concert, qui affichait pourtant complet, et qui d’ailleurs, avait reçu l’aval de l’évêché. Idem pour le concert à l'église Saint-Eustache à Paris, qui devait se tenir ce soir et a lui aussi été annulé.

 

Mais qu’est-ce qui, chez cette artiste, gênait tant les manifestants ?

Pour les manifestants catholiques, Anna von Hausswolff joue de la musique "sataniste". Cette chanteuse, pianiste et organiste est aussi autrice-compositrice de post-metal et de rock expérimental. Or dans l'une de ses chansons, intitulée Pills, càd les pilules, elle évoque l'addiction à la drogue et dit avoir "fait l'amour avec le diable", référence à la puissance démoniaque de ces substances. Son avant-dernier album, Dead Magic, comporte des titres aux titres instructifs, “Ugly and Vengeful” (laid et vengeur), “Lotus Eaters” (les mangeurs de lotus) ou “Culto a Lo Invisible” (culte à l’invisible). Dans le clip de “Deathbed”, lit de mort, chanson sortie il y a huit ans, on voit une personne qui s’arrache le coeur à mains nues, puis la jeune femme entourée de six bougies, au visage dégoulinant de sang dans une mise en scène nocturne qui ressemble à un rite a minima occulte, sinon effectivement satanique.

 

Quelle réaction a suscité l’annulation de ces concerts ?

Tout dépend où vous cherchez ces réactions Clémence ! Par exemple au conseil municipal de Nantes, on s’est fort peu réjoui de cette mobilisation. Les élus de la ville ont condamné cette intervention. "Une poignée de radicaux intolérants provoque l'annulation d'un concert à N-D du Bon-Port programmé en accord avec l'évêché", a tweeté Bassem Asseh, premier adjoint à la mairie de Nantes, membre du Printemps Républicain, une association de défense de la laïcité. "Rien n'autorisait l'expression d'une telle censure. Ce n'est pas notre conception d'un projet de société fondé sur le dialogue et l'ouverture culturelle, poursuit-il." Quant à Aymeric Seasseau, l’adjoint à la Culture, il écrit : "Quelques intégristes ont donc réussi à empêcher un concert. Cela nous renforce dans l'idée que face à l'obscurantisme, nous avons plus que jamais besoin de la lumière des arts et de la culture". "Une lamentable manifestation d'intolérance et d'atteinte à l'expression culturelle", a également tweeté Olivier Château, adjoint au Patrimoine à la mairie de Nantes. 

 

Après avoir protesté contre la censure, la mairie de Nantes a-t-elle permis que le concert soit organisé ailleurs ?

Eh non, chose étonnante, la mairie de Nantes n’a pas proposé de solution de rechange pour que se tienne ce concert. Elle n’a par exemple pas imaginé que celui-ci se tienne dans une synagogue ou une mosquée, et encore moins dans une salle de concert, vous savez Clémence cette invention humaine ingénieuse qui permet traditionnellement le déroulement de concerts. Quant à la chanteuse Anna von Hausswolff, elle a exprimé sa déception ainsi : «Je respecte leurs traditions et toutes les cérémonies qui s’y déroulent. Nous avons toujours travaillé en bonne entente, jamais l’un contre l’autre. Dire que ma musique est blasphématoire est non seulement faux, mais blessant.»

 

Mais j’imagine que d’autres ont été rassurés par l’annulation des concerts.

Évidemment, nombreux sont ceux qui comprennent la mobilisation réussie des catholiques, qui dans toute la presse ont été qualifiés d’intégristes, d’obscurantistes et de réactionnaires. Sur les réseaux sociaux, des internautes rappellent des évidences que certains semblent avoir oubliées : “Les églises ne sont pas des lieux de concerts mais des lieux de prière vers Dieu pour les catholiques. Toute musique qui ne porte pas à la prière dans la continuité de la foi catholique n'a rien à faire dans une église !” Et en effet, ô stupeur, une église est un lieu affecté au culte catholique. Ce n’est pas un supermarché, ni une salle de tir, et donc pas davantage une salle de concert, a fortiori si les codes de l’artiste ne respectent pas la religion catholique. Toute musique ne se joue pas dans une église. Dans la grande nuit de l’équivalence, où tout se relativise et tout se vaut, des croyants ont défendu leur lieu de culte. C’est surprenant, c’est incroyable, mais c’est ainsi. Le sens du sacré que l’époque moderne a tendance à piétiner et à mépriser, surtout quand il est catholique, n'est pas encore mort.

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